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La démocratie du XXIe siècle

Georges Feltin-Tracol

La Hongrie, la Turquie, la Russie, Singapour, le Bélarus, voire peut-être bientôt la Pologne, seraient pour leurs détracteurs occidentaux des « démocratures », un mélange plus ou moins subtile de pratiques démocratiques et d’autoritarisme politique. Il serait plus juste de les qualifier de « démocraties illibérales ».

L’expression revient au politologue étatsunien d’origine indienne musulmane, Fareed Zakaria, qui l’employa pour la première fois dans le numéro de novembre – décembre 1997 de la revue mondialiste Foreign Affairs. En 2003, il développa et étaya sa thèse dans L’avenir de la liberté. La démocratie illibérale aux États-Unis et dans le monde. L’élève de Samuel Huntington y défendait l’indépendance complète des institutions par rapport à l’élection en prenant l’exemple révélateur de la Banque centrale européenne.

Le 26 juillet 2014, le ministre-président hongrois, Viktor Orban, s’en appropria le concept. Il s’agit pour lui de célébrer le retour du politique et la nécessaire correction des excès du libéralisme politique et économique. Cet « État non libéral, disait-il, ne nie pas les valeurs fondamentales du libéralisme comme la liberté, etc. Mais il ne fait pas de l’idéologie un élément central de l’organisation de l’État. Il applique une approche spécifique et nationale », propre à l’histoire et aux mentalités hongroises, pourrait-on ajouter.

Si cette expression est récente, la pratique illibérale est pourtant relativement ancienne en Europe. Dans son excellente biographie sur Napoléon III parue en 2004, Pierre Milza définit avec raison le Second Empire comme un régime illibéral. Cette caractéristique méconnue influencera ensuite la fameuse « droite bonapartiste », des boulangistes à certaines tendances du Front national en passant par les « Syndicats jaunes », des non-conformistes des années 30 et le gaullisme de gauche.

Au XIXe siècle, la France de Napoléon III n’était pas le seul État illibéral d’Europe. Son vainqueur de 1870, la jeune Allemagne forgée par le chancelier Bismarck correspondait aussi à cette catégorie. Sa constitution impériale conciliait en effet fédéralisme politique, autorité monarchique, suffrage universel direct, forte protection sociale, gouvernement indépendant des manœuvres parlementaires et présence massive d’élus sociaux-démocrates.

Alternative prometteuse à la démocratie représentative épuisée et à la chimérique démocratie participative, la démocratie illibérale ne peut être que la première étape vers une démocratie authentique, la démocratie organique, cette formidable matrice de l’aristocratie populaire européenne.

Bonjour chez vous !

• « Chronique hebdomadaire du Village planétaire », n° 14, diffusée sur Radio-Libertés, le 16 décembre 2016.

http://synthesenationale.hautetfort.com/

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