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Édouard Philippe, Atos et de juteux radars routiers

Mais quel peut donc être le rapport entre un ancien Premier ministre, semble-t-il à l’appétit élyséen, un géant international des services informatiques, une mesure abaissant la vitesse limite sur nos routes et les ennuis rencontrés par une association anticorruption ?

Les liens entre Édouard Philippe et le groupe informatique Atos remontent à 2006. Le futur Premier ministre, alors conseiller régional de Haute-Normandie, mais aussi avocat au sein du cabinet Debevoise & Plimpton, se voit proposer une mission par un ami de longue date, Luc Walrafen, directeur financier d’Atos Worldline. Il s’agit d’étudier un dossier d’appel d’offres du ministère de la Justice pour la fourniture de bracelets électroniques.

La magie des 80 km/h

Atos est, par ailleurs, aussi en pointe sur le traitement des données informatisées des infractions routières. De juteux marchés publics gagnés par Atos, mais qui lui valent de premières enquêtes.

En 2018, Édouard Philippe, alors à Matignon, impose l’abaissement de la vitesse routière de 90 à 80 km/h, s’appuyant sur des bilans flatteurs de la Sécurité routière qui ont été depuis démentis par la réalité. Car si les 80 km/h n’ont guère d’effet sur les accidents, ils rapportent beaucoup d’argent : le site radar-auto.com relaie un bilan effectué par la préfecture de Haute-Loire, qui constate une hausse de la fréquence des flashs de 280 % lors du passage aux 80 km/h.

Le 31 octobre 2019, on apprend la démission du PDG d’Atos, un certain Thierry Breton, qui est ensuite nommé commissaire européen sur proposition… du gouvernement d’Édouard Philippe.

Pantouflage

Et un an plus tard, à la suite de son remplacement à Matignon par Jean Castex, Édouard Philippe annonce son entrée au conseil d’administration d’Atos, un petit boulot qui lui rapporte entre 40.000 et 50.000 euros par an, en plus de son indemnité de maire du Havre. La Haute Autorité pour la transparence de la vie publique émet des réserves et pose des conditions, mais valide tout de même le pantouflage.

Édouard Philippe occupe alors le siège laissé vacant par Nicolas Bazire, bras droit de Bernard Arnault et ancien directeur de cabinet d’Édouard Balladur  lorsque ce dernier était Premier ministre. La veille de l’assemblée générale du 16 juin 2020, Nicolas Bazire avait en effet renoncé à solliciter le renouvellement de son mandat, venant d’apprendre sa condamnation en première instance à une peine de cinq ans de prison dont deux avec sursis pour complicité et recel d’abus de biens sociaux dans l’affaire Karachi… (Il a annoncé faire appel de cette décision. Le procès en appel se tiendra du 11 mars au 14 avril 2024, NDLR.)

Plaintes à répétition

La Justice commence à s’intéresser sérieusement aux pratiques d’Atos, qui s’est vu attribuer le marché public des radars fixes et du traitement automatisé des infractions à la vitesse. En 2014, déjà, Atos avait eu droit à un rapport de l’inspection générale de l’administration concernant ses pratiques tarifaires. L’association Anticor, officiellement agréée anticorruption, avait déposé deux plaintes en novembre 2015, puis en septembre 2019.

Mais l’action d’Anticor lui attire visiblement des inimitiés en haut lieu. Le 2 avril 2021, Jean Castex renouvelle l’agrément de l’association. Mais l’arrêté est mal rédigé, annulant le renouvellement. Anticor adresse à Élisabeth Borne une nouvelle demande d’agrément, le 23 juin 2023, et dépose un recours le 23 août afin de contester l’annulation de son agrément devant la cour administrative d’appel de Paris. Mais ne retenant que le vice de forme et refusant de suivre l’avis du rapporteur public qui demandait un réexamen sur le fond, la cour confirme l’annulation, le 16 novembre.

Anticor a annoncé un prochain recours devant le Conseil d’État, qui s’ajoute au dépôt de plusieurs plaintes visant la gestion récente d’Atos. Édouard Philippe a, de son côté, décidé de quitter Atos au printemps dernier, et a été discrètement remplacé le 16 mai 2023. Le 25 juillet, Emmanuel Macron suggérait qu’il pourrait « prendre le relais » à l’Élysée en 2027

Etienne Lombard

https://www.bvoltaire.fr/edouard-philippe-atos-et-de-juteux-radars-routiers/

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