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Comprendre la stratégie du chaos

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Lorsqu'on évoque les problèmes dans ce Proche-Orient si compliqué, il faut toujours avoir à l'esprit deux faits majeurs la volonté messianique et le grand plan de remodelage de la région.

La volonté messianique des faucons israéliens hommes politiques, religieux, géopoliticiens et généraux) est de créer l'Eretz, c'est-à-dire le Grand Israël dans ses frontières bibliques fantasmées, véritable facteur de déstabilisation sur lequel se plaque aussi. Le grand plan de remodelage de la région est né au sein des think tanks américains dont la stratégie du chaos est le vecteur majeur

QU'EST-CE QUE LA STRATÉGIE DU CHAOS ?

Autrefois, lorsque les États-Unis voulaient se débarrasser d'un chef d'État qu'ils jugeaient néfaste à leurs intérêts, notamment en Amérique du Sud, un simple coup d'État dans les règles de l'art via une intervention directe des boys ou via une aide directe à l'opposition au pouvoir par le biais de la CIA (y compris sous faux drapeau) pouvait suffire. On mettait sur le trône un général ou un fantoche, généralement à la solde des multinationales du jus de fruit et le tour était joué.

La technique est toujours valable mais depuis on a modernisé le processus, on a inventé les révolutions colorées, les Printemps arabes, l'intervention des ONG... Le but est d'additionner toutes les formes de guerres possibles traditionnelle, civile, terrorisme au sein d'un même pays dans le but de le diviser de le fragmenter sur des bases généralement ethno-religieuses, de créer un chaos permanent, de l'entretenir afin que ces pays ne soient plus gouvernables, ne représentent plus un danger pour Israël (en quoi l'Irak, la Libye, la Syrie représentaient un danger pour l'Amérique?) Et surtout, pour que ces pays demain, après avoir perdu militairement la guerre, perdent aussi diplomatiquement et économiquement la paix. Par ailleurs, business oblige, n'oublions jamais qu'une, zone de guerre est une source de profit très juteux pour les marchands d'armes et de reconstruction qui siègent au sein de l'État profond américain.

LA PREUVE PAR L'ISLAMISME

Le renversement des régimes arabes laïques, souvent socialistes et nationalistes, était prévu depuis 2006 lorsque Condoleeza Rice, secrétaire d'État US, lors d'un déplacement officiel à Tel-Aviv, annonça ouvertement la mise en place du plan américain du Grand Moyen-Orient sous le slogan « d'approfondissement de la démocratie. » Après l'anéantissement de l'Irak, l'invasion de l'Afghanistan, le plan infernal dans sa version subversive moderne entra en vigueur avec les Printemps arabes de 2010. Dans ce jeu régional complexe, jamais les États-Unis ne parièrent une seule seconde sur des forces libérales démocratiques (qui il est vrai, existent peu dans ces régions mais sur les islamistes avec qui la CIA et d'autres agences de renseignement US avaient travaillé étroitement depuis la guerre froide lorsqu'ils furent utilisés pour combattre des régimes pro-soviétiques. Ces mêmes islamistes qui ont leurs principaux centres en Arabie Saoudite et au Qatar et qui sont de véritables colonies américaines, pratiquant une version extrême de l'islam (salafisme sunnite).

Washington, par conséquent, utilise le fondamentalisme islamique pour ses propres intérêts. Pour approfondir la démocratie ? De qui se moque-t-on dans cette affaire ? Certes le but de l'Amérique n'est pas de mettre des islamistes radicaux à la tête du monde arabe, mais de s'en servir pour détruire les régimes laïques honnis, créer et entretenir le chaos et d'autre part, en les diabolisant activement, les représenter comme « les créatures du diable », ce qui justifie aussi de les combattre puisque les États-Unis sont le Bien incarné. Une politique dite d'énantiodromie, quand simultanément deux processus actifs et intensifs allant dans des directions opposées se déchaînent.

UNE TUMEUR PROVOQUÉE : L'ÉTAT ISLAMIQUE

Oui peut croire un seul instant que l'État islamique ait pu s'implanter prospérer se développer à cheval sur plusieurs territoires sans ava tac te des États-Unis et d'Israël ? C'est en ça que l'Occident vassal n'a rien compris en Syrie, l'Amérique a mené deux politiques simultanées, combattre avec l'EI, pour lui et aussi contre lui contrairement à Poutine qui est venu pour l'écraser), créant de fait une situation chaotique qui s'achève avec peine en Syrie baasiste.

Durant des années, les fondamentalistes les plus archaïques mais sachant manier es nouvelles technologies comme personne, ayant fait entrer leur islamisme dans la société du spectacle par ses tweets, ses vidéos viriles, ses décapitations en direct, ont pu régner revendiquant même des attentats à l'étranger dont ceux à Paris e 13 novembre 2005 (13 attentats islamistes ont été commis en France depuis 2013, 18 ont échoué et près de 60 ont été déjoués par l'action de nos services de police et de renseignement). De même, sachant utiliser l'idéologie des droits de l'homme, l'immigrationnisme, la laïcité dévoyée, toutes issues de l'idéologie libérale qui a pourri toute la classe politique française sans exception, l'EI a vu la France comme une proie malade et affaiblie, donc accessible, où l'on peut proposer à des esprits radicalisables un contre-modèle de société, une cause supérieure à porter un romantisme moderne, donnant à des délinquants paumés et déjà violents un vernis religieux. Merci l'Amérique pour ce joli cadeau exporté en Europe ! Prémisse là-aussi d'une future stratégie du chaos pour le moment géré et contrôlé ? Rappelons aussi cet argent qui a coulé à flots dans les caisses de l'EI, en provenance des pays du Golfe qui sont tous des Américano-sionistes en djellaba. Or qui contrôlent les flux financiers planétaires ? Qui a mis au point le logiciel et le programme susceptibles de déplacer des milliards en un seul clic ? Si les USA et Israël avaient voulu assécher l'EI, leur principal outil du chaos, ils auraient pu le faire rapidement. Pourquoi l'ont-ils laissé prospérer ? Poser la question, c'est déjà y répondre.

Eugène Krampon Réfléchir&Agir N°65 printemps 2020

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