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Discordances franco-allemandes

6a00d8341c715453ef0240a4c4f9d5200d-320wi.jpgUn armistice, pas plus celui du 11 novembre 1918 que son dramatique successeur, cela ne signifie pas la fin de la guerre, mais l'arrêt des combats. En ce jour où les Français continuent de commémorer une victoire, si chère payée par la nation et si vite gaspillée par la république[1], et où la réconciliation franco-allemande reste, au moins en théorie, la pierre angulaire de la politique extérieure de la Cinquième république, il faut le rappeler.

Votre chroniqueur suggère donc aux commentateurs agréés, d'analyser plus sérieusement le discours prononcé à Berlin le 8 novembre par la présidente de la Commission européenne. Il paraît, à dire vrai, hautement symbolique qu'elle se soit exprimée dans le cadre de la Fondation Konrad Adenauer, – c'est-à-dire sous les auspices de celui qui, par la rencontre de Reims de juillet 1962 et par le traité de l'Élysée de janvier 1963, scella ce renversement des alliances que beaucoup de nos concitoyens, co-contribuables et co-mobilisables semblent avoir mal compris.

Or, qu'a dit Ursula von der Leyen ce soir-là ?

Elle a développé deux idées qui me paraissent importantes et qui méritent qu'on s'y attarde.

Elles expriment en effet ce qui dominera la politique du Continent dans les années à venir.

On peut, certes, diverger sur l'accueil de ces lignes d'action. Les uns souhaiteront, dès lors, que l'on s'applique à les mettre en œuvre, comme tous les présidents, de gauche comme du centre[2], l'ont fait depuis 1962. Un demi-siècle. D'autres au contraire, demeurant dans les considérations et le contexte de la génération des fondateurs du nationalisme français Maurice Barrès et de Charles Maurras, tous deux marqués par la défaite de 1870, considéreront que la France restera toujours confrontée à ce que Bainville appelle "l'Allemagne éternelle".

Se basant sur le compte rendu du quotidien allemand "die Zeit"[3]on notera, d'abord, qu'elle a rendu hommage à la puissance et à la singularité de l'Otan.

Sans vouloir se situer sur le plan, qui pourrait être jugé ridicule, d'une sémantique pédante, les mots utilisés, et le contexte de cette affirmation, revêtent leur importance.

Elle qualifie en effet de "mächtig" c'est-à-dire de "puissante", mais aussi, en quelque sorte, de "réaliste", l'organisation militaire intégrée. Et elle répond en cela de façon très directe à l'entretien et aux mots que la chancelière qualifie "d'intempestifs"[4]du président parisien Macron.

Celui-ci, soulignons-le aussi a laissé ces jours-ci The Economist publier un entretien réalisé le 21 octobre, au lendemain d'un conseil particulièrement tendu, dominé par l'affaire syrienne. Et tout le monde a repris sa formule choc jugeant l'Otan en état de mort cérébrale.

Une légère confusion s'introduit dans le débat : l'Otan est jugée par Ursula von der Leyen, et quelques autres…, notamment en Europe centrale et à Moscou, comme une organisation militaire. Elle a survécu concrètement aux crises et, sans doute, à certaines erreurs qu'il reste loisible d'énumérer.

Ce qui a clairement évolué, ce sont les circonstances dans lesquelles a été signé le pacte atlantique de 1949. C'est cette alliance, dont la disposition la plus importance est définie par les articles 4 et 5, qu'il convient de redéfinir. Se pose notamment aujourd'hui, et selon votre serviteur depuis 1974, la question de l'appartenance de la Turquie, laquelle n'est même plus "kémaliste".

La distinction entre l'alliance et l'organisation reste ici fondamentale[5], même si elle échappe au Monde qui écrit :"l’Alliance atlantique – autre nom de l’OTAN"[6].

La présidente nouvelle de la Commission européenne qualifie par ailleurs à juste titre l'Otan de "einzigartig" c'est-à-dire de "singulière". Ce lot suggère en effet une vraie question, récurrente à vrai dire : on peut imaginer de la faire évoluer mais par quoi la remplacer. Chaque fois que les autorités parisiennes ont développé leurs critiques à son endroit, leurs interlocuteurs outre-Rhin, à la chancellerie comme au Bundestag, se sont heurtés à ce problème concret. Quels efforts sommes-nous disposés, Français comme Allemands, à consentir ? Un proverbe féodal le rappelle fort bien "nul n'a droit en sa peau qu'il ne la défende".

Or la deuxième idée, incandescente celle-là, consiste à affirmer que "l'Europe doit aussi apprendre le langage de la puissance"[7]. En prenons-nous le chemin ? Cela me semble le mot de la conclusion.

JG Malliarakis  

Retenez la date : le Mercredi 27 novembre conférence de JG Malliarakis sur la Naissance de l'Illusion mondialiste à l'occasion de la réédition du livre d'Emmanuel Beau de Loménie "La Ratification du Traité de Versailles"
de 18 h à 20 h à la Brasserie du Pont Neuf 14, quai du Louvre M° Louvre, Pont Neuf ou Châtelet

Apostilles

[1] Les lecteurs de "La Ratification du traité de Versailles" pourront le découvrir.
[2] Aucun ne me semble représenter la droite.
[3] cf. "Von der Leyen würdigt Nato als mächtig und einzigartig"
[4] En allemand le mot "unzeitgemäß" est celui utilisé par Nietzsche pour ses "Considérations intempestives". Il peut aussi vouloir dire "suranné" ou périmé".
[5] On doit ainsi rappeler que la France, de 1966 à 1991, s'est formellement retirée de l'Otan, pas de l'Alliance.
[6] cf. article rédigé "avec AFP" "Termes radicaux pour Merkel, paroles en or pour Moscou : les réactions aux déclarations de Macron sur l’OTAN".
[7] "Europa muss auch die Sprache der Macht lernen". Die Macht en allemand cela peut se traduire en français par "puissance" comme par "pouvoir". Les anglo-américains traduisent ainsi "der Wille zur Macht" chez Nietzsche par"The Will Of Power", ce que nous appelons "la Volonté de Puissance"..La nuance, pour ne pas dire le contre-sens, me semble de taille...

6a00d8341c715453ef0240a4b54a99200d-120wi.jpgUne publicité de bon goût pour les livres du Trident François-René de Chateaubriand : "Le Moment Conservateur".

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https://www.insolent.fr/2019/11/discordances-franco-allemandes.html

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