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21/05/2018

Terres de Mission #79 : Renaissance catholique au Puy du Fou

Mai 68 • Les acteurs de la contestation [2]

Guerre contre eux-mêmes ... 

Par Rémi Hugues 

Dans le cadre de la sortie de son ouvrage Mai 68 contre lui-même, Rémi Hugues a rédigé pour Lafautearousseau une série dʼarticles qui seront publiés tout au long du mois de mai.

Les auteurs de Génération. Les années de rêve, Hervé Hamon et Patrick Rotman, ont dressé une longue liste des protagonistes de Mai 68. Nous reprenons ce qu’ils disent du milieu familial et social de chaque acteur.

Jeannette Pienkny 

Jeannette Pienkny, qui était la seule femme membre du bureau national du Mouvement de la jeunesse communiste au moment du XIVème Congrès du P.C.F., qui eut lieu au Havre en juillet 1956. Vingt ans plus tôt son père arrive en France. « Juif polonais, né à Lodz, il fut dirigeant de la Jeunesse communiste. Repéré par la police, il fuit en Allemagne, milite au P.C., que Hitler entreprend de démanteler. Arrêté durant un meeting, il est condamné, incarcéré. À peine libéré, il gagne Paris. À la déclaration de guerre, comme beaucoup d’immigrés d’Europe de l’Est, il s’engage. Il est fait prisonnier, revient en 1945. Jeannette ne découvre qu’alors son père. Elle a sept ans. Les souffrances et les déchirements intérieurs s’agrippent au cœur comme l’étoile jaune s’accroche à la poitrine : descentes de la milice, camps de réfugiés, ballottements d’autant plus effrayants qu’incompréhensibles. […] Chez les Pienkny, on parle yiddish ; la mère est couturière à domicile, le père ne ʽʽfaitʼʼ plus de politique, mais il en parle du matin au soir. Cet étrange assemblage d’éducation communiste et de culture juive – non religieuse – est au début des années cinquante le terreau commun de la bande que fréquente Jeannette. […] Pour ces jeunes juifs, l’antifascisme est incarné par le parti communiste. »[1] 

Michèle Firk 

L’une des grandes amies de Jeannette Pienkny s’appelle Michèle Firk : « Juive comme cette dernière – sa famille avait fui les pogroms d’Europe orientale au début du siècle –, elle a connu les persécutions raciales de la guerre. […] À dix-neuf ans, en 1956, elle prend sa carte du parti communiste ; mais son besoin d’action, son dégoût viscéral devant les horreurs de la guerre d’Algérie la détournent d’un engagement trop timoré à ses yeux. Elle entre dans les réseaux de soutien au F.L.N. »[2]

Jean Schalit 

Jean Schalit a des origines russes « mais son arrière-grand-père était le secrétaire de Théodore Hertzl, le fondateur du sionisme – d’ailleurs il fut l’un des douze pionniers qui émigrèrent en Palestine à la fin du XIXème siècle. […] Une branche de la famille a réussi dans la presse et possède la Société parisienne d’édition qui publie Bibi Tricotin, les Pieds nickelés, l’almanach Vermot. Mais le père de Schalit, par esprit d’indépendance, préférait travailler dans un journal économique, L’information. Homme de gauche, il a collaboré au cabinet de Léon Blum en 1936. Après la guerre, la Résistance, il dirige une publication de la C.G.T. […] En 1952, la police soviétique ʽʽrévèleʼʼ que des médecins voulaient assassiner Staline. Le compagnon de route se rebiffe ; il ne croit pas un mot de ce complot des ʽʽblouses blanchesʼʼ où les praticiens accusés ont surtout le défaut d’être juifs. Il s’éloigne du communisme au moment où son fils Jean, quinze ans, s’en approche. […] Communiste de marbre, il n’hésite pas à vendre, seul,LʼHumanité aux portes de l’institut d’études politiques où il est admis à la rentrée universitaire de 1956. Les chars russes tirent sur les ouvriers de Budapest, mais il reste fidèle comme un roc. […] Bientôt propulsé au bureau national de lʼU.E.C., il est chargé du journal Clarté »[3], qui est l’organe de la branche étudiante du PCF. 

Serge July 

Serge July, qui n’est pas adhérent à lʼU.E.C., est cependant un lecteur assidu de Clarté. Il a pour meilleur ami René Frydman, qui est étudiant en médecine. « July et Frydman se connaissent depuis le lycée Turgot, où ils étudiaient ensemble, et sont demeurés très liés. […] Imitant la moitié de leur classe, ils suivent les initiatives du M.R.A.P., un mouvement contre le racisme particulièrement actif dans leur quartier où les élèves d’origine juive sont nombreux – les parents de Frydman, immigrés de Pologne, se sont établis dans la confection. Le père July, lui, est un ingénieur des Mines, radical-socialiste, libre penseur et sceptique, qui n’essaie pas d’inculquer à son fils une quelconque orthodoxie politique. Pas plus que sa mère, catholique bretonne qui travaille chez Lelong, un atelier de haute couture. C’est elle qui l’élève, ses parents étant séparés. »[4] 

Roland Castro 

Roland Castro, né en 1940 à Limoges, étudiant aux Beaux-Arts et militant au Parti socialiste unifié (P.S.U.), se rappelle avoir dit, à propos du départ de Pierre Mendès France de la fonction de président du Conseil, en 1955, « lui qui est juif d’une lignée de juifs espagnols et grecs : eh oui, ils triomphent. Ils ont flanqué dehors le petit juif qui les dérangeait tant. Mais les petits juifs, tôt ou tard, rentrent par la fenêtre...ʼʼ »[5] Son père est « issu de la diaspora juive espagnole installée en Grèce, est né à Salonique. Mais, encore jeune homme, il émigre en France où il pénètre avec de faux papiers. Devenu représentant de commerce, il épouse à Lyon une juive grecque également de Salonique. Amoureux de son pays d’accueil, il s’engage en 1939 »[6] du côté de la France contre l’Allemagne nazie. Ania Francos, qui est la « fille d’un père russe et d’une mère polonaise, cachée de famille en famille durant lʼOccupation, faisait partie de la bande d’adolescents juifs qui se retrouvaient, le samedi et le dimanche, place de la République. »[7]  (Dossier à suivre)  

[1]Ibid. p. 48-49.

[2]Ibid., p. 52.

[3]Ibid., p. 53.

[4]Ibid., p. 127.

[5]Ibid., p. 76.

[6]Ibid., p. 119.

[7]Ibid., p. 89.

L'ouvrage de l'auteur ...

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Dossier spécial Mai 68

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20/05/2018

ERNST VON SALOMON (Éric de Verdelhan)

«… Je manifeste toujours tout seul. Mes idées sont trop originales pour susciter l’adhésion des masses bêlantes ataviquement acquises aux promiscuités transpirantes et braillardes inhérentes à la vulgarité du régime démocratique imposé chez nous depuis deux siècles par la canaille régicide… »

       (Pierre Desproges)

Plus le temps passe et plus j’ai l’impression d’être un étranger, un Patagon, dans mon propre pays : je n’en comprends plus les coutumes, la langue, les traditions, les pseudos-valeurs « ripoux-blicaines ». Cet attachement forcené aux sacro-saints « droits-de-l’homme », cette hystérie qui consiste à défendre bec et ongles un « état laïc » (imposé par les loges) alors que nous sommes, qu’on le veuille ou non, imprégnés par 2000 ans de culture chrétienne, ce goût masochiste pour la repentance et l’auto-flagellation, cette détestation du « petit blanc » au profit d’une faune allogène et bigarrée qui refuse nos lois et brûle notre drapeau.

Est-ce la date du 13 mai qui me rend morose ? Sans doute : le 13 mai 1958 marque l’une des plus belles manipulations de notre histoire ; le retour aux affaires du « général-micro » pour, parait-il, sauver l’Algérie française. On connait la suite : promesses non-tenues, mensonges, trahisons et, le 19 mars 1962, l’abandon d’un merveilleux « morceau de France » aux égorgeurs du FLN…

Le 13 mai 1968, dix ans plus tard, c’est autre chose : un caprice d’enfants gâtés, de fils de petits bourgeois, qui crachaient dans la soupe en cassant leurs jouets. La « Grande Zohra »qui, telle une lope, fuyait se réfugier auprès de Massu à Baden-Baden.

Le seul point positif de cette pantalonnade aura été l’amnistie des défenseurs de l’Algérie française et le retour en France des clandestins de l’OAS. On raconte que cette amnistie aurait été obtenue par Massu, sans doute pour se faire pardonner de s’être défaussé lors du putsch d’Avril 1961 ? D’autres attribuent cette clémence gaullienne à l’insistance de Georges Pompidou, mais peu importe après tout… Depuis, on nous parle régulièrement des« acquis de mai 1968 ».

