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Dominique Venner, dix ans après, vu par Le Pen, de Benoist, Le Gallou…

Dominique Venner, dix ans après, vu par Le Pen, de Benoist, Le Gallou…

À l’occasion du dixième anniversaire de la mort volontaire de Dominique Venner survenue le 21 mai 2013, Solenn Marty, cadre de l’Institut Iliade, lui rend hommage en recueillant des textes rédigés par des amis, des camarades, des proches et des admirateurs. Le livre Dominique Venner – À l’aube de nos destins (Éditions La Nouvelle Librairie, 352 pages, 26 euros) propose également un rappel de la vie et l’œuvre de celui qui fut un activiste engagé en faveur du combat pour l’Algérie française, un militant politique radical et un historien méditatif dont la production prolifique a mis en exergue la « longue mémoire » des Européens. Les contributions, graves et ferventes, émanent d’une trentaine de personnalités. En voici un bref échantillon destiné à donner une idée générale de cet ouvrage de grande qualité.

Une pensée droite et radicale

Ancien activiste de la mouvance nationaliste-révolutionnaire italienne devenu théoricien politique, Gabriele Adinolfi souligne l’importance de l’héritage de ce « samouraï d’Occident » (titre du livre posthume de Dominique Venner), synthèse pure de l’intellectuel et du militant. À cet égard, il recommande tout particulièrement la lecture de Pour une critique positive, qualifié de « forme audacieuse de Léninisme de droite radicale », tout en louant chez l’auteur « l’appel à un bon sens moins idéologique et plus enraciné, non seulement dans notre histoire mais aussi dans le genius loci ».

Gabriele Adinolfi, qui a vécu personnellement les Années de plomb dans son pays d’origine, ne se sépare intellectuellement de Dominique Venner que sur l’importance à accorder aux manœuvres de certains services secrets dans les coulisses de la lutte armée. Ce dernier les jugeait inexistantes ou hors de propos, ce qui pourrait peut-être s’expliquer par le fait que « ceux qui ont une vocation que l’on peut définir militaire refusent instinctivement d’accorder de l’importance aux manipulations ».

Des racines gréco-latines

L’écrivain belge Christopher Gérard [dont le talent en fait assurément un auteur majeur de notre époque] avait noué de longue date des liens d’amitié avec Dominique Venner. Celui-ci lui apparaissait comme un homme noble qui « incarnait sa vision du monde, sans jactance ni tricherie ».

Lors d’un échange épistolaire, cet « historien par passion » lui avait livré l’une de ses méditations intemporelles : « L’Histoire des temps troublés est riche en situations permettant aux qualités de courage et d’énergie de s’affirmer en opposition avec la résignation ou la simple couardise. Elle révèle la vérité que les hommes portent en eux. Et cette histoire, précisément, montre que les défaites sont rarement irrémédiables et que les victoires sont toujours momentanées. Sur un plan supérieur, les défaites, souvent, se trouvent annulées par l’héroïsme des vaincus. Ces derniers prennent toujours leur revanche dans le cœur des hommes généreux. »

La fermeté de stoïcien romain de Dominique Venner et son éloge d’Homère, conjugués à sa révolte contre l’oubli d’« un héritage d’ancienne grandeur et d’unique beauté », constituent indéniablement des bases solides pour une refondation civilisationnelle.

De son côté, l’historien médiéviste Sylvain Gouguenheim s’intéresse plus particulièrement à la vision historique et à la « réflexion sur le passé » de Dominique Venner.

Celui-ci concevait l’histoire comme « une invention de l’esprit européen » à partir de l’héritage grec. Privilégiant l’idée de « la longue durée » pour observer les cycles d’essor et de déclin, les permanences et les causalités lentes, il mettait en avant l’importance de la fortune, fruit des circonstances et du hasard, et de la virtu des acteurs, caractérisée par « leurs aptitudes dans l’action et leur faculté à saisir la chance ».

Le thème des « traditions » propres à chaque civilisation était pour lui primordial, sans que ce particularisme puisse légitimer un jugement hiérarchisant. La nôtre repose notamment sur l’Iliade, « le livre sacré des Européens », dont les valeurs sont opposées au « nihilisme contemporain » découlant de l’abandon de la pensée antique et de l’avènement du monothéisme chrétien puis de l’universalisme des Lumières.

