
Stupeur et tremblements, dans la grande église cathodique. À ce stade, c’est presque une hérésie. Les grands prêtres d’extrême gauche sont obligés d’aller à Canossa : le procureur du parquet antiterroriste dément formellement la présence de tracts RN dans la voiture de Kevin T. : « Je tiens à préciser qu'aucun tract d'un parti politique n'a été découvert dans son véhicule. »
Il ne cite pas le média concerné, bien sûr, mais on sait qui est visé : Le Monde. Ce « quotidien de référence », comme il est convenu de l’appeler, lu dans toutes les grandes écoles et même le monde entier, dont les journalistes toisent avec hauteur leurs confrères, a donc fait ce que l’on appelle une « fake news ». Bref, pour rester dans le registre journalistique, un scoop : Le Monde n'est pas parole d’Évangile !
Vers midi et quart, hier, Le Monde écrit, prétendant citer « une source proche de l’enquête », que des tracts RN ont été retrouvés dans la voiture du suspect. De cette information, il fait ce que l’on appelle un push, c’est-à-dire une notification qui tombe comme une alerte sur le téléphone de ses abonnés. Le contenu, très bref, n’est tempéré par aucun conditionnel : « Attentat de Trappes : des tracts du RN retrouvés dans la voiture du suspect, décrit par ses proches comme "raciste" ».
Une si belle aubaine
Convenons que cela fait, dans cette affaire, beaucoup de proches anonymes. Un peu trop, sans doute. Qu’importe. Toute la gauche (et pas seulement LFI) se jette avidement sur cette nouvelle comme la petite vérole sur le bas clergé : Olivier Faure, Clémence Guetté, Marine Tondelier, Thomas Portes, Ian Brossat, Benjamin Lucas, Paul Vannier… pour ne citer qu’un échantillon.
La nouvelle est une si belle aubaine qu’elle se répand sur les réseaux sociaux comme traînée de poudre. Sauf que deux heures et demie plus tard, Le Monde fait une mise à jour. Peut-on dire qu’il reconnaît son erreur ? Non. Il s’agit d’un correctif sur le « comment » plutôt que sur le « quoi : « Une seconde source a ensuite précisé au Monde, lundi en début d’après-midi, que ces documents avaient été retrouvés dans un autre lieu que son véhicule, et qu’il ne s’agissait pas à proprement parler de tracts. » Le Monde sous-entend donc toujours que des « documents » liés au RN et attribuables au tireur existeraient. Or, le procureur, pour le moment, n’a rien dit de tel. « De l'art du rectificatif qui n'en est pas un sur un point de détail qui n'en est pas un », commente, finement, l'ancien directeur de la rédaction de La Vie, qui doit bien connaître la maison.
En catimini...
Par ailleurs, si l’annonce initiale a été faite en fanfare, le semi-correctif (sur la forme et non le fond) s’est fait en catimini, très discrètement. Pas de push, cette fois. Hier, en traînant les pieds, des politiques de gauche LFI ont rectifié leur post... qui a eu cependant le temps de courir et d'alimenter un climat déjà chauffé à blanc.
Le Monde n’a pas présenté d'excuses. Certains de ses journalistes, loin de faire profil bas, se sont même montrés agressifs et vulgaires avec des journalistes de 100 % Frontières venus leur tendre le micro.
Le RN, aujourd’hui, annonce porter plainte.
On me dira que ce n’est pas la première fois que Le Monde écrit n’importe quoi. Sans doute, mais là, le désaveu est à la fois factuel, public, institutionnel et impossible à contrer. On ne peut pas accuser la fachosphère ou faire semblant de n'avoir rien vu.
On me dira, aussi, que commettre une « fake news » est arrivé à beaucoup de médias - que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre. Sauf que du fait de son poids dans le paysage médiatique français, du contexte hautement inflammable, de la proximité de la présidentielle et du caractère explosif de l’information, Le Monde avait une responsabilité toute spéciale, un devoir de prudence particulier. Il s’est comporté comme un vulgaire fanzine d’extrême gauche.
Irrattrapable
Enfant, pour me dissuader de mentir, on m’avait raconté la pénitence infligée par saint Philippe Néri à l’une de ses pénitentes, médisante mais pleine de regrets, soucieuse de réparer le mal qu'elle avait fait : « Plumez un poulet, répandez ses plumes à travers toute la ville et allez ensuite les ramasser. » Sa paroissienne à la langue trop bien pendue avait protesté : « C’est impossible !». « Ainsi en est-il de vos propos, lui avait alors répondu son confesseur : répandus à tous vents, ils sont irrattrapables. »
Ainsi en est-il, donc, du « poulet » - dans le jargon journalistique, ce mot désigne justement le type d’article ci-dessus cité - qu’a commis, hier, Le Monde. Qu’au moins on n'appelle plus jamais ce dernier « quotidien de référence ».