Les « accords de Grenelle » sont grandement responsables de notre désindustrialisation, et la fameuse « libération des mœurs » − le droit de « baiser à c. rabattues » avec n’importe qui (les cuistres parlent de « vagabondage sexuel ») − aura provoqué, dans un premier temps, la propagation du SIDA, puis la reconnaissance des invertis, puis les revendications des féministes qui veulent toutes « balancer (leur) porc ». Mai 1968, c’est en effet une bénédiction… pour les fabricants de préservatifs les avocats spécialisés dans le divorce, et les organisateurs de « gay-pride ».

Les « anciens combattants » de mai 68 − Con-Bandit, Alain Krivine, Serge July, Romain Goupil et quelques autres − sont invités sur les plateaux télé pour raconter « leur guerre », et, pendant ce temps-là, on occulte le centenaire de la Grande Guerre. D’ailleurs, vous aurez remarqué qu’en France, quand on évoque 14-18, c’est toujours pour parler des mutineries de 1917, des fusillés « pour l’exemple », de la chanson de Craonne, des  fraternisations entre communistes français et allemands (1). Et il est important de ne jamais dire un mot − l’omerta totale − sur celui qui mit fin aux mutineries en améliorant et en humanisant le sort des poilus, le général Philippe Pétain.   

Pourtant la « Grande Guerre » a inspiré quelques grands romans qui marquèrent la littérature du XXème siècle. On pense volontiers aux « Croix de bois » de Roland Dorgelès, à« Ceux de 14 » de Maurice Genevoix, à « La main coupée » de Blaise Cendrars, et, naturellement, à l’extraordinaire « Voyage au bout de la nuit » de Louis-Ferdinand Céline.

Du côté allemand, la moisson aura été aussi fertile avec, notamment : « Orages d’acier », d’Ernst Jünger et « À l’Ouest rien de nouveau » d’Erich Maria Remarque.

Mais, pour moi, un autre grand roman mérite d’y être associé : « Les Réprouvés » d’Ernst von Salomon. Un roman que j’ai découvert en 1970, durant mes classes chez les paras, à Bayonne, deux ans à peine avant la mort de son auteur.

Contrairement aux écrivains précités, Ernst von Salomon, né en 1902, fut trop jeune pour connaître l’enfer des tranchées.

Il appartenait à la génération des « tard-venus, dont le héros romanesque est Fabrice del Dongo. » Pour autant, son patriotisme n’admettait ni la défaite de l’Allemagne, ni le chaos de la jeune République de Weimar.

Le personnage principal de son livre lui ressemble comme un frère, comme un clone.

Il y a, chez ce protestant prussien, un kantien qui ne sommeille pas. L’action qu’il va mener lui sera donc dictée par le devoir qui, non seulement sera désintéressé, mais lui coûtera cinq années de prison. C’est l’illustration, caricaturale, de son idéal moral !

Ernst von Salomon s’engagera dans ces « Corps Francs » dont beaucoup ignorent aujourd’hui l’existence (2) tant cette période des années 1920 outre-Rhin reste nébuleuse aux yeux des Français.

Au sein des «Corps Francs», il combattra les Spartakistes à Berlin et les Bolchevistes − c’est ainsi qu’il les nomme − dans les Pays Baltes, en Haute-Silésie.

Il rejoindra même quelques mois, faute d’avoir trouvé un étendard germanique sous lequel servir, les rangs des Russes Blancs, pour se battre contre les Rouges.

Ce « soldat perdu » était révolté par le mépris total dans lequel la « populace rouge » et la bourgeoisie, préoccupée par son confort, tenaient  les combattants revenus du front.

Il ira jusqu’à participer au complot d’un groupe nationaliste qui aboutira, le 24 juin 1922, à l’assassinat de Walter Rathenau, ministre des Affaires étrangères.

Par facilité intellectuelle, on pourrait attribuer cet engagement radical d’un garçon de 16 ans à un goût d’adolescent pour l’aventure romantique. Ce serait une erreur, car d’autres clés de lecture s’imposent, deux notions fondamentales de la culture allemande qui lui étaient contemporaines.

D’abord la théorie géopolitique du « Lebensraum » qui fut définie par Friedrich Ratzel (1844-1904) (3) et qui dessinait les frontières du Reich incluant l’Alsace-Lorraine à l’Ouest et de nombreux territoires à l’Est (Autriche, Pologne, Tchéquie, etc.). Cette vision pangermaniste nourrissait, depuis la fin du XIXème siècle, l’imaginaire de beaucoup d’Allemands. Elle survivra à la défaite de 1918 et servira, plus tard, de prétexte à la folie expansionniste d’Adolf Hitler.

Ensuite, il faut prendre en compte la « masculinité » de la culture allemande (4).

Une masculinité qui aurait pu s’accommoder d’une « défaite honorable», mais qui ne pouvait accepter l’humiliation imposée par les Alliés (dommages de guerre colossaux, occupation partielle du territoire, désarmement…etc.). Ce sentiment demeure, pour nous Français, difficile à comprendre ; il s’exprime pourtant, inconsciemment, jusque dans les mots de nos langues respectives : notre représentation symbolique de la France est une figure féminine, « Marianne » ou la « Mère-Patrie. »

D’ailleurs, dans ses « Mémoires de guerre », de Gaulle ne l’imagine pas dans une statue de Vercingétorix ou de Charlemagne, mais dans « la princesse des contes ou la madone aux fresques des murs ». A l’opposé, le patriotisme allemand fera référence au « Vaterland », symbole résolument masculin qui tient à la fois de la « terre du père » et de la notion de « Père-Patrie ». Ces deux paramètres, négligés par le Traité de Versailles, feront le lit du Nazisme et de la seconde guerre mondiale. Pour autant, Ernst von Salomon, qui était un homme intègre, un pur, un lansquenet, n’adhèrera pas, au parti nazi et se tiendra éloigné du conflit.

« Les Réprouvés » n’est pas un roman historique. L’histoire lui sert simplement de toile de fond. L’auteur s’y dévoile dans un texte magnifique, noir, sans illusion, parfois cynique. Il y exalte des valeurs viriles d’une manière qui déroutera parfois le lecteur.

L’extrême-droite européenne en a fait son livre de chevet mais la bonne littérature doit échapper aux classifications partisanes et « Les Réprouvés » appartient définitivement au très grand genre littéraire : il s’affranchit de toute récupération. Le style d’Ernst von Salomon s’impose, exceptionnellement pur, puissant, habité, saisissant même. Il offre au lecteur un plaisir trop rare, celui de découvrir à chaque page un véritable chef-d’œuvre, même si ce terme est aujourd’hui galvaudé. Bien évidement, les imbéciles qui, par idéologie politique, voudraient occulter l’œuvre de Charles Maurras et les pamphlets de Louis-Ferdinand Céline, ne recommanderont jamais la lecture de ce livre magnifique.

Citons, pour comprendre, un passage, un peu long sans doute, mais très caractéristique de l’état d’esprit de l’époque :

« Une nuit, pendant ces temps incertains, je rêvai de l’entrée des Français, oui, j’en rêvai, bien que jamais encore je n’eusse vu un soldat français…Soudain ils étaient dans la ville… la flamme raide des drapeaux flamboyants montait droit comme un cri, et comme un cri le chant allègre des clairons dominait le bruit cadencé de leurs pas brefs et martelés – où avais-je vu cela, où entendu cela ?…

« Cette marche du régiment de Sambre-et-Meuse, cette musique vibrante, endiablée, intrépide, qui clamait sa joie vers le ciel, qui la jetait dans le cœur de l’ennemi, en imprégnait les pierres elles-mêmes et devant elles c’était la fuite, la panique, la terreur sans nom de la fatalité.

« Démesuré était le mépris railleur, torturant le triomphe insupportable, le rire du vainqueur, du maître, ce rire insultant à la faim, à la misère, aux gémissements, aux derniers soubresauts d’une résistance brisée, désespérée. Puis venaient des colonnes rapides de petits corps bruns, agiles et minces comme des chats, des Tunisiens au pas feutré, qui découvraient des dents d’une blancheur éclatante ; ils se dandinaient et roulaient des yeux vifs et brillants qui lançaient des éclairs. Il flottait autour d’eux comme une senteur de désert, une inquiétude née sous un soleil de feu, sur un sable blanc qui miroite… Derrière eux les spahis dans leurs manteaux flottants au lumineux coloris, sur des chevaux minuscules et tenaces, les spahis, agiles et félins, comme assoiffés de sang. Enfin, noirs comme la peste, sur de longues jambes des corps musculeux, satinés, avec des narines ouvertes et avides dans des faces luisantes, les nègres… Et nous rejetés, piétinés, domptés. Ô Dieu ! Cela ne doit pas être ! Et nous anéantis devant cet élan, nous gisant dans la poussière, réduits à l’obéissance, des vaincus, des déshonorés, des abandonnés, pour qui la gloire est à jamais perdue…. »

L’humiliation du Traité de Versailles, le pacifisme bêlant de l’après-guerre et le « FrontPopulaire » nous ont amenés, nous Français, à la déculottée de juin 1940. On voulait se persuader, par lâcheté, que la grande boucherie de 14-18 serait « La der des der ». Depuis, on nous a fabriqué le mythe de « la France libérée par elle-même », histoire de donner bonne conscience à un peuple de lâches : ces 40 millions de pétainistes qui, comme par miracle, étaient 40 millions de gaullistes après le débarquement de juin 1944. Alors oui, j’avoue sans la moindre honte que je préfère l’exaltation des valeurs viriles d’Ernst von Salomon aux « marches blanches » pleurnichardes de notre France dégénérescente.

