
Un cinquante-quatrième texte de notre rubrique « Souvenez-vous de nos doctrines » est à retrouver aujourd’hui, un extrait d’Albert Morel.
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[En faisant l’effort de voir ce que l’on voit, il est indéniable que] sous l’influence de la réaction de l’élite intellectuelle du XIXe siècle contre les effets catastrophiques des doctrines révolutionnaires, les sciences politiques ont évolué vers le réalisme de l’empirisme organisateur qui conçoit les lois et les institutions politiques non plus comme fondées en droit sur un « contrat social » des volontés individuelles mais comme l’expression de la nature des choses, la transposition du réel dans le domaine juridique.
D’après Comte, dit Maurras dans Mes idées politiques, la politique enferme, comme une autre science, des lois précises, antérieures et supérieures aux volontés des hommes : c’est par rapport à ces lois naturelles que les législations doivent être jugées.
« Une juste loi politique n’est pas une loi régulièrement votée mais une loi qui concorde avec son objet et qui convient aux circonstances. On ne la crée pas, on la dégage et on la découvre dans le secret de la nature des lieux, des temps et des États. »
Et Maurras précise : « Lois comparables à celles dont la nature et le laboratoire suivent l’action chaque jour. Elles consistent en liaisons constantes et telles que, l’antécédent donné, on peut être sûr de voir apparaître le conséquent. Par exemple, l’élévation de l’eau à 100° et le phénomène de l’ébullition. Par exemple, l’avènement de l’élection démocratique et le phénomène de la centralisation. On peut empêcher l’eau de chauffer à 100° où elle bout, on ne peut l’empêcher d’y bouillir. On peut empêcher la démocratie élective de se produire, on ne peut l’empêcher de centraliser ».
De ces constations, Maurras dégage la même conclusion que Bonald : « Si la politique peut être objet de science, il faut bien que les institutions primitives ne naissent point d’actes personnels comme les volontés, d’une convention, d’un constat débattu entre des entités indépendantes maîtresses de leur sort. Le postulat de la science positive c’est que les sociétés soient des faits de nature et de nécessité. Mais, dès les débuts de cette jeune science, le postulat est vérifié. On n’a pas trouvé trace du contrat primitif, ni du primitif solitaire ; toute société humaine est apparue la contemporaine de l’homme. La loi, la loi civile et politique elle-même, est apparue un rapport découlant de la nature des chosesconformément à la définition de Montesquieu et contrairement à la définition démocratique de la Déclaration : « La loi est l’expression de la ‘volonté générale’ ». Rapport de convenance ou rapport de nécessité, la loi échappe à l’arbitraire ; elle ne se décrète point librement mais ressort « de l’examen de situations qui ne dépendent pas de cette liberté ».
Mais, objectera-t-on, les conditions de l’expérience politique sont bien différentes des expériences scientifiques normales car ici l’expérimentateur se trouve être à la fois sujet et objet de l’expérience. C’est précisément, répond Maurras, ce qui rend ces expériences encore plus profondes et plus fécondes : « Dans le laboratoire de l’Histoire universelle, l’homme se trouve être sujet et objet de l’expérience. Mais cette situation paradoxale est peut-être ce qui donne aux conclusions de l’histoire politique une valeur qui n’appartient pas à celle du chimiste. Le chimiste en est réduit à des conjectures sur ce qui se passe à l’intérieur des corps interrogés : l’historien – et le politique – connaît, par le dedans, comme les atomes les plus secrets de la cause spirituelle, des réactions dont il est le témoin ».
https://www.actionfrancaise.net/2026/09/05/de-realisme-il-est-question/