Son approche historique, centrée sur la politique et le rôle de volontés individuelles puissantes, laisse peu de place aux faits économiques et sociaux. Selon lui, les événements ne sont pas déterminés par des lois scientifiques et les prévisions les plus sérieuses peuvent être démenties par « l’imprévu » qui advient régulièrement dans l’histoire des peuples et des États.

Un aristocrate de l’esprit

Alain de Benoist évoque la grande admiration de Dominique Venner pour Ernst Jünger. A contrario, il avait été déçu lors de sa rencontre avec Ernst von Salomon, l’auteur du livre Les Réprouvés qui avait enflammé toute une génération d’activistes.

« On voit sans surprise ce qui, au premier chef, porte Venner vers Ernst Jünger : cette tenue, à laquelle il est lui-même toujours resté fidèle – fût-ce au prix d’une certaine raideur. » Il voyait ainsi dans cet « officier prussien » l’incarnation d’« une figure ultime, celle d’un archétype européen provisoirement disparu ».

Le sens d’une mort volontaire

Journaliste et politologue spécialiste de l’extrême droite, Jean-Yves Camus constate que les circonstances de la mort de Dominique Venner demeurent quasiment incompréhensibles à ceux qui n’appartiennent pas à son milieu idéologique « de droite ».

« Son suicide comporte d’abord une dimension éthique de l’honneur et de la vie, celle des anciens Romains et des anciens Grecs, qui voulaient choisir leur mort. (…) C’est un geste à portée politique, qu’il motive ainsi : Je crois nécessaire de me sacrifier pour rompre la léthargie qui nous accable” ». Le lieu – la cathédrale Notre-Dame – a surpris de la part d’un homme qui ne cachait pas son rejet des religions monothéistes, mais il apparaît cohérent si l’on considère les édifices catholiques comme l’expression culturelle du génie européen, en dehors de toute croyance religieuse.

Cet acte tragique, survenu à l’époque des manifestations contre le « mariage pour tous », s’inscrit évidemment dans un cadre infiniment plus vaste, car il visait à réveiller les esprits contre « la destruction programmée, voire déjà largement achevée, de la civilisation européenne par le “mondialisme” ».

Jean-Marie Le Pen estime quant à lui que le suicide de Dominique Venner constitue un « geste extraordinaire », un « acte symbolique, tout à fait impressionnant » comparable aux morts volontaires de Drieu la Rochelle, Mishima ou Montherlant, et destiné à « lancer un avertissement solennel au peuple français ».

Les deux hommes se sont connus dans les années 1950. Dominique Venner, qui fondait alors le Parti nationaliste avec Pierre Sidos, lui apparaissait comme un « personnage un peu énigmatique », avec « un petit sourire en coin, pas distant mais plutôt complice ». C’est de ce sourire dont il garde le souvenir…

L’Institut Iliade

Jean-Yves Le Gallou l’avait promis à Dominique Venner peu avant sa mort, « l’Institut » serait créé afin de transmettre la mémoire européenne. C’est l’essayiste et romancier espagnol Javier Portella qui allait trouver son nom définitif : l’Institut Iliade.

Depuis lors, ce « think tank civilisationnel » organise des colloques annuels, propose des formations destinées à former les cadres du « réveil européen » dans le domaine culturel, et s’investit dans le domaine éditorial en collaboration avec La Nouvelle librairie.

Il faut croire que ces intenses activités dérangent en haut lieu, comme tend à le montrer l’interdiction récente du colloque privé organisé pour le dixième anniversaire de la disparition de Dominique Venner. Le 21 mai dernier, la préfecture de police a ainsi publié un arrêté d’interdiction justifié notamment par « des risques sérieux » de « propos incitant à la haine et à la discrimination » de la part d’intervenants, préjugeant ainsi de potentielles infractions non encore commises ! Des contentieux juridiques sont en cours dans cette affaire qui évoque irrésistiblement l’ambiance de Minority Report… À suivre de près !

Johan Hardoy

https://www.polemia.com/dominique-venner-dix-ans-apres-vu-par-le-pen-de-benoist-le-gallou/

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