
par Action française lycéenne
La pénurie de professeurs dans de nombreux établissements scolaires est un véritable souci pour les administrations comme pour les élèves, qui en sont les premières victimes : trop d’heures de cours sont perdues et certaines matières sont particulièrement concernées par ce problème, en particulier les Mathématiques. La réponse du ministre Édouard Geffray, il y a environ trois semaines, fut d’annoncer que trois mille remplaçants seraient déployés en urgence et affectés dans des lycées qui en avaient besoin : mais est-ce fait, à la veille de la rentrée ? Il est étrange de ne plus rien en savoir désormais, et les informations sont rares sur ce sujet : il est vrai que les revendications des syndicats lycéens portent désormais sur d’autres sujets, au risque d’en oublier les premières causes de la crise actuelle qui, en fait, n’avait pas grand-chose à voir avec Parcoursup…
Il est facile pour certains partis démagogues d’annoncer des recrutements nombreux de nouveaux enseignants, mais la réalité est un peu plus complexe : il faut qu’il y ait des volontaires pour cela : or, le métier d’enseignant n’est plus attractif aujourd’hui et les professeurs eux-mêmes déconseillent à leurs élèves de le devenir ! Entre un salaire peu motivant et des conditions de travail dégradées et une autorité souvent contestée en classe quand elle ne l’est pas par l’Éducation nationale elle-même, que de raisons pour éviter d’entrer dans le corps enseignant… Ce phénomène n’est d’ailleurs pas limitée à la France, comme le souligne l’étude annuelle « Regards sur l’éducation » de l’OCDE, publiée le 29 septembre dernier.
Le nombre de « contractuels » en lycée est significatif de la crise de recrutement pérenne dans l’Éducation nationale : ils représentent 11% des personnels enseignants dans les collèges et lycées, en particulier dans des disciplines fondamentales comme les Mathématiques. Bien utiles en de nombreux endroits où les manques sont souvent plus criants qu’ailleurs, sont-ils toujours, pour autant, capables de répondre aux attentes des établissements scolaires et des élèves ? Sont-ils assez bien formés à enseigner devant des classes surchargées ou simplement agitées ? Les réponses à ces questions sont souvent négatives, malheureusement.
Alors, quelle solution à cette question du manque de professeurs ? Tout d’abord, il faut rappeler avec humilité qu’il n’y a pas de solution miracle mais des pistes pour améliorer les choses, de façon pragmatique et empirique : les royalistes ne sont pas des charlatans qui proposeraient de tout résoudre avec un sceptre magique, mais ils réfléchissent sans préjugés ni tabous sur ces questions comme sur bien d’autres. Bien sûr, la solution d’augmenter les salaires des professeurs peut être avancée, et elle est sans doute souhaitable : mais est-elle possible en période de disette financière ? La réponse est, là, moins évidente. D’autres pistes existent et doivent être exploitées, comme l’appel plus fréquent aux professeurs fraîchement retraités et qui accepteraient de reprendre du service pour quelques heures hebdomadaires ou pour des périodes de quelques semaines dans l’année, en particulier pour remplacer les professeurs partis en congé maternité ou paternité (congés dont les dates peuvent être facilement prévisibles en amont), ou ceux qui ont des traitements médicaux qui nécessitent un arrêt de quelques semaines ; D’autres viviers d’enseignants existent, en particulier dans les classes préparatoires, les grandes écoles et les universités, sans que cela soit forcément sous la forme d’enseignements en classe mais pourquoi pas sous la forme de tutorat et d’aide à l’instruction, parfois à destination de petits groupes d’élèves, selon leur niveau et leurs capacités et difficultés ? Cette entraide intergénérationnelle peut permettre de suppléer au manque d’enseignants ou de renforcer l’enseignement de ceux qui sont déjà en place : n’oublions pas que l’objectif du lycée est de former les nouvelles générations qui, demain, entreront dans des filières d’enseignement supérieur ou, parfois plus rapidement, dans la vie professionnelle. Pour permettre aussi une politique plus efficace de remplacement de professeurs absents et une plus grande réactivité des établissements scolaires, il est temps de remettre en cause une Éducation nationale beaucoup trop centralisée et technocratique qui compte en termes de postes et d’euros ce qu’il faudrait évaluer en termes de compétences et de transmission des connaissances. En permettant l’autonomie véritable des lycées, en particulier sur le recrutement des professeurs, et en leur laissant la liberté de s’organiser pour répondre au mieux aux particularités locales et aux publics accueillis, il est possible de mieux valoriser le travail des professeurs et de mieux motiver ceux-ci, y compris dans des cadres particuliers parfois « difficiles ».
Permettre aussi aux professeurs d’être mieux considérés dans la société et de pouvoir incarner l’autorité nécessaire pour transmettre convenablement les connaissances et les méthodes de travail et de réflexion aux lycéens : tel peut être aussi le résultat d’une autonomie des lycées qui s’appuie sur « l’esprit de corps » d’un établissement et d’une équipe professorale qui a choisi, avec l’administration locale et de par le recrutement argumenté, d’être là et de travailler ensemble pour le bien de la communauté et des élèves.