Éric Zemmour a parfaitement raison quand il dit que, chez nous, « L’homme est devenu une femme comme tout le monde ». Et tant pis si ça irrite la dinde Marlène Schiappa !

Éric de Verdelhan
13/05/2018

(1)- J’en veux pour preuve le dernier film de Jean Becker, « Le Collier Rouge » tiré d’un roman de Ruffin.
(2)- Lire, sur ce sujet, le livre − remarquable − de Dominique Venner : « Baltikum ».
(3)- Et non par Adolf Hitler comme des imbéciles se plaisent à l’écrire aujourd’hui.
(4)- Telle que définie par le sociologue Gert Hofstede.

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23:13 Écrit par pat dans culture et histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | | |

David l’Épée : "Contre le nouveau puritanisme"

DavidV3

Rébellion : Vous donnez le 19 mai à Bordeaux à l’invitation du Cercle Rébellion bordelais une conférence intitulée Le nouvel ordre moral. De quoi sera-t-il question ?

David l’Épée : Il sera question d’un phénomène très inquiétant qu’on voit à l’œuvre depuis quelques années et qui est en train de prendre un poids considérable : la mise en place, dans les mœurs et dans les lois, d’un nouveau puritanisme d’inspiration féministe.

En rupture avec le féminisme historique et avec la tradition de progrès social dans laquelle il s’inscrivait jusqu’alors, cette nouvelle idéologie se présente comme un pur produit universitaire, une doctrine hors-sol qui a pris peu à peu le visage d’une espèce de jésuitisme laïcisé. Le nouvel ordre moral dont parle le titre est en quelque sorte un retour du refoulé victorien qui hante encore l’inconscient collectif des cultures anglo-saxonnes et scandinaves, qui sont précisément celles à qui nous devons cette offensive néo-féministe. Je tâcherai, dans le temps qui m’est imparti, de faire la généalogie de ce phénomène, d’expliquer sa cohérence et d’examiner quelles sont ses implications. J’ai rassemblé ces dernières années de nombreux exemples concrets et éloquents de ce raidissement des rapports entre les sexes voulu et promu par une partie de nos élites. Mais rassurez-vous, je ne vais pas livrer un discours complotiste ou décliniste, je crois fermement qu’une révolte du bon sens se prépare contre cette chape de plomb et nous sommes là pour nourrir la critique. C’est une causerie où, je l’espère, nous aurons aussi l’occasion de rire : les méfaits des nouveaux flics de la pensée sont souvent si ubuesques et si surréalistes qu’ils inspirent forcément la rigolade, et cette rigolade pourrait bien, face à ce système qui se méfie de l’humour comme de la peste, s’avérer un instrument de résistance.

Rébellion : Ce que vous dites est étonnant car les opposants qu’on a entendu au moment de réformes telles que l’introduction de l’idéologie du genre à l’école ou le « mariage pour tous » parlaient peu de puritanisme : au contraire ils étaient souvent accusés, par leurs adversaires ou par les médias, de faire eux-mêmes preuve de puritanisme !

David l’Épée :  C’est vrai, mais vous aurez remarqué que dans tous ces mouvements de contestation, les médias ont bien pris soin de ne donner la parole qu’à des représentants de mouvements religieux (catholiques la plupart du temps, musulmans parfois) et si possible en tendant leurs micros aux plus fondamentalistes et aux plus caricaturaux d’entre eux, et ce dans le but de pouvoir les décrédibiliser auprès de l’opinion publique. S’il faut reconnaître que les mouvements catholiques ont effectivement joué un rôle de poids dans cette opposition (et on peut les en remercier), ils n’étaient pas les seuls, et les raisons qui ont poussé tant de Français à tenter de faire barrage aux savants fous du gouvernement n’étaient pas toutes d’ordre religieux ou moral. Si je ne me retrouve pas dans le combat de ces gens-là, c’est parce que – outre le fait, somme toute anecdotique, que je ne suis pas croyant – leur critique est incomplète, elle ne tire pas toutes les conséquences qu’elle devrait de cette contestation du néo-féminisme. Je ne vais pas me faire des amis en disant cela mais il me semble depuis un moment qu’un chrétien qui s’en prend à l’idéologie du genre, c’est comme un gauchiste (ou un droitard) qui s’en prend au libéralisme : il ne fait le boulot qu’à moitié, il botte en touche rapidement et se prend tôt ou tard les pieds dans le tapis. Le problème n’est pas tant qu’ils aient été traités de puritains mais que, bien souvent, ils l’étaient en effet. On a vu les partisans de la vieille Eglise descendre dans la rue pour chahuter les représentants de la nouvelle Eglise, celle qui occupe actuellement le pouvoir. Certains croyaient en Dieu quand d’autres croyaient au progrès, ils n’étaient certes pas d’accord sur tout mais beaucoup d’entre eux, des deux côtés de la barricade, se situaient dans un rapport conflictuel avec des notions aussi centrales que la nature, le corps, le sexe. Aux calotins indignés et aux prêcheurs mahométans qui vocifèrent contre les jupes trop courtes, la nudité au cinéma et la gauloiserie, j’ai envie de dire : pas la peine de gueuler les gars, pas la peine d’aller manifester sur les grands boulevards, les féministes font le boulot à votre place dans les ministères, il vous suffit de patienter encore un peu et d’attendre que les choses se fassent !

Rébellion : On a un peu de peine à vous suivre. Dans une récente émission sur TV Libertés, on vous a vu démolir un livre d’Esther Vilar (que vous avez qualifiée d’ « Otto Weininger additionnée d’un utérus »), qui est pourtant considérée par beaucoup comme une référence du combat anti-féministe…

David l’Épée : Mais je ne suis pas anti-féministe ! Je pourrais difficilement l’être puisque ce terme (tout comme le terme de féminisme) est bien trop polysémique si on ne précise pas ce qu’on met derrière. Esther Vilar est une pamphlétaire complètement névrosée et percluse de haine de soi, ses livres ne sont intéressants que comme témoignages d’une pathologie – et une pathologie pas très éloignée de celle qu’on trouve chez ces hommes honteux d’être hommes, ces blancs honteux d’être blancs, ces Français honteux d’être Français, etc. J’ai tenu à parler d’elle dans cette émission car le fait qu’elle trouve un écho favorable parmi les critiques actuels du féminisme me semble assez préoccupant. Le problème n’est pas dû qu’à son manque de rigueur intellectuelle mais au postulat violemment misogyne de sa thèse. La fréquentation de la nébuleuse anti-féministe m’a malheureusement révélé que derrière une critique commune (ou commune en apparence) on trouvait souvent des motivations et des présupposés diamétralement opposés. Ceux qui considèrent comme de sérieux instruments de critique anti-féministe les livres d’Esther Vilar ou La Pornocratie de Proudhon (et pourtant je suis un grand admirateur de Proudhon mais pour de tout autres raisons !) font preuve d’une grande erreur d’appréciation, une erreur qui ne peut s’expliquer que par le problème qu’ils ont non pas avec le féminisme mais avec les femmes. Vous noterez d’ailleurs – et on revient incidemment au sujet de ma causerie – que la plupart des misogynes sont de fieffés puritains. Le puritanisme est avant tout une haine de la nature, du créé, or le corps et le sexe sont nature par excellence, et dans nos représentations culturelles plurimillénaires, c’est toujours avant tout la femme qui est liée à cette corporéité, qui est ramenée à son sexe : c’est sans doute arbitraire mais c’est ainsi. Ne parlait-on pas, au XIXème siècle encore, d’une « personne du sexe » pour désigner une femme ? Ceux qui dévalorisent la femme et affirment son infériorité, qu’ils soient imams fondamentalistes ou puceaux tourmentés lecteurs de Sexe et caractèred’Otto Weininger, sont donc les pires des puritains, et ce au même titre que les néo-féministes qu’ils pensent combattre et dont ils ne sont que le reflet inversé.

Rébellion : Que le féminisme soit pris parfois de bouffées androphobes, on s’en doutait un peu et on l’avait remarqué, mais comment pourrait-il s’en prendre aux femmes alors qu’il constitue l’idéologie censée défendre leurs intérêts ?

