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Un anniversaire à Berlin

Le 25e anniversaire de l'événement emblématique que nous appelons seulement "chute du mur de Berlin" appelle bien des précisions et bien des questions.

Faut-il d'ailleurs s'étonner que les médias parisiens s'en préoccupent si peu ? Les dirigeants hexagonaux ne mesuraient absolument pas alors la portée historique de ce qui se déroulait outre-Rhin comme dans l'ensemble des pays de l'autre côté du rideau de fer. Leurs continuateurs semblent ainsi voués à l'indifférence vis-à-vis de cet aspect du devoir de mémoire.

Le 9 novembre 1989, en effet, la dictature communiste est-allemande était donc entrée dans sa crise finale. Abandonnée par Moscou, elle se trouva contrainte de capituler après un mois de manifestations. Celles-ci avaient commencé à Dresde le 9 octobre où s'était imposé le slogan d'origine romantique "wir sind das Volk". (1)⇓Elles étaient devenues de plus en plus déterminées. Sous la pression du peuple, ce régime appelé abusivement "RDA", D comme démocratique, dut accepter de laisser les Berlinois qui le désiraient, circuler librement à l'ouest.

Immédiatement, commença la destruction de ce rempart odieux, considéré en occident comme le "mur de la Honte".

Celui-ci avait été édifié en 1961 sous le nom de "mur de protection antifasciste". Retenons bien l'appellation. Car depuis 1935, c'est sous cette rhétorique "antifasciste", qu'a fonctionné de manière imperturbable la ligne adoptée par le VIIe congrès du Komintern.  (2)⇓ C'est de ce manteau que le stalinisme recouvra et prétendit justifier ses propres crimes. (3)⇓

La contestation des peuples de l'est avait débuté beaucoup plus tôt. En fait leur refus du communisme commença avec ce régime lui-même. Rappelons et saluons à cet égard la révolte de 1921 des marins de Cronstadt contre le pouvoir bolchevique, dont ils avaient auparavant servi la cause. (4)⇓

Dans l'Europe de l'est, livrée à Staline au moment de Yalta (5)⇓ la révolte de juin 1953 à Berlin représente le premier mouvement du type de ceux qui allaient triompher, presque 40 ans plus tard, entre 1989 et 1991. D'autres mouvements avaient été durement réprimés, dans la Pologne de 1956 par le parti lui-même, en Hongrie la même année par les chars soviétiques de Khrouchtchev, dans la Tchécoslovaquie de 1968 par ceux de Brejnev, balayant les espoirs du "printemps de Prague".

Dans ce dernier pays, l'héroïque témoignage de l'étudiant patriote Jan Palach en 1969 démontrait que ce peuple ne capitulerait pas. Et, un peu plus tard allait naître une dissidence d'inspiration plus sociale-démocrate, la Charte 1977, issue elle-même d'un manifeste qu'osèrent signer 242 intellectuels, plus courageux certes que les nôtres, se revendiquant crânement de la Constitution officielle du pays et des Droits de l'Homme. C'est de ce courant que sera issue la "révolution de velours" qui liquida le régime en novembre et décembre 1989.

C'est en Pologne, qu'éclata la grève des chantiers navals et que naquit le syndicatSolidarnosc en 1980, fondé par Lech Walesa, encouragé par l'élection en 1978 du premier pape polonais de l'histoire, qui leur rappellera le message, chrétien par excellence : "n'ayez pas peur".

C'est dans les pays baltes deux fois annexés, en 1940 et 1945, par l'ours soviétique, contre leur volonté, que le feu patriotique ne cessa de couver après la seconde guerre mondiale et sut tirer parti de la relative libéralisation de Gorbatchev à partir de 1985. Une immense chaîne humaine, plus de 1,5 million de personnes se tenant la main sur 560 km, allant de la Lituanie à l'Estonie, en passant par la Lettonie, demanderont leur indépendance dès août 1989. Ceci allait mener à un durcissement provisoire de l'attitude de Moscou.

Mais le courage de l'opposition, au sein des prétendues "démocraties populaires", les liquida toutes. Ces régimes n'étaient apparus dans l'immédiat après-guerre que dans les territoires conquis par l'Armée Rouge.

Au lendemain du retour à la liberté dans toute l'Europe de l'est, on assista à la naissance d'une Nouvelle Europe, composée de pays qui purent se joindre à l'Europe occidentale à partir de 2004.

