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MACRON OU LA GRANDE INVERSION. ( I ) L’ANTI- DE GAULLE.

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La semaine qui s’achève éclaire d’un jour sombre l’avenir de notre pays. C’était le 9 Novembre l’anniversaire de la mort du Général de Gaulle en 1970 et le 13 celui des attentats qui ont endeuillé Paris du Stade de France au Bataclan en 2015. C’est le soir du 9 que le président Macron a cru devoir s’adresser aux Français sans d’ailleurs la moindre allusion à la commémoration qui avait entraîné une “bousculade” à Colombey le jour même mêlant héritiers proclamés et adversaires repentis. Y aller devient inconvenant surtout pour certains, ne pas en parler l’est tout autant. Entre la disparition du Général et celle de la France dont les attentats islamistes ont fait apparaître le risque, il y a une évolution qui suggère deux réflexions : la première est que l’histoire est tragique, la seconde est que notre pays a bien changé, qu’il a connu un déclin et une décadence qui font entrevoir désormais une hypothèse que personne n’aurait cru possible lorsque de Gaulle nous a quittés : la France peut disparaître ou changer à un tel point qu’elle ne sera plus elle-même.

Que reste-t-il de l’héritage du Général ? Celui-ci pouvait se résumer à trois bienfaits légués aux Français. En 1944, seul il avait refusé la destruction ou le déclassement de notre pays. Une victoire d’Hitler aurait dissipé les illusions des collaborateurs de Vichy et de Paris sur la permanence française. Une victoire alliée sans la participation de la France Libre aurait définitivement déclassé notre pays qui est demeuré in extremis l’un des cinq “grands”. A partir de 1958, à la tête du gouvernement puis de l’Etat, le Général a doté la France d’institutions fortes et notamment d’une constitution qui permettaient enfin à l’exécutif de conduire une politique cohérente capable de donner à la France les moyens de compter dans le monde. Le résultat des deux premières présidences constitue la troisième part de l’héritage gaulliste : une France bien gérée, animée d’un dynamisme économique rivalisant avec celui de l’Allemagne, jouant son propre rôle sur la scène internationale en se faisant entendre, une France dotée de la puissance nucléaire militaire et civile assurant son indépendance et sa souveraineté.

La page de propagande délivrée par Macron le 9 Novembre révèle l’étendue de la dilapidation de cet héritage. Si l’on voulait en résumer le processus d’un mot, ce serait celui d’inversion. Certes, la Ve République donne au Président de la République et plus généralement à l’exécutif de très grands pouvoirs. Toutefois, ceux-ci étaient équilibrés par ceux du parlement notamment en raison du décalage entre élections présidentielle et législative, compensés par celui du peuple à travers les référendums,  et plus généralement restreint par la répartition des rôles : le Président s’occupait prioritairement de politique étrangère et fixait pour le reste les grandes lignes à long terme en intervenant davantage sur les questions essentielles et en laissant aux ministres la mise en oeuvre des mesures.  En raison de son rôle historique et de son élection, le premier Président de la Ve République a été le plus légitime. Le président actuel, élu à la suite d’un coup d’Etat médiatico-judiciaire ourdi par ses amis du cabinet de l’Elysée, et sans avoir rendu le moindre service à la France, après avoir même trahi l’intérêt national par la vente d’Alstom à l’américain Général Electric, est à la fois le moins légitime et celui qui abuse le plus des pouvoirs dont il a hérité. Le “nous” qu’il a rabâché durant son allocution cachait mal un “moi” narcissique, ivre de lui-même. Le “marcheur”, adulateur et encenseur patenté, à la fin du discours, pouvait bêler : “c’est lui qui décide de tout, et son bilan est admirable puisqu’il a réalisé l’impossible.”

En y regardant de plus près, l’inversion gâche le tableau. Le Chef de l’Etat c’est avant tout la France sur la scène mondiale. Il n’en a guère parlé sauf pour dire qu’il “présiderait” l’Europe comme chacun des chefs d’Etat ou de gouvernement européens à son tour. C’est bon pour la communication et excellent pour l’élection, mais c’est du symbolique. Dans la réalité, la France subit en ce moment une série de déconvenues qui témoigne de son affaiblissement international : Henri Guaino voulait contrebalancer le poids de l’Allemagne au nord et à l’est de l’Europe par celui de la France en Méditerranée. Fâché avec la Turquie d’Erdogan, toujours irrité par la présence persistante d’Assad en Syrie, brouillé avec l’Algérie pour s’être contredit entre repentance et vexation aussi inutiles l’une que l’autre, Macron a fait perdre à la France son rang au Liban, ne contrôle rien en Libye malgré notre implication initiale décidément calamiteuse, et se fait déloger par les Russes en Afrique. Les Etats-Unis évitent de nous prévenir lorsqu’ils quittent l’Afghanistan ou qu’ils nous piquent une commande de sous-marins. Quant à notre position par rapport à l’Allemagne et la Russie, il faut se rappeler les déclarations disant que la France était favorable à l’abandon de Nord-Stream 2 ou notre co-présidence du groupe de Minsk chargé de gérer le conflit entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan pour voir que la France dans les deux cas a compté pour rien. Quant à l’avenir de la Nouvelle-Calédonie, si importante pour notre présence dans le Pacifique où nous souhaitions jouer un grand rôle, et plus généralement pour notre surface maritime, il ne semble guère préoccuper le Chef de l’Etat.

Mais, à défaut se mêler de ce qui le regarde, le président a privilégié “sa” guerre, celle contre le Covid, qui n’en est pas une mais qui a l’immense mérite de lui permettre d’intervenir fréquemment comme le grand infirmier national, protégeant les faibles et venant au secours des affligés.  ( à suivre)

https://www.christianvanneste.fr/2021/11/14/macron-ou-la-grande-inversion-i-lanti-de-gaulle/

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