David l’Épée : C’est tout le paradoxe du néo-féminisme qui, en radicalisant certaines positions de l’ancien, a fini par se retourner contre ce dernier. Une partie du féminisme classique défendait, presque de manière « corporatiste », les intérêts des femmes, que ce soit en matière de droits, de salaires, d’égalité, de liberté, etc. Que l’on soit d’accord ou non avec ce programme, c’était une cause cohérente puisque sur de nombreux points très concrets les femmes réelles y trouvaient effectivement leur avantage. Mais le néo-féminisme, passé au filtre des idéologies de la déconstruction et de l’ultra-culturalisme universitaire, en est venu à nier la nature, c’est-à-dire le fait qu’il existe une moitié de l’humanité ressortissant du sexe féminin. Le sujet du féminisme classique était la femme mais le but du néo-féminisme est de déconstruire et d’évacuer toute catégorie sexuelle. Or qu’est-ce qu’un féminisme sans femmes ? Ce serait aussi absurde qu’un anti-racisme qui, tout en condamnant les discriminations raciales, nierait la notion de race… Ah non tiens, ça existe aussi. Bref, si le féminisme a commencé par s’attaquer au patriarcat, à la domination masculine, à la phallocratie et même parfois, dans ses expressions les plus radicales, à l’homme lui-même (on trouve, chez certaines théoriciennes lesbiennes séparatistes, de Ti-Grace Atkinson à Valérie Solanas, une véritable haine du mâle poussée parfois jusqu’à des fantasmes quasiment génocidaires), il est désormais passé à l’étape suivante et a fait de la femme sa nouvelle cible. Ce qui procède d’une certaine logique : on ne peut pas liquider la masculinité sans liquider dans le même mouvement la féminité puisque c’est le principe même d’identité sexuée qui est attaqué. Contrairement à ce que dit un Eric Zemmour qui me semble avoir une vision un peu superficielle de la chose, je ne pense pas que le mouvement à l’œuvre vise à une féminisation mais bien plutôt à une neutralisation. Si les néo-féministes partent à l’assaut de toutes les spécificités et caractéristiques de la femme, qu’elles soient culturelles (comme la coquetterie ou la minauderie) ou biologiques (comme les rapports hétérosexuels ou la maternité), c’est bien parce que c’est la féminité qui est leur ennemi. Pensez-vous vraiment que des personnalités du féminisme radical comme Beatrice/Paul Preciado ou Marie-Hélène/Sam Bourcier auraient décidé de changer de sexe si elles étaient animées par l’idée de défense de la femme et de la féminité ?

Rébellion : Vous travaillez depuis plusieurs années sur ces questions-là. Qu’est-ce qui vous a motivé à entreprendre ces recherches ?

David l’Épée : J’ai un peu fréquenté les milieux féministes lorsque j’étais engagé à l’extrême gauche, non pas parce que j’y croyais mais parce que je ne pouvais pas faire autrement, ça faisait partie du package trotskiste et étant secrétaire de section il me fallait bien ménager la chèvre et le chou. J’avais déjà les plus grands doutes sur le sens et le bien-fondé de ce combat, bien éloigné des grands exemples du féminisme socialiste ou anarchiste de jadis (Louise Michel, Rosa Luxembourg, Emma Goldman, etc.) et plus proche du tournant bourgeois et culturaliste qu’il a pris aujourd’hui. Mais ce qui m’a vraiment fait réagir et m’a décidé à m’intéresser plus précisément à la question, c’est la montée du climat de pénalisation et le retour au puritanisme que je sentais venir lentement mais sûrement. Ma réaction n’avait rien de politique à proprement parler, elle était motivée par la crainte diffuse que beaucoup de choses que j’aimais et qui occupaient une grande place dans mon existence me paraissaient menacées par cette idéologie en pleine croissance : les beaux-arts, l’érotisme, l’humour, la drague, le cinéma, la séduction, un certain art de vivre, un certain goût pour la beauté et pour la différence des sexes – tout cela était peu à peu remis en cause, voire placé en accusation par ces nouvelles doctrines caporalistes importées d’outre-Atlantique. C’est la raison pour laquelle j’écris depuis plusieurs années des articles et donne des conférences à ce propos et c’est également le sujet d’un livre sur lequel je travaille depuis un certain temps. Mon optique étant résolument différentialiste, je renvoie dos à dos néo-féministes et misogynes et j’espère parvenir à convaincre celles et ceux qui me lisent ou m’écoutent que l’harmonie entre hommes et femmes ne sera possible que si nous réapprenons à valoriser nos spécificités plutôt qu’à les nier, à les criminaliser ou à les « déconstruire ».

Source : rebellion-sre.fr

http://blogelements.typepad.fr/blog/2018/05/david-l%C3%A9...

NRBC (Piero San Giorgio et Chris Millennium)

Mai 68 • Les acteurs de la contestation

Par Rémi Hugues 

Dans le cadre de la sortie de son ouvrage Mai 68 contre lui-même, Rémi Hugues a rédigé pour Lafautearousseau une série dʼarticles qui seront publiés tout au long du mois de mai.

Dire à la fois que les mouvements radicaux d’extrême-gauche étaient dirigés par des Juifs et que ce sont ces mouvements qui sont à la source de la révolte étudiante qui déclencha la crise de mai-juin 1968 revient à considérer que le rôle joué par ces jeunes Juifs a été déterminant. Sans eux, il est légitime de se poser la question, Mai 68 aurait-il eu lieu ? 

Yaël Auron insiste sur leur rôle majeur dans l’irruption des événements quand il écrit que « Mai 68 revêt des spécificités juives indéniables, authentiques et profondes. Ce sont dans une large mesure des motivations juives qui ont propulsé toute une génération de jeunes juifs dans la lutte révolutionnaire universelle. Elles trouvent leurs fondements dans les événements du passé le plus proche, la Seconde Guerre mondiale et la Shoah »[1]. Pour lui, leur faible nombre était compensé par la position éminente qu’ils occupaient dans les mouvements gauchistes. Ils se trouvaient aux places les plus stratégiques, de direction. En quelque sorte ils en étaient les pivots : « les juifs n’étaient qu’une infime minorité, bien que fortement représentés au sein des instances dirigeantes des groupes contestataires étudiants. »[2]

Outre la J.C.R. de Krivine, Yaël Auron souligne qu’« [i]l en était de même au sein de la direction des autres organisations trotskistes où les juifs représentaient une majorité non négligeable si ce n’est la grande majorité des militants. […] Le mouvement maoïste, la Gauche prolétarienne, avait à sa tête deux juifs, Alain Geismar et Pierre Victor (Benny Lévy). »[3] Sans oublier le plus informel Mouvement-du-22-mars et son leader emblématique Daniel Cohn-Bendit, le plus célèbre des soixante-huitards.

Dans un livre autobiographique ce dernier raconte une expérience qui l’a grandement marquée : « à quinze ans, je suis allé en Israël. J’ai travaillé dans un kibboutz. C’était très joli, tout le monde vivait en communauté, les gens s’entraidaient, solidarité, égalité, etc. Intuitivement, je devais avoir une position sioniste de gauche. […] J’étais à Nanterre lorsque éclata la guerre des Six-Jours. […] Nous n’avions pas conscience réellement du problème d’Israël : nous étions encore sous l’influence de l’idéologie sioniste que nous avions acceptée pendant des années »[4].

Plus loin il développe le raisonnement suivant : « L’extrême-gauche, comme la gauche, a toujours répugné à se poser le problème de l’identité individuelle. Pour définir quelqu’un, on se réfère toujours à son appartenance de classe. Mais notre identité est le fruit de multiples expériences, parmi lesquelles le cadre de vie de notre enfance joue un rôle important. […] Cette société m’impose d’être viril – je suis un garçon, plus tard un homme – juif allemand, rouquin, plus ou moins beau »[5]

Les auteurs de Génération. Les années de rêve, Hervé Hamon et Patrick Rotman, ont dressé une longue liste des protagonistes de Mai 68. Nous reprenons ce qu’ils disent du milieu familial et social de chaque acteur. 

Alain Krivine 

Commençons par Alain Krivine : « Son père, médecin stomatologue, n’a rien d’un ʽʽencartéʼʼ. Il lit Le Figaro, se proclame antiraciste, vote régulièrement à gauche mais avec la certitude, quand son suffrage se porte sur les communistes, que ces derniers ne prendront jamais le pouvoir. Il est né en France de Juifs russes immigrés, qui ont fui les pogroms avant 1917, et la femme qu’il a rencontrée était de même souche. […] La mère d’Alain, au fond, n’éprouve ni passion politique ni passion religieuse. Elle jeûne à Kippour parce que, dit-elle, face aux antisémites, il est bon de montrer une fois l’an qu’on est juif. »[6] 

André Sénik 

André Sénik « est né de parents juifs polonais, petits commerçants établis à Paris dans le quartier du Sentier vers 1930, à l’époque où la communauté juive en France – cent cinquante mille âmes – double de volume sous l’afflux des réfugiés de l’Est, dont la moitié provient de Pologne. La culture familiale est teintée de marxisme mais tout autant de sionisme. La première organisation que fréquente le jeune Sénik, le M.A.P.A.M. (le Parti unifié des travailleurs, à la fois sioniste et socialiste), est ainsi orientée : à gauche, et cependant en quête dʼEretz Israël. »[7] 

Tiennot Grumbach 

Quant à Tiennot Grumbach : « Sa mère est la sœur de Pierre Mendès France et dirige le commerce de vêtements, devenu petite maison de couture, qu’a fondé le grand-père Mendès. [Son] père, il est ʽʽdans les affairesʼʼ, au Brésil, où laCasa Grumbach connaît des hauts et des bas. »[8] 

Jean-Paul Ribes 

Jean-Paul « Ribes, lui, n’est pas juif pour deux sous. Un Français, vrai de vrai, issu d’une classique famille petite-bourgeoise – le père ingénieur à l’E.D.F., la mère qui ʽʽne travaille pasʼʼ. »[9]    (Dossier à suivre)   

[1]  Yaël Auron, Les juifs d’extrême gauche en mai 68, Paris, Albin Michel, 1998, p. 39.

