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Au centenaire d'une paralysie hexagonale

6a00d8341c715453ef0240a4b5337c200c-320wi.jpgUne fois encore, en ce mois de janvier 2020, l'actualité nous ramène à l'histoire.

Certes la conférence internationale réunie à Berlin, ce 19 janvier autour de Mme Merkel, ne laissera pas dans les annales de la diplomatie le souvenir de sa devancière du XIXe siècle. Rappelons au besoin, en effet, que, dans la même capitale, le chancelier Bismarck avait réussi à organiser en 1884-1885 l'ébauche de l'espace eurafricain. L'œuvre impériale, si injustement calomniée de nos jours, allait notamment faire disparaître, pour un siècle, l'esclavage islamiste au sud de la Méditerranée. La colonisation préparait aussi l'éveil des populations subsahariennes à la civilisation moderne.

Alors, seule la régence de Tripoli, l'actuelle Libye, dut demeurer, – et cela durera un peu plus de 25 ans, jusqu'à la guerre italo-turque de 1911-1912 – sous la férule stérile de l'Empire ottoman. Et c'est celle que précisément le gouvernement d'Ankara s'emploie à rétablir avec le concours des Frères musulmans. Aujourd'hui comme hier "là où ils ont fait un désert, ils disent qu'ils ont fait la paix.[1]"

En ce moment encore, notre grise Europe des États, figée dans son immobilisme depuis le traité de Maastricht, engluée dans sa bien-pensance et son consumérisme, peine à penser, et se dispense de mettre en œuvre, une politique extérieure.

L'isolement de la France macronienne dans ce concert discordant prend de la sorte un caractère tragique. Un siècle après l'entrée en vigueur, en janvier 1920, du traité de Versailles, nos dirigeants confirment l'effrayant glissement de ce pays vers l'insignifiance internationale.

Ainsi en va-t-il d'un pays paralysé depuis fort longtemps.

Si l'on accepte de considérer l'histoire, il apparaît en effet que la grande coupure remonte à la guerre de 1914.

Avant cette date, même la troisième république, tant décriée, avait réalisé quelques grandes choses, en bien comme en mal : son œuvre coloniale mais aussi le métro de Paris, la loi de séparation mais aussi l'industrialisation et une instruction publique destinée à la circulation des élites, etc.

Or, après la victoire militaire de 1918, pratiquement plus rien, pas plus en politique intérieure que sur la scène européenne. L'armée qui semblait la plus puissante du monde, 20 ans plus tôt, sombra en 1940.

Faut-il en déduire que la France serait morte à Verdun en 1917 ? Louis-Ferdinand Céline, génie littéraire peu versé dans la litote, allait même plus loin puisque, combattant de la Grande Guerre, il irait jusqu'à regretter la victoire de la Marne.

En fait, l'effondrement remonte à la période qui s'étale entre l'armistice de novembre 1918 et plus ou moins l'année 1923. À cette date, le traité de Lausanne marque l'acte final du premier conflit mondial. Tous étant supposés organiser la Paix, cet ensemble de traités, Versailles proprement dit, mais aussi Saint-Germain-en-Laye, Neuilly, Trianon, Sèvres puis Lausanne, allait conduire directement à la déflagration suivante. La catastrophe de l'Europe était scellée.

L'édifice de cette paix avait été marchandé lors de la conférence des vainqueurs. Le texte fondamental, ayant été signé en juin 1919, entra en vigueur en janvier 1920. Il y a tout juste un siècle. Or, son centième anniversaire a été évoqué de façon étonnamment discrète.

Il se révèle donc particulièrement nécessaire de savoir dans quelles conditions il fut ratifié, et à la suite de quels débats.

À cet égard l'œuvre décapante et documentée de Beau de Loménie[2]éclaire particulièrement le sujet à la lumière des comptes rendus du Journal Officiel et de la presse de l'époque.

Il apparaît dès lors que le vote du parlement français, en octobre 1919, allait intervenir, après que, dès septembre, on a su que les États-Unis ne souscriraient pas aux obligations de cet étrange nouvel ordre mondial. Le président Wilson et les banques américaines en avaient imposé pourtant les principales clauses.

Le gouvernement de Paris, son chef Clemenceau, ses financiers Loucheur et Klotz n'en avaient pas moins soutenu mordicus la pertinence et la solidité. Ils basaient leur rhétorique, leurs raisonnements et leurs exhortations, sur le calcul malhonnête et ravageur des réparations qu'on allait faire payer à l'Allemagne. De ce seul pays vaincu, on prétendait créer à la fois l'humiliation punitive et la solvabilité renforcée par le maintien de son unité.

Le principal rédacteur du traité, André Tardieu, en avait reçu l’inspiration outre-Atlantique. Lui, que Léon Daudet surnomma le Mirobolant, vint avec beaucoup d'assurance chercher à intimider la représentation nationale du haut de ses certitudes gouvernementales.

Au contraire, bien avant la fameuse analyse des Conséquences politiques de la paix publiée l'année suivante par Jacques Bainville, bien avant les deux livres de Keynes se situant sur le seul terrain économique, c'est en août et septembre 1919 que l'opposition parlementaire développa, aussi bien le député conservateur Louis de Chappdelaine que Maurice Barrès, et surtout le chef de file de la droite modérée Louis Marin, une critique complète, solide et prophétique du système explosif qui allait en résulter.

Bien entendu, les discours de gauche, déconnectés du réel, encombrés d'illusions pacifistes, allaient, une fois encore, sous couvert d'utopies ruineuses, conforter la naissance d'un ordre mondialiste bercé des ritournelles de la Société des Nations.

Au gré de ce petit livre, on comprend plus clairement hélas, les origines séculaires de la paralysie française.

JG Malliarakis 

Apostilles

[1] "Ubi solitudinem faciunt, pacem appellant" (Tacite)
[2] "La Ratification du Traité de Versailles" par Emmanuel Beau de Loménie. Un livre de 204 pages au prix de 20 euros port gratuit. On peut le commander :
- par chèque à : publications JG Malliarakis 28 rue Le Sueur 75116 Paris tel 06 72 87 31 59
- sur le site de l'éditeur : http://editions-du-trident.fr/catalogue#versailles.

https://www.insolent.fr/

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