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Jean-Marie Le Pen et le nécessaire retour de la « virilité » au RN

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Par Pierre Boisguilbert, journaliste spécialiste des médias et chroniqueur de politique étrangère ♦ Commentant la défaite aux dernières élections du Rassemblement national et donc de sa fille, Jean-Marie Le Pen avait déclaré dans son Journal de bord posté sur Youtube : « Ou bien il y a une reprise de la virilité, de la netteté des positions (…) ou bien elle va progressivement s’effacer, ce qui est le souhait de ses adversaires. » Virilité ? Le mot a choqué les médias.

Hommes vrais et trembleurs

Dans un système de pensée ou la féminité est la valeur de référence en opposition à la masculinité et où l’homme blanc hétérosexuel est le responsable de toutes les discriminations mais aussi de tous les maux (certaines ne lui imputent-ils pas la… surpopulation dans les prisons, et la dépense publique qui en résulte ?), parler de virilité est bien sûr considéré comme une provocation. Alors qu’il il s’agit d’un appel à la vigueur de l’action, dans le maintien de la raideur du positionnement.

Cela a le mérite d’être clair — et genré. Selon Jean-Jacques Courtine, professeur à la Sorbonne, le sentiment de virilité s’est historiquement construit sur trois valeurs : la force physique, puis le courage, l’héroïsme guerrier, la masculinité hégémonique et enfin la puissance sexuelle. La représentation de la virilité considérée comme vertu morale se combine avec une exaltation de la force physique particulièrement valorisée dans les sociétés militaires : chez les Grecs comme chez les Romains, la virilité est également associée à la maturité, à la vigueur, au don de soi jusqu’au sacrifice. C’est dans ce contexte de guerrier héroïque que les Spartiates distinguent les hommes « vrais » et les « trembleurs » qui ont cédé lors d’un combat et perdu leur virilité. Mais le Covid l’a confirmé : nous sommes gouvernés par des trembleurs. Bien des femmes aujourd’hui sont plus viriles que bien des hommes… La virilité politique est souvent, l’histoire l’a démontré depuis la mère des Gracques et Boadicée, une vertu féminine. Appeler Marine à plus de virilité n’a donc rien à voir avec une discrimination sexuelle vis-à-vis des femmes.

Dans l’analyse du vieux chef, il y a une critique évidente de la dédiabolisation et de la soumission aux nouvelles normes très peu viriles du temps, mais certains y ont vu également une allusion à la garde rapprochée de Marine. Dans  son «Journal de bord» le cofondateur du FN déplore l’«échec évident» du RN qui aurait dû, selon lui «faire mieux que la dernière fois» et plaide donc pour un retour «aux positions qui avaient fait la force et l’espérance de croissance du Front national ». D’après lui, «la délepenisation» du parti, dont la « rupture » s’est produite avec son « éviction », a été «une faute politique» et se traduit aujourd’hui par un «échec électoral».

La France se zemmourise, Marine se chiraquise

Il est en effet certain qu’il y a eu mauvaise appréciation. Alors que la France se zemmourise, Marine, elle, s’est chiraquisée. Conclusion : le RN doit retrouver sa «vocation alternative» et retourner « aux fondamentaux » du FN. Il y a évidemment dans l’analyse du père, de la rancœur et peut être surestimation de ce que seraient au niveau électoral un FN maintenu et son candidat à la présidentielle. Mais le précédent Fini n’a pas été suffisamment pris en compte. Son recentrage accompagné de purges pour faire de l’ex-MSI le parti dominant de la droite a conduit à la mort de la formation issue de la fidélité au fascisme et à la fin de la carrière politique de Gianfranco Fini. La même chose est en train de se produire pour Matteo Salvini qui commence à s’en rendre compte alors que monte une nouvelle étoile au firmament nationaliste italien. Alors que l’ancien ministre de l’Intérieur stagne, voire recule dans les sondages, Giorgia Meloni, patronne de l’autre parti de la droite identitaire, Fratelli d’Italia, gagne en popularité et ne cache plus ses ambitions. Un temps gravitant autour de la barre des 30 % dans les sondages, Matteo Salvini dépasse désormais péniblement les 20 % (ce qui fait quand même de la Ligue le premier parti italien). Giorgia Meloni se trouve juste deux points derrière.

Suffisant pour parler d’une « opération dépassement » en cours aux yeux du Corriere della Sera, selon lequel « Meloni vise à subvertir la hiérarchie dans la coalition de droite”. Pour y parvenir, la présidente de Fratelli d’Italia a fait un choix fort : au moment de la formation du gouvernement d’union nationale de Mario Draghi, en février, elle a refusé d’en faire partie, au contraire.

Le refus clair du système est mobilisateur. Les compromissions poussent l’électorat à l’abstention. Les Français ne veulent plus de la dictature molle des « trembleurs ».

Pierre Boisguilbert 05/07/2021

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