[2]  Ibid., p. 23.

[3]  Idem.

[4]  Daniel Cohn-Bendit, Le grand bazar, Paris, Belfond, 1975, p. 10-11.

[5]  Idem.

[6]  Hervé Hamon, Patrick Rotman, Génération. Les années de rêve, Paris, Seuil, 1987, p. 15-16.

[7]  Ibid., p. 20.

[8]  Ibid., p. 21-22.

[9]  Ibid., p. 22.  

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19/05/2018

Mai 68 • L’« avant-garde chien de garde » du Capital [3]

Par Rémi Hugues 

Dans le cadre de la sortie de son ouvrage Mai 68 contre lui-même, Rémi Hugues a rédigé pour Lafautearousseau une série dʼarticles qui seront publiés tout au long du mois de mai.

Le point de vue de « Rabi » 

Par exemple, quelques mois après Mai 1968, dans la rubrique « Le carnet de route de Rabi » du périodique Information juive, on peut lire ces lignes :

« Après la guerre des Six jours, et surtout après la conférence de presse de qui vous savez, le mécontentement était vif au sein de la communauté juive. Vinrent les événements de mai 1968. Le souci d’Israël fut écarté provisoirement, mis entre parenthèses. […]

II faut maintenant parler des étudiants, sans paternalisme, sans complaisance. II y a un phénomène étudiant. C'est un phénomène mondial, ou semi-mondial. Partout où un mouvement étudiant a été déclenché, les Juifs s'y trouvèrent nombreux. À cela il y a des causes objectives. II faut retenir en effet que si, par exemple aux U.S.A. la classe d’âge nationale comporte 27 % d’étudiants, par contre la classe d’âge juive comporte 80 % d’étudiants. En France, il y a 8 à 10 % d’étudiants dans la classe d’âge nationale (à cause d'un secteur rural et d'un secteur ouvrier importants), mais dans leur classe d’âge, si l’on retient uniquement la masse de la communauté juive, les étudiants juifs sont au moins au nombre de 40 %. C’est pourquoi dans certaines universités ils constituent 10 % au moins de la masse des étudiants. Leurs traditions et leur culture font que ces étudiants juifs sont actifs, généreux, inventifs. Par ailleurs, la société universitaire est le type même de l’open society, ouverte à tous les courants libéraux, universalistes, socialistes. En Amérique du Nord, cette gauche étudiante est qualifiée de New left ; les étudiants qui appartiennent à cette nouvelle gauche (et n’oublions pas que tout le mouvement est parti en 1964 de Berkeley) sont généralement hostiles à tout militarisme. Placés devant le phénomène israélien, ils admettent difficilement le recours d’Israël à la violence, même pour sa défense, l’occupation militaire, les réalités implacables de tout pouvoir, et cette espèce de dichotomie qu’un attachement à Israël provoque inévitablement en eux. Cette nouvelle gauche symbolise le libéralisme messianique qui est devenu l’idéologie de la classe moyenne intellectuelle juive aux U.S.A. Ce sont là des faits que l’on ne peut minimiser, même si l’on est persuadé que nous assistons à la dernière métamorphose de l’aliénation juive. Le danger est grand, à la fois d’une rupture immédiate entre l’ancienne génération, toujours profondément attachée à Israël, et la nouvelle qui s’en écarte et surtout, à plus lointaine échéance, entre la communauté juive des États-Unis et Israël. […]

Venons-en à mai 1968. Les Juifs furent nombreux parmi les cadres. On m'affirme même que certains, anciens membres de lʼHachomer, s’interpellaient en hébreu dans les manifestations, et que dans certains comités le seul Gentil était Sauvageot. Passons sur le folklore inévitable. À les entendre, parler des barricades (en hébreu on dit barrikadim), on dirait parfois déjà des anciens combattants. Cependant, lors d'une récente table ronde, dirigée par Albert Memmi, l’un des participants a parfaitement posé le problème : pour la première fois, je me suis complètement intégré aux débats qui se posent en France. Si le Mouvement réussit, je ne vois aucun sens à mon départ en Israël. Sʼil y a une fascisation du gaullisme ou une prise de pouvoir par le P.C. Français actuel, je lutterais de l’intérieur. Je n'irai en Israël que si toutes les issues sont bouchéesʼʼ (LʼArche, juin-juillet). C'est net. Depuis un siècle, la révolution a constitué l’éternelle fascination du monde juif sorti du ghetto. La révolution marcusienne en constitue le type ultimo et le plus dégradé. Car je comprends parfaitement et j’approuve la jeunesse étudiante de Varsovie, de Prague, de Madrid, de Sao Paulo, de Buenos-Aires, de Berkeley et de Berlin. Partout elle combat pour la liberté. Je ne comprends pas la jeunesse étudiante de Paris : une classe neuve apparaît, qui réclame pour elle des privilèges qu’elle estime insuffisants. Je le dis nettement, au risque de me couper de mes amis : ce combat n'est pas notre combat. »[1]    (Dossier à suivre)  

[1]  Information juive, n° 186, octobre 1968. 

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2 juin 2018 – Journée vendéenne à La Tourlandry

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IL Y A QUARANTE ANS : KOLWEZI

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Il y a quarante ans, le 18 mai 1978, à minuit, l’ambassadeur de France au Zaïre était appelé de Paris. Le Président Giscard d’Estaing avait décidé d’envoyer des troupes françaises à Kolwezi pour écraser la révolte katangaise. Opposés à Mobutu, les Katangais du FNLC perpétraient massacres, viols, pillages et exécutions sommaires sur la population zaïroise de la ville, et menaçaient les Européens (on disait encore « les Blancs », parce que les termes étaient alors synonymes). La semaine précédente, ils avaient assassiné douze enfants belges, en aube blanche, dans l’église où ils attendaient le sacrement de confirmation. Les mentors cubains, qui appuyaient la déstabilisation, étaient dépassés par ces rebelles drogués et ivres de sang. Yvon Bourges, le ministre de la Défense français, avait mis en alerte, à douze heures, la 1 1e division parachutiste ; au sein de cette division, c’est le 2e régiment étranger de parachutistes, stationné en Corse, qui avait été choisi pour agir.

À 2 heures du matin, l’officier de permanence du camp Raffalli, à Calvi, actionne la sirène d’alarme. Le clairon se rend dans la cité cadres et sonne le rassemblement. La PM vide les bars et ramène les légionnaires. Le colonel Erulin rassemble son régiment : le REP va intervenir à Kolwezi. Après 175 kilomètres de route de montagne jusqu’à Solenzara, le REP attend les avions, puis embarque. 650 légionnaires parachutistes se posent à Kinshasa, à 23 heures 15, le même jour. L’opération aéroportée est validée, les ordres donnés pour le 19 mai dans la nuit.

Le 19 mai à 15 h 40, lumière verte dans l’avion, 350 légionnaires parachutistes sautent sur Kolwezi face à un millier de Katangais. Pas de soutien au sol, pas de tirs d’artillerie préliminaires, mais de l’audace, de la surprise et un plan foudroyant. Les capitaines Poulet, Dubos et Gausserès, après réarticulation, s’élancent à la tête de leurs compagnies respectives. En fin de journée, les points clés ont été saisis, le PC est installé et les légionnaires parachutistes se préparent à repousser les vagues d’assaut des Katangais. C’est le début d’une série de succès, au milieu d’un charnier géant, face à des adversaires sans coordination mais sans pitié.

Les derniers éléments, après des raids sur les cités minières et des opérations de sécurisation, quitteront le sol zaïrois le 16 juin, sous les hourras de la communauté internationale.

La France honorait ainsi son rang, l’opération était vive, brutale, pleine d’audace et de créativité. Les ordres écrits, concis et efficaces, demeurent un modèle du genre. Les légionnaires rentraient en France après un mois de présence. Simple. Basique.