L'Allemagne joua donc, tout simplement, en 1989, son rôle central dans une Europe, désormais réconciliée à l'est de ce que Winston Churchill avait appelé dès 1946 le rideau de fer. Et elle conquit, par la lutte de son peuple la liberté d'exercer son droit à l'autodétermination et à l'unification. Il faut aussi rendre hommage à la ténacité de quelques dirigeants ouest-allemands, comme Helmut Kohl ou Hans-Dietrich Genscher en fonction à l'époque, et sans qui l'unification aurait sans doute attendu beaucoup plus longtemps.

Ne perdons pas de vue qu'aujourd'hui, pourtant, dans cette même Allemagne, un parti, Die Linke, ose encore profiter de la liberté que son prédécesseur refusait aux autres. Son groupe parlementaire, heureusement réduit, est présidé par le dernier dirigeant de la SED, parti communiste est-allemand, le cynique Georg Gysi. Plus de la moitié de ses élus sont identifiés comme d'anciens agents de la sinistre police politique, la Stasi. C’est-à-dire les complices des Vopos communistes qui assassinèrent des centaines de leurs compatriotes, simplement coupables d'avoir voulu rejoindre leur famille ou leurs amis à l'ouest, morts que l'on prétend aujourd'hui oublier.

En 1976, le chansonnier Wolf Biermann avait été déchu de sa citoyenneté est-allemande pour avoir dénoncé le régime et la société pourrie de la zone d'occupation soviétique. Ce 6 novembre, cet ancien "dissident", nullement un homme de droite faut-il le préciser ici, ce fils d'un ouvrier juif communiste assassiné à Auschwitz en 1943, était invité à chanter la liberté retrouvée et la chute du mur. Il fut applaudi, par le Bundestag, unanime, sauf "Die Linke" qu'il qualifie dès lors de "reliquat misérable".

Johanna Wanka ministre de l'Éducation et de la Recherche CDU a grandi en Allemagne de l'est. Elle rappelle aujourd'hui que les choses étaient pires encore que ce qu'en dit Wolf Biermann, et les moyens français de désinformation n'en parlent pas plus. Numéro 2 du gouvernement, le vice-chancelier Sigmar Gabriel, en tant que chef des sociaux-démocrates est obligé de mettre en garde contre la tentation d'alliance locale du SPD en Thuringe avec les écolos et les néo [?] communistes, qui veulent gouverner ensemble le vieux Land, où précisément est née la sociale démocratie, tentation qu'il dénonce comme une "faute". Et bien sûr ses homologues et "alliés" parisiens de la rue de Solférino et de l'Élysée n'en pipent mot.

Il est donc urgent, en France comme dans toute l'Europe, de redécouvrir ce qu'a toujours été le communisme et ce que, dans malheureusement dans pas mal de pays, il semble en passe de vouloir redevenir.

JG Malliarakis
       Apostllles

    1.  Cette idée était apparue bien plus tôt. Pendant la révolution de 1848, le poète Ferdinand Freiligrath (1810-1876) l'utilise lui-même à partir d'un poème révolutionnaire écossais de Robert Burns (1759-1796), un des pionniers du romantisme. Elle est même reprise plus tard par Martin Heidegger, etc.

    1.  Le 7e Congrès du Komintern fut organisé à Moscou en juillet-août 1935. On peut voir les interventions de Marcel Cachin et Maurice Thorez. (28 minutes) Ce congrès consacra la mainmise nominale du dirigeant communiste bulgare Dimitrov sur l'Internationale communiste. Or cette soi-disant "IIIe Internationale" fondée de façon artificielle par Lénine, et qui avait toujours été financée par Moscou, allait, plus particulièrement à partir de cette date, passer complètement sous la coupe du pouvoir soviétique, au point de n'être plus qu'une succursale de ses services spéciaux. À lire à ce sujet deux petits livres essentiels : "Le Komintern" du colonel Rezanoff et "J'étais un agent de Staline" par le général Walter Krivitzki.

    1.  Tous les adversaires du communisme, ainsi, ont été, sont ou seront, un jour ou l'autre, qualifiés de "fascistes" avec la complicité de tous les perroquets que Lénine appelait "les utiles idiots".

    1.  cf. un très bon film à découvrir et faire connaître sur les marins de Cronstadt.

  1.  Les principes affichés alors étaient, de ce fait, en totale contradiction avec le texte co-signé à Yalta le 11 février 1945 par Roosevelt, Staline et Churchill sous le titre "Déclatration sur l'Europe libérée" : les territoires conquis ["libérés"] par l'Armée rouge allaient ainsi être soviétisés sans que les peuples aient leur mot à dire. Il faudra attendre Reagan pour que la remise en cause de ces conquêtes devienne un objectif de l'occident."Faites tomber ce mur" lancera-t-il à Gorbatchev.

    → Une petite  publicité de bon goût pour la page Communisme des Éditions du Trident. 

http://www.insolent.fr/page/2/

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