
par Aurelien
Et les prisons que nous nous construisons nous-mêmes.
Je doute que Ludwig Wittgenstein ait pensé à la politique internationale lorsqu’il a déclaré, dans la célèbre Proposition 5,6 du Tractatus, que «les limites de mon langage indiquent les limites de mon monde». Depuis lors, les spécialistes débattent de ce qu’il entendait exactement par-là, et je ne me risquerai pas moi-même à m’aventurer sur un terrain aussi glissant. Je pense néanmoins que cette proposition offre un point de départ utile pour discuter de la relation entre le langage dont disposent aujourd’hui les dirigeants politiques — généralement hérité, voire imposé —, et les limites qui en découlent sur ce qu’ils peuvent penser, et par conséquent sur la manière dont ils peuvent agir. À l’instar de nombreuses questions tout aussi importantes dans la politique internationale concrète, j’ai l’impression que son existence n’a pratiquement même pas été reconnue, et encore moins étudiée. Les professionnels n’y réfléchissent pas vraiment ; les linguistes et les philosophes analytiques ne semblent pas s’y intéresser. Tentons donc l’expérience, en précisant au passage que je ne vais pas aborder le relativisme linguistique ni l’hypothèse de Sapir-Whorf, même si, dans sa forme la plus modérée, celle-ci semblera relever du bon sens à quiconque a dû vivre et travailler dans au moins deux systèmes linguistiques, en particulier non européens.
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