Il y a aussi la petite histoire dans la grande histoire : les commandants d’unité connaîtront tous de brillantes carrières, tout comme certains chefs de section (ainsi du lieutenant Dary, qui termina sa carrière à la tête du gouvernement militaire de Paris, ou encore du lieutenant Puga qui, aujourd’hui, exerce la prestigieuse fonction de grand chancelier de la Légion d’honneur après avoir été le chef d’état-major particulier du président de la République) ; le chauffeur du chef de corps, Ante Gotovina, retrouvera finalement la Croatie, où il gagnera ses galons de général, et refera parler de lui quinze ans plus tard.

Enfin (sans parler du célèbre film La Légion saute sur Kolwezi), l’incontournable Jean-Pax Méfret rendra hommage au REP dans une chanson qui se fredonne encore dans les couloirs du ministère de la Défense.

Si l’assaut aéroporté sur Tombouctou, en 2013, fut pensé comme un nouveau Kolwezi, force est tout de même de reconnaître qu’il y manquait une dimension : celle de l’armée comme ultima ratio, employée pour venir au secours de la population européenne. Alors, ce soir, dans le TER qui vous mêlera aux zombies du secteur tertiaire après une journée de tableurs Excel, pourquoi ne pas profiter de votre téléphone pour écouter « l’histoire de sept cents légionnaires/Portant un béret vert/Largués sur un coin de terre/Pour effacer l’enfer«  ?

http://www.bvoltaire.fr/y-a-quarante-ans-kolwezi/

06:07 Écrit par pat dans culture et histoire, divers | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | | |

18/05/2018

Colloque « Maurras, l'homme de la politique » : L’homme du roi par Jacques Trémolet de Villers

Jacques Trémolet de Villers

Simplement deux mots de présentation de cette septième - et dernière - vidéo de notre colloque Maurras, l'homme de la politique, tenu à Marseille, samedi 21 avril dernier. Et maintenu, comme on le sait, contre vents et marées, soulevés par la gauche et l'ultra-gauche. Colloque ouvert par Jean Gugliotta, président de l'Union Royaliste Provençale  - qui, regroupe les royalistes d'Action française de Provence désormais réunis. Et animé par Hilaire de Crémiers, directeur de Politique magazine et de La nouvelle Revue Universelle.

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Voici donc la dernière des sept interventions de la journée : Maurras, l’homme du roi par Jacques Trémolet de Villers.

L'ensemble du colloque sera désormais consultable en suivant les liens ci-dessous.

Un appréciable instrument d'information ou, selon les cas, de formation. Bonne écoute !  LFAR  

Réalisation de la vidéo : Paul Léonetti  

Colloque Maurras - l'homme du Roi from Lafautearousseau on Vimeo

http://lafautearousseau.hautetfort.com/archive/2018/05/16...

Les idées à l’endroit : Julien Freund et l’essence du politique

Légitime Défense - Francs Tireurs Patriotes par Epona

18:21 Écrit par pat dans culture et histoire, divers | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | | |

Maurras, l'homme de la politique, L’homme de la cité par Jean-Baptiste Donnier

Jean-Baptiste Donnier, Hilaire de Crémiers

A la demande générale, nous reprenons ici l'intervention de Jean-Baptiste Donnier, professeur des universités - Maurras, l’homme de la Cité - lors de notre colloque du 21 avril dernier à Marseille. Cet exposé tout à fait important a été un moment marquant de cette journée de réflexion sur Charles Maurras. Essentiellement sur sa conception de la nation. Un appréciable instrument d'information ou, selon les cas, de formation. Bonne écoute !  LFAR 

Réalisation de la vidéo : Paul Léonetti

colloque Maurras - l'homme de la cité from Lafautearousseau on Vimeo.

http://lafautearousseau.hautetfort.com/archive/2018/05/18...

Actualité et politique du 12 mai 2018

17/05/2018

Le processus génocidaire de la révolution

22:54 Écrit par pat dans culture et histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | | |

Nouveautés aux Editions du Lore

Voici les liens vers les dernières parutions des Editions du Lore :

ethique-biologique-de-l-homme-blanc.jpghttp://www.ladiffusiondulore. fr/home/682-l-ethique- biologique-de-l-homme-blanc. html

solstices-histoire-et-actualite-ed-de-luxe.jpghttp://www.ladiffusiondulore. fr/home/679-les-solstices- histoire-et-actualite-ed-de- luxe.html

peuples-de-l-europe-ed-cuir-numerotee.jpghttp://www.ladiffusiondulore. fr/home/683-les-peuples-de-l- europe-ed-cuir-numerotee.html

http://euro-synergies.hautetfort.com/

JEUDI 17 MAI, SCIPION DE SALM INVITÉ DE L'ÉMISSION "SYNTHÈSE" SUR RADIO LIBERTÉS

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ECOUTER RADIOS LIBERTÉS CLIQUEZ ICI

LES PRÉCÉDENTES EMISSIONS

"SYNTHESE" CLIQUEZ LÀ

Mai 68 • L’« avant-garde chien de garde » du Capital [1]

1573814046.pngPar Rémi Hugues 

Dans le cadre de la sortie de son ouvrage Mai 68 contre lui-même, Rémi Hugues a rédigé pour Lafautearousseau une série dʼarticles qui seront publiés tout au long du mois de mai.

Parmi les nombreux slogans de Mai 68, « Avant-garde chien de garde » est probablement celui qui est le plus directement anti-léniniste. Lénine, le chef de la Révolution dʼOctobre, avait révisé l’impératif de Marx d’après lequel la révolution doit être l’œuvre des travailleurs eux-mêmes en mettant en avant le rôle du Parti comme « avant-garde de la classe ouvrière », au fond comme groupe messianique du prolétariat-Messie collectif ayant la charge de réaliser l’Eden des temps futurs, la « société sans classes »[1]

Quelle avant-garde pour les masses ? 

Lénine, il faut le souligner, considérait que « les juifs […] font d’excellents révolutionnaires de par leur obstination et leur fanatisme... C’est là (dans le monde civilisé) que les caractères éminents et universellement progressistes de la culture juive, son internationalisme, sa réceptivité aux mouvements avancés de l’époque, se sont clairement manifestés. Le pourcentage des juifs dans les mouvements démocratiques et prolétariens est partout supérieur au pourcentage des juifs dans la population. »[2]    

LʼArmée rouge, qui assura sa pérennité au nouveau régime bolchevique, fut d’ailleurs fondée par un juif, Trotsky. Elle était, selon l’historien Yuri Slezkine, « la seule force qui régissait sérieusement et de façon consistante contre les pogroms antisémites, et la seule à être dirigée par un juif. Trotsky n’était pas simplement un général ou même un prophète : il était l’incarnation vivante de la violence rédemptrice, le glaive de la justice révolutionnaire et, simultanément, Lev Davydovitch Bronstein, ancien élève du heder de Schufer, à Gromoklei, province de Kherson. Les autres leaders bolchéviques les plus proches de Lénine pendant la guerre civile étaient Grigoriy Evseïévitch Zinoviev (Ovseï Gershon Aaronovitch Radomylski), Lev Borissovitch Kamenev (Rosenfeld) et Iakov Mikhaïlovitch Swerdlov (Iankel Solomon) »[3].

L’universitaire américain signale en outre dans le même ouvrage qu’« il y avait beaucoup de fils de rabbin dans lʼArmée rouge. Ils combattaient contre les traditions arriérées et contre le capitalisme moderne, contre leur propre ʽʽnationalité chimériqueʼʼ et contre les fondations mêmes du vieux monde »[4].

Ce qui d’ailleurs ne plaisait guère à Chaim Weizmann, le grand sherpa du sionisme qui en 1948 devint le premier président de l’État d’Israël. En 1903, effectivement, il s’en plaint dans une lettre : « En Europe de l’Ouest, on suppose généralement que l’ample majorité de la jeunesse juive de Russie est dans le camp sioniste. Malheureusement, c’est le contraire qui est vrai. La majeure partie de la jeune génération actuelle est antisioniste, non pas par désir d’assimilation, comme en Europe de l’Ouest, mais par conviction révolutionnaire. […] Il ne s’agit pas nécessairement de jeunes d’origine prolétarienne ; nombre d’entre eux viennent aussi de familles aisées, et, soit, dit en passant, il n’est pas rare qu’ils viennent de familles sionistes. Presque tous les étudiants appartiennent au camp révolutionnaire […]. C’est un spectacle terrible, dont la réalité échappe manifestement aux sionistes ouest-européens, que de voir la majeure partie de notre jeunesse – et certainement pas la pire – s’offrir comme candidats au sacrifice comme sous l’effet d’une fièvre. […] Le plus triste et le plus regrettable, c’est qu’alors même que ce mouvement mobilise une telle quantité d’énergie et d’héroïsme juifs et qu’il puise ses recrues essentiellement au sein de la communauté juive, il manifeste à l’égard du nationalisme juif une attitude de franche antipathie, allant parfois jusqu’à la haine fanatique. Les enfants sont en révolte contre leurs parents. »[5]

Il est remarquable de voir à quel point les dernières lignes du propos de Weizmann résonnent avec le point de départ de la crise de mai-juin 1968, où la jeune génération – les enfants – se soulevèrent contre la vieille – les parents –. 

