Bruno Retailleau plaide la fermeté depuis bientôt un an
Le chef de l’État durcit le ton. Il souhaite la mise en œuvre « immédiatement » de l’application de la loi Immigration qui en son article 47 permet « de refuser les visas de court séjour aux détenteurs de passeport de service et diplomatiques, tout comme les visas de long séjour à tous types de demandeurs ».
Il demande aussi au ministre de l’Intérieur « de trouver au plus vite les voies et moyens d’une coopération utile avec son homologue algérien » face à « l’inquiétude particulière que [lui] inspire la situation des ressortissants algériens les plus dangereux, sortant de prison ou placés en centre de rétention administrative et qui ne peuvent plus être expulsés, faute de coopération des autorités algériennes. » Sans compter la situation catastrophique de l’ambassade française à Alger. Le rappel à Paris de notre ambassadeur, Stéphane Romatet, mi-avril, « pour consultation », laisse sur place une chancellerie vacillante, le pouvoir algérien bloquant la venue de fonctionnaires français. Emmanuel Macron prévient : « tout retour à la normale dans notre coopération nécessitera que notre ambassade à Alger recouvre les moyens de son action ».
Une fermeté bienvenue, salutaire peut-être, mais n’auront pas échappé au lecteur de Boulevard Voltaire les atermoiements et rodomontades, pour ne pas dire camouflets, qu’Emmanuel Macron a infligés à son ministre de l’Intérieur depuis le début de la crise algérienne. Bruno Retailleau appelle de ses vœux une politique de fermeté vis-à-vis du régime d’Abdelmadjid Tebboune depuis son arrivée à Beauvau en septembre 2024 alors qu’à l’été les tensions diplomatiques avec Alger éclataient lorsque le président français reconnaissait la souveraineté marocaine sur le Sahara occidental.
Rien sur les accords de 1968
Depuis, Emmanuel Macron n’a de cesse de jouer la partition de la frilosité. Le samedi 22 février à Mulhouse, un attentat perpétré par un Algérien sous OQTF (Obligation de quitter le territoire français) faisait un mort et plusieurs blessés. Le ministre de l’Intérieur avait reproché aux autorités algériennes d’avoir refusé à dix reprises un laissez-passer permettant l’expulsion de l’auteur des faits. Alors que Bruno Retailleau réclamait un rapport de force : « Il faut savoir que la France, de son côté, a tendu la main et n’a obtenu aucun résultat en retour. À un moment donné, il faut dire : “stop ! » et que François Bayrou lançait une forme d’ultimatum au sujet de l’accord de 1968, « si l’accord n’est pas respecté, l’accord sera dénoncé », le président de la République rappelait son gouvernement à l’ordre : « Chacun est dans ses compétences. L’accord de 1968, c’est le président de la République ». Emmanuel Macron s’entretenait même au téléphone avec le président algérien le 31 mars pour « renouer [un] dialogue fructueux » en convenant « de la reprise sans délai de la coopération sécuritaire ». avec le succès que l'on connait.
Une dénonciation de l’accord de 1968 où les positions du président LR rejoignent celles du Rassemblement national alors que Sébastien Chenu, député RN du Nord, s’exprimait le 7 août, sur Europe 1, en ces termes : « Ce qu’on réclame, nous au RN, c’est la suspension des accords de 1968 qui offrent des conditions très favorables pour s’installer en France ».
Pourtant dans son courrier, Emmanuel Macron n’évoque en rien une telle remise en cause. Les accords de 1968 ne sont pas cités.
Le chef de l’État, tel Cyrano tentant de retenir le comte de Guiche, semble tomber de la lune. Dans le fiasco des négociations pour la libération de l’écrivain franco-algérien Boualem Sansal, et désormais du journaliste Christophe Gleizes, il affiche désormais une position combattive. « Les autorités algériennes ont fait le choix délibéré de ne pas répondre à nos appels répétés au cours des derniers mois à travailler ensemble dans l’intérêt de nos deux nations. Il aurait pu en être autrement. Désormais, nous n’avons pas d’autre choix que d’adopter une approche de plus grande fermeté » confie-t-il au Figaro. Une nouvelle ligne politique ? A la lumière de l’année écoulée, de tels propos laissent dubitatifs.