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À propos de la constitution américaine

6a00d8341c715453ef022ad3be5d3c200b-320wi.jpgDeux visions irrationnelles des élections intermédiaires américaines du 6 novembre cohabitent en Europe. Elles sont alourdies par l'image déformée que nous en recevons. À l'agacement des uns répond la servilité des autres. Essayons ici d'y voir plus clair et d'appliquer la devise transmise par les rois de France, de toujours raison garder.

Le commentaire dominant dans la presse parisienne présente les résultats comme s'ils apparaissaient en demi-teinte. L'expression ne me paraît pas correspondre à la nouvelle situation des États-Unis.

Véritablement en effet de nouvelles couleurs se dessinent désormais. On les distingue beaucoup plus nettes, beaucoup plus contrastées, que s'il s'agissait d'un gris clair d'un côté, d'un blanc cassé de l'autre. Selon les diverses circonscriptions, les rouges républicains et les bleus démocrates se présentent de façon plus intense et plus criarde. Chacun des deux partis s'est rassemblé pour ou contre un président qui en 2016 se situait presque à l'écart de son parti. Or, cette année, par son implication exceptionnelle dans la campagne, il est parvenu à le rassembler, comme s’il le ralliait, tel Henri IV à la bataille d'Ivry, à son panache blond.

La Constitution américaine n'a guère varié, dans les textes comme dans ses échéances électorales, depuis plus de deux siècles. Et elle a presque toujours fonctionné sur la base d'un civisme commun, d'un patriotisme, qui l'a longtemps préservé de l'esprit de division. Pour s'en tenir aux époques les plus proches de nous, les défaites du parti présidentiel aux élections dites de mi-mandat n'ont jamais entravé, bien au contraire, l'avancée du pays.

Ainsi en 1994 sous Bill Clinton, le pouvoir de Washington fut désavoué, de façon cinglante, sur la question de l'assurance maladie monopoliste telle que Hillary Clinton cherchait à l'instituer : il en est résulté un pouvoir international plus fort de la présidence démocrate, d'autant plus hégémonique que la chambre des représentants, républicaine, verrouillait les finances.

De même à l'automne 1946 s'était produit un retournement décisif que trop d’historiens négligent. Produit de la vague anticommuniste naissante, il balaya tous les élus démocrates de gauche de l'ère Roosevelt. Celle-ci avait duré de façon extrêmement longue de 1932 à 1945. Sa clôture permit, avec le soutien des républicains, autrefois isolationnistes, de donner un soutien à ce qui devint au printemps 1947 la doctrine Truman. Bénéficiaires jusque-là des complaisances de Potsdam et Yalta, applaudies sans nuances par le New York Times en 1945, les séides de Staline allaient voir leurs projets contrecarrés, en Grèce, en Iran comme en Corée. À la constitution du Kominform à l'Est, imposée par l'URSS aux pays communistes satellites en septembre 1947[1] allait répondre en 1949 l'Alliance atlantique, qui dure encore, etc.

Tout cela n'a pu fonctionner que dans le cadre d'un consensus civique. Aujourd'hui certaines forces s'emploient à le liquider, qui refusent la légitimité de la présidence et de la majorité sénatoriale.

Or l'autorité de ces deux instances reflète le caractère fédéral de la constitution : deux sénateurs par État au sein de la chambre haute, alors que les 435 membres de la chambre basse sont répartis proportionnellement à la population[2]. Des États comme la Californie ou le Texas comptaient ainsi, en 2016, respectivement 53 et 36 députés, alors que de charmants petits États comme le Wyoming, le Vermont ou le Montana n'en comptent qu'un. Ceci explique que le président et le sénat, maîtres de la politique extérieure, resteront conservateurs jusqu’en 2020, alors qu’à 78 ans, leur adversaire indémodable Nancy Pelosi, en regard, retrouve une nouvelle jeunesse pour briguer la présidence de la Chambre des représentants.

De cela ni les instituts de sondages, ni les commentateurs parisiens, ni les adeptes du centralisme jacobin ne semblent disposés à tenir vraiment compte.

Aristote à qui l'on demandait quelle était la meilleure des constitutions[3] répondait : "dis-moi d'abord pour quel peuple et pour quelle époque". Ceci datant de 325 années avant Jésus-Christ semble à peu près valable à propos de cette constitution américaine, proche des idées de Montesquieu, et pratiquement inchangée elle-même depuis l'an de grâce 1787.

Ceci explique aussi qu'il se révèle si difficile d'en importer les principales dispositions, comme l'élection du chef de l'État au suffrage universel, en Amérique latine ou en France.

Souhaitons donc, ici, aux Américains pour le salut de leur Liberté, qu'ils ne changent ni d'époque, au sens où ils cesseraient de pratiquer leurs vertus civiques, ni de peuple, comme certains semblent le leur suggérer.

JG Malliarakis  

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Apostilles

[1] cf. rapport Jdanov "Sur la situation internationale" qui se conclut, page 31, par un appel à "la résistance dans tous les domaines, gouvernemental, politique et idéologique aux plans impérialistes d'expansion et d'agression", désignant l'hégémonisme américain comme ennemi principal.

[2] cf . article Ier, section 2, de la Constitution des États-Unis.
[3] Faut-il rappeler ici que le Stagyrite, précepteur d'Alexandre de Macédoine, était bien loin d'être un inconditionnel du régime athénien appelé "démocratie"? Mais son étude de La Constitution d'Athènes n'a été connue qu'en 1891 grâce à sa publication en Angleterre par Sir Frederic Kenyon, première édition française Au Belles Lettres en 1922.

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