La thèse d’Annie Kriegel qui met en lumière la prééminence juive à l’intérieur du gauchisme, a pour conséquence de suggérer que les différents leaders de Mai étaient reliés entre eux par un point commun autre que le goût pour la révolution communiste. Ils furent l’avant-garde, pour reprendre l’expression de l’ancien Premier ministre Manuel Valls, non de la République, mais du Capital, qui par nature est transnational, apatride.  (Dossier à suivre)   

[1]  Plus exactement, Lénine avait poursuivi plus avant l’intuition du Marx observateur de la Commune de Paris, qui avait identifié comme cause principale de la défaite des ouvriers l’inexistence d’un parti organisé à même de mettre au point une logistique révolutionnaire suffisamment puissante pour permettre la victoire du prolétariat.

[2] Lénine, Remarques critiques sur la Question nationale (1913), cité par Paul Lendvai, L’antisémitisme sans juifs, Paris, Arthème Fayard, 1971, p. 9. 

[3]  Yuri Slezkine,  Le Siècle juif, Paris, La Découverte, 2009, p. 185.

[4]  Ibid., p. 186.

[5]  Cité par ibid., p. 165-166.

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Dossier spécial Mai 68

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Perles de Culture #167 : Un russe nommé Poutine, portrait

16/05/2018

Hervé Van Laethem : « Le combat est national mais aussi européen. »

Conférence Dextra du 18/05 : L'école libre face à la faillite de l'Education nationale, par Viktor Ober

Chers amis, chers camarades, 
Pour cette nouvelle conférence Dextra, 
Nous avons la joie et l'honneur de recevoir à nouveau Viktor Ober, sur un sujet très important et d'actualité, à savoir : 
"L'école libre face à la faillite de l'Education nationale" 
Nous vous attendons nombreux et ponctuels pour cette nouvelle conférence. 
A vendredi !

Mai 68 • Les meneurs de la « Commune étudiante » : un paradoxe français [3]

Annie Kriegel

Par Rémi Hugues 

Dans le cadre de la sortie de son ouvrage Mai 68 contre lui-même, Rémi Hugues a rédigé pour Lafautearousseau une série dʼarticles qui seront publiés tout au long du mois de mai.

La détonante thèse de Kriegel 

Elle avance que le choix des révolutionnaires professionnels, ces dissidents antisoviétiques de l’Ouest, mais aussi anti-américains (en apparence[1]), qui restaient fidèles à l’idéal communiste, entre le maoïsme et le trotskisme, se faisait sur la base de l’appartenance à la culture ashkénaze ou séfarade. Le maoïsme, indique-t-elle, avait les faveurs des séfarades, qui pouvaient y cultiver le tropisme oriental de leurs origines, quand les ashkénazes, par nostalgie du shttetel ou du kahal des contrées d’Europe de l’Est, retrouvaient dans la figure de Léon Trotsky un substitut à cette part d’eux-mêmes perdue à jamais après les affres des années terribles, et donc une façon de renouer les liens avec leurs ancêtres.

« Ce n’est un secret pour personne que les étudiants d’origine juive occupent une place disproportionnée dans les groupes, mouvements et organisations, instances qui s’inscrivent dans la mouvance gauchiste »[2] et, plus spécifiquement, « le choix, qui amène chaque intéressé à donner une adhésion à tel groupe gauchiste de préférence à tel autre, semble obéir à des clivages dérivés de l’appartenance ethnique au sein de la communauté juive : car les jeunesashkenazim se retrouvent plus volontiers trotskystes, les jeunes sephardim plus volontiers maoïstes […] Adhérer au trotskisme, c’est donc comme un retour au pays légendaire, c’est retrouver le climat adorable du schttetel dont les fils en révolte s’enfuyaient vers les universités occidentales conquérir le savoir profane et préparer la Révolution »[3]. Au sujet de l’engagement prochinois, « on voit bien comment des jeunes gens, dont l’enfance se déroule au sein de sociétés traditionnelles décomposées par le traumatisme de la colonisation et leur exposition forcée à la civilisation occidentale, peuvent être touchés par la variété maoïste dont les particularités tiennent à ce qu’elle s’est développée dans le cadre d’une société également traditionnelle et également disloquée par le choc de sa confrontation aux entreprises de l’impérialisme étranger. »[4]

Kriegel conclut en disant que « le gauchisme est un phénomène essentiellement étudiant, s’il est même un phénomène d’étudiants aisés et très aisés, il n’apparaît pas qu’il touche de manière active un grand nombre d’étudiants aisés ou très aisés appartenant à des familles de bourgeoisie classique. […] Entre les divers sous-groupes dont les particularités sont susceptibles d’orienter leurs rejetons avec le gauchisme, se détache le sous-groupe juif. »[5]

Benny Lévy l’Egyptien choisit lʼOrient lointain et son Empire communiste du milieu, quand Alain Krivine lui préféra lʼOrient proche du Yiddishland du fondateur de lʼArmée Rouge, celui en qui les juifs de Varsovie voyaient un libérateur pendant la guerre de 1919-1921 qui opposa la Pologne à la Russie soviétique.

Daniel Cohn-Bendit s’amusait de cela quand il pointait du doigt les difficultés qu’avaient les militants gauchistes pour se mettre d’accord : « En France, les directions nationales des groupes d’extrême gauche pourraient parler yiddish, même si elles n’étaient pas d’accord entre elles »[6].Un autre trait d’humour assez semblable est abondamment repris à propos de la direction de la J.C.R. : s’il n’y avait Daniel Bensaïd (qui est séfarade) l’ensemble des membres du bureau politique pourrait parler le yiddish pendant leurs réunions. En réalité, d’après Yaël Auron, il y avait un non-juif au sein de l’organisation affiliée à la IVème  internationale et dirigée par Pierre Franck : « Sur les douze membres du bureau politique de la Ligue à ses débuts, s’ajoutaient à Bensaïd dix autres juifs originaires d’Europe de l’Est et un seul membre non juif. »[7]   (Dossier à suivre)  •  

[1]  À ce sujet, Morgan Sportès souligne : « Beaucoup d’idiots utiles du stalinisme sont ainsi devenus, en toute innocence, et par le biais du maoïsme, des idiots utiles de l’atlantisme botté. […] Des partis maoïstes ont été créés de toutes pièces en Hollande, en Suisse, par la CIA. Les Brigades rouges italiennes ont été, elles aussi, influencées. », ibid., p. 195. Sportès explique en outre que depuis 1945 « les services américains ont manipulé – et financé à coups de dollars – la gauche et l’extrême-gauche antisoviétiques, dans le cadre de la guerre froide. […] Dans les domaines de la pensée, de l’esthétique, du syndicalisme, de la politique, la main de la CIA a joué. […] Corruption d’intellectuels de gauche, noyautage de journaux, de maisons d’édition, de boîtes de production cinématographique », ibid., p. 194.

[2]  Annie Kriegel, « Gauchisme et judaïsme », LʼArche, n° 186-187, 26 septembre-25 octobre 1972, p. 36.

[3]  Ibid., p. 37.

[4]  Ibid., p. 38.

[5] Idem.

[6]  Daniel Cohn-Bendit, Le grand bazar, Paris, Belfond, 1975, p. 11-12.

[7]  Yaël Auron, op. cit., p. 23. 

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Dossier spécial Mai 68

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La petite histoire : Le maréchal Bernadotte, un révolutionnaire sur le trône de Suède

09:02 Écrit par pat dans culture et histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | | |

L’EMPEREUR HADRIEN (76-138 AP. J.-C.) | AU CŒUR DE L’HISTOIRE | EUROPE 1

06:07 Écrit par pat dans culture et histoire | Lien permanent | Commentaires (0) |  Imprimer |  Facebook | | | | |

15/05/2018

Paris, samedi 12 mai : images du colloque Mai 68 et le bien commun : utopies, échecs et perspectives

Quatre-cents personnes, une vingtaine d'intervenants et des échanges de qualité : le colloque Mai 68 et le bien commun : utopies, échecs et perspectives fut une réussite !

Un grand banquet a clôturé cet après-midi de réflexion autour du thème du bien commun.

Un compte rendu et des vidéos à venir sont annoncés.

Prochain événement : Université d'été de l'Action Française | CMRDS 2018 

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La Jeanne d'Arc parisienne

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Dimanche 13 mai, les formations monarchistes et celles de la Droite nationale et catholique se sont mobilisées à Paris pour honorer la mémoire de Ste Jeanne d'Arc, héroïne de la Patrie. Malgré les grèves dans les transports, le calendrier émaillé de "ponts" et l'attentat de la veille, les patriotes se sont retrouvés aux différents rendez-vous en nombre respectable.

