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Mémoire des monstres

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Dans une passionnante et rare tribune libre publiée en 2020, l'historien Thierry Wolton soulignait à juste titre que "Notre mémoire a occulté les exterminations par la famine imputées aux régimes communistes" (cf. Figarovox le 17 juillet 2020).

Nous croyons souvent en effet que ces gouvernements d'idéologues totalitaires devraient être, au moins, crédités du mérite que, sous leur férule chacun mangerait à sa faim. Bien différente la vérité toute crue est qu'ils affament leur peuple, n'assurant un vernis de prospérité matérielle, et un accès aux progrès venus du monde libre, qu'à une minorité privilégiée de nomenclaturistes.

Céline, pourtant au départ sympathisant du système, le décrit cette réalité avec génie, dès 1936, dans son "Mea culpa". Le général Krivitsky, chef du renseignement militaire soviétique qui fit défection en 1937 explique sa prise de conscience de la coupure entre les bénéficiaires du régime et un peuple qu'ils méprisent. Réfugié aux États-Unis son témoignage "J'étais un agent de Staline" ne put être imprimé qu'en 1939, année de l'alliance entre l'URSS et l'Allemagne nationale-socialiste. Il sera assassiné en 1941 après leur rupture.

En 1957 sous le pseudonyme d'A. Rossi, A comme Amilcare, Angelo Tasca a publié une autopsie du stalinisme. Édité par une petite maison aujourd'hui disparue l'ouvrage ne se trouve pus que d'occasion. Ce livre remarquable et remarqué, avait ainsi, sans le vouloir, contribué par son titre à nous faire croire que le communisme était mort. Ceci bien avant ce qu'on accepte maladroitement d'appeler "la chute du Mur".

Rappelons un simple fait : cet écrit partait en fait du fameux rapport Khrouchtchev de 1956, lui-même suivi des événements de Budapest. L'empire soviétique tel qu'il existait alors devait quand même survivre, et plus que survivre, sous sa forme effectivement disparue de nos jours, pendant 35 ans.

C'était donc une profonde sottise que de croire alors le communisme mort sous prétexte que certains aspects du stalinisme avaient été dénoncés.

L'actuelle montée des périls va-t-elle rendre les Français, nos compatriotes, nos contemporains, plus intelligents ? Il faut toujours espérer mais il est hélas permis d'en douter.

L'ignorance de l'histoire chez les uns, l'hémiplégie, chez les autres, de la prétendue conscience universelle, celle qui frappe toujours contre les droites, la manipulation cinématographique de l'émotionnel chez la plupart, laisseront toujours place au traitement médiatique de l'opinion.

Du stalinisme, les années 1980 n'avaient guère conservé la mémoire, en fonction seulement de l'Archipel du Goulag. L'immense talent de Soljénitsyne ne faisait pourtant que populariser une partie des faits connus depuis plus de 50 ans, comme nous nous efforçons de le démontrer, après d'autres, dans notre "Terreur rouge". (cf. http://éditions-du-trident.fr/catalogue#terreurrouge) Publié en 1973, son chef-d’œuvre devait connaître une diffusion mondiale extraordinaire et révélatrice. Il renvoyait à une période passée, définitivement révolue pensait-on cependant. Les règnes successifs, comme secrétaire général du PCUS, de Brejnev de 1966 à 1982 puis d'Andropov de 1982 à 1984 et enfin de Tchernenko mort en 1985 semblaient moins criminels. Cette dernière momie devait laisser la place à Gorbatchev.. Ces gérontocrates n’étaient plus soupçonnés certes que d'une vague survivance, explicable sans doute par l'immensité du territoire soviétique.

Que ne l'a-t-on entendu ce singulier refrain : pour tenir un pays aussi vaste, et une population aussi nombreuse, impossible de lâcher la bride en s'embarrassant de libertés. Que l'Union indienne parvienne à se gouverner librement en tant que plus nombreuse démocratie du monde, que l'Amérique compte deux fois plus d'habitants que la Sainte Russie, ne perturbe pas nos doctrinaires : se pensant les seuls réalistes ils accueillent avec scepticisme et mépris toute observation de faits contraires à leurs dogmes scientifiquement déduits de Marx et Engels.

À la même époque on recensait aussi quelques petits monstres, moins excusables puisque leurs territoires plus modestes ne semblaient pas nécessiter la même fermeté.

En 1968 par exemple l'économiste théoricien du printemps de Prague Ota Sik expliquait dans son livre "la Troisième voie" que ka Tchécoslovaquie ne pouvait pas s'investir dans le modèle de développement extensif de l'URSS. Il invoquait précisément la taille de son pays : impossible, jugeait-il, de planifier sur les mêmes bases que celles de la priorité à l'industrie lourde caractéristique des orientations du Gosplan depuis les années 1930.

En réalité de telles considérations ne pouvaient caractériser qu'une ligne anathémisée comme "révisionniste" par les dirigeants du communisme mondial. Le gouvernement d'Alexandre Dubcek à Prague fut ainsi impitoyablement balayé comme l'avait été celui de Ferenc Nagy à Budapest 12 ans plus tôt.

Que la collectivisation des terres soit génératrice de famine et de misère on a pu l'observer sans exception dans toutes les dictatures qui l'ont appliquée depuis 1917. La petite Albanie a subi une tyrannie effroyable au même titre que la grande Union soviétique dont Enver Hodja faisait profession d'admirer plus particulièrement la Grande Terreur. En Asie le régime cambodgien des Khmers rouges, ou en Afrique celui de l'Éthiopien Mengitsu ont produit les mêmes résultats. Ne nous trompons donc pas sur l'apparence d'une exception chinoise trop souvent présenter comme résultant des réformes économiques de Deng Xiaoping.

Non, le régime communiste de Pékin ne doit pas être tenu pour fondamentalement différent des autres, et surtout pas de son modèle stalino-soviétique, son véritable fondateur et longtemps son bienfaiteur... En réfuter l'illusion et en dénoncer les complices en occident va devenir urgent, particulièrement en France.

À Paris, en effet, on accepte sans broncher que l'ambassadeur de Chine Lu Shaye déclare tranquillement qu'à Taïwan "après la réunification, on va faire une rééducation", sur BFMTV le 3 août.

En 1976, après la mort de Mao, il était devenu dramatiquement nécessaire de sortir des folies de la prétendue révolution culturelle initiée, 10 ans plus par le Grand Timonnier avec le concours de l'armée. Force politique essentielle de ce prétendu régima prolétarien, sous la conduite de Lin Biao, ministre de la Défense, c'est elle qui avait permis à Mao de prendre le dessus sur Liu Shaoshi. C'est encore en tant que président de la Commission pouvoir militaire ue Deng en 1979 imposa au bureau politique, dont il ne faisait pas partie, la répression de la place Tian Anmen.

Il ne faut donc ni surestimer la force de l'armée dite populaire de libération chinoise, laquelle gesticule ces jours-ci et menace en ce moment les 23 millions d'habitants de l'île de Taïwan, ni se tromper sur la nature et l'efficacité profonde, sur le continent, des réformes entreprises il y a 40 ans.

JG Malliarakis  

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