A 10 h, la Dissidence française de Vincent Vauclin, magnifiques drapeaux claquant au vent, "ouvrait le bal". Puis ce fut l'Action française et enfin le Parti nationaliste français avec Pierre Sidos. La matinée fut donc bien remplie.

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L'après-midi, Civitas organisait sa marche entre la statue de Jeanne d'Arc de la Place St Augustin et celle de la place des Pyramides. Là aussi, le cortège ne manquait pas d'allure. Derrière trois cavalières en tête les militants de Civitas et du Parti de la France furent applaudi par de nombreux Parisiens présents sur les trottoirs, en particulier lorsque les slogans contre le terrorisme islamiste étaient scandés. Pour être honnête, il y en avait aussi quelques-uns qui semblaient moins réceptifs à nos thèmes, mais la manifestation s'est déroulée sans incident. Ce qui tranche avec les émeutes gauchistes du 1er mai.

Roland Hélie, directeur de Synthèse nationale, est intervenu au cours des rassemblements de la Dissidence française le matin et de celui de Civitas l'après-midi. Notre revue Synthèse nationale fut aussi vendue à la criée tout au long de la journée.

Dans les jours qui viennent, nous reviendrons sur cette journée et nous publierons d'autres photos de cette belle fête nationale de Jeanne d'Arc 2018...

http://synthesenationale.hautetfort.com/archive/2018/05/1...

14/05/2018

Alexandre Gabriac : Ne pas se tromper d’adversaire.

Histoire : Mai 68 • Les meneurs de la « Commune étudiante » : un paradoxe français [1]

Par Rémi Hugues 

Dans le cadre de la sortie de son ouvrage Mai 68 contre lui-même, Rémi Hugues a rédigé pour Lafautearousseau une série dʼarticles qui seront publiés tout au long du mois de mai.

Quelque chose de contradictoire animait les passions politiques des leaders de Mai, couramment désignés par l’expression de « révolutionnaires professionnels »[1]. Cette contradiction résidait dans l’opposition entre leurs origines et leurs orientations en matière géostratégique, ces dernières étant fondées, guerre du Vietnam oblige, sur un anti-impérialisme américain radical. Ce qui explique ce paradoxe est justement le caractère mondial de leur combat : comme le souligna le président de Gaulle lors du Conseil des ministres du 5 juillet 1967 : « La jeunesse devient internationale »[2]

Une patrie : la terre 

Ces jeunes meneurs de Mai 68 se dépouillaient de la culture qu’ils héritaient de leur milieu familial pour se consacrer entièrement à la lutte de libération internationale. « En tant que ʽʽcitoyens du mondeʼʼ, universalistes et cosmopolites, ils étaient en quête d’une ʽʽpatrieʼʼ, des ʽʽracinesʼʼ en des lieux différents, physiquement, idéologiquement et intellectuellement éloignés : en Chine, en Amérique latine, au Vietnam ou en Algérie. »[3]

Le groupuscule maoïste dont faisait partie Alain Geismar, l’une des figures majeures de la révolte étudiante, « était violemment antisioniste. Ses deux chefs pourtant, l’officiel comme l’occulte, Geismar et Victor (Benny Lévy), étaient juifs. Mais, à l’époque, il n’y avait rien là de paradoxal. On était ʽʽinternationalisteʼʼ. »[4]

Relativement à cette question, Maurice Szafran relate le fait suivant : « Dès 1967, au lendemain de la guerre des Six-Jours, Tony Lévy, le frère de Benny, avait fondé à la Cité universitaire un comité des étudiants juifs antisionistes. Le terreau idéologique était on ne peut plus simple. Il tournait autour d’une de ces ʽʽévidencesʼʼ qui fondent le gauchisme : Israël n’est qu’un instrument de l’impérialisme américain. […] Les frères Lévy comptent parmi les premiers responsables gauchistes à comprendre que la cause palestinienne peut leur être utile. Et sur deux plans : faire apparaître de nouveaux héros au firmament de la révolution, s’adresser, par ce biais, aux ouvriers immigrés d’origine arabe. Au fellagah du FLN et au vietcong du FNL doit succéder le fedayin du Fath. »[5] Méprisés par les ouvriers français, les militants de lʼUJC(ml) étaient contraints de se tourner vers les travailleurs immigrés, essentiellement d’origine maghrébine, afin de pouvoir espérer recruter de nouvelles ouailles. 

Ce groupuscule prochinois fut dissous avec d’autres après les élections législatives de juin 1968 : il fut rebaptisé Gauche prolétarienne. Cette organisation s’attelait notamment à diriger son action militante autour du thème de la défense de la cause palestinienne. Par exemple avec la tenue d’un meeting en 1970 : « Hautparleurs, musique orientale, grands discours en arabe, en français. Drapeaux palestiniens déployés, vert, blanc avec croissant rouge. Portraits de Yasser Arafat. Banderoles... On distribue des tracts du Comité Palestine : En Palestine tout le monde se bat pour la liberté. Pas seulement les feddayin mais aussi les femmes et les enfants. Ils se battent pour reprendre la terre que l’occupant sioniste leur a volée. »[6]

La même année la GP organisait une manifestation en faveur de la cause arabe en rendant hommage à son avocat le plus célèbre. « Le 28 septembre 1970 Nasser meurt. Ses funérailles auront lieu le 1er octobre. Les maos flairent là ʽʽun bon coupʼʼ. La mort du président égyptien, le Raïs, a déclenché en effet une émotion immense dans le monde arabe, et bien entendu chez les immigrés... Porte Zola, dès avant six heures du matin, on installe des panneaux : portraits du Raïs, d’Arafat, photos de feddayin, kalachnikov au poing. En célébrant Nasser, les chefs maos mettent de l’eau dans leur vin. Ils le méprisent en fait. C’est un larbin de Brejnev, se disent-ils en aparté. Il bouffe à la fois au râtelier du KGB et de la CIA ! Il trahit les Palestiniens... L’Egypte est soutenue par l’URSS. Et la Chine joue contre l’URSS au Moyen-Orient. Mais avec les immigrés arabes, qu’on veut séduire, on n’entre pas dans ces considérations...

– Pour les funérailles de Nasser, on n’a été que deux cents, au départ, à débrayer dans lʼîle Seguin, raconte un mao maghrébin, surtout des Arabes. […] Régulièrement des camarades prenaient la parole. Et puis on est allé déjeuner à la cantine. Pendant le repas et après, on n’a pas arrêté de discuter. Porte Zola, à la sortie de l’usine, les discussions se poursuivent. […] On argumente, on sʼengueule :

- Un État palestinien ? On n’en veut pas. Qu’est-ce que ça serait ? Un grand camp de réfugiés surveillé par des flics sionistes ! Non... Il faut poursuivre la révolution, renverser les sionistes et tous les États arabes réactionnaires !

- On libérera aussi les Juifs de Palestine de la dictature sioniste !

- Pour les immigrés, ici, en France, il est clair que la seule solution ce sont les armes !

- Les Français ont trop tendance à vouloir régler les choses pacifiquement. Nous, les maoïstes arabes, quand nous luttons ici contre les patrons, nous luttons en même temps contre les réactionnaires arabes. Notre combat est mondial !...

Un Maghrébin, portant un paquet de journaux, se glisse dans le groupe, criant :

- Lisez Fedaï, journal antisémite.

Un lieutenant de Victor le rabroue. Le vendeur corrige alors le tir :

- Lisez Fedaï, journal antisioniste ! »[7] 

Cette anecdote illustre bien les ambiguïtés auxquelles étaient confrontés les gauchistes, dont les maoïstes en particulier, dans leur combat antisioniste.  (Dossier à suivre)  •   

[1]  Hervé Hamon, Patrick Rotman, Génération. Les années de rêve, Paris, Seuil, 1987, p. 313.

[2]  Alain Peyrefitte, C’était de Gaulle, III, Paris, Fayard, 2000, p. 250.

[3]  Yaël Auron, Les juifs d’extrême gauche en mai 68, Paris, Albin Michel, 1998, p. 278.

[4]  Morgan Sportès, Ils ont tué Pierre Overney, Paris, Grasset, 2008, p. 121.

[5]  Maurice Szafran, Les juifs dans la politique française de 1945 à nos jours, Paris, Flammarion, 1990, p. 188.

[6]  Morgan Sportès, op. cit., p. 121.

[7]  Ibid., p. 141-142.

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Paris 15 mai, Gérard Leclerc parlera de Mai 68 aux Mardis de Politique magazine, une soirée à ne pas rater !

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Rendez-vous à partir de 19 h 00 - Conférence à 19 h 30 précises
Participation aux frais : 10 euros -  Etudiants et chômeurs : 5 euros

Salle Messiaen, 3 rue de la Trinité  Paris 9° - Métro La Trinité, Saint-Lazare

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Renseignements : Politique magazine, 1 rue de Courcelles Paris 8° - T. 01 42 57 43 22