
Chine, États-Unis : les grandes puissances mondiales se méfient de la puissance des écrans
En tout, ce sont une trentaine d’États américains qui poursuivent en justice le groupe Meta Platforms, Inc. (auquel appartiennent, entre autres, Facebook et Instagram). En cause : la collecte de données indue de mineurs et l’impact négatif sur les jeunes générations qui en font usage, dû à un caractère volontairement addictif, favorisant l’anxiété, la dépression, les insomnies, etc.
Ce sujet ne préoccupe pas que l’Amérique. La Chine renforce, depuis 2019, la censure appliquée au réseau social dont elle est pourtant à l’origine : TikTok. L’inscription est interdite avant 14 ans et l’accès au réseau impossible entre 22 heures et 6 heures. L’utilisation est, quant à elle, limitée à 40 minutes par jour. Les contenus favorisés et mis en avant par l’algorithme sont éducatifs.
La France, quant à elle, commence à s’inquiéter de l’omniprésence des écrans dans les journées des enfants, et ce, de plus en plus tôt. Une étude menée par Doctissimo rend compte de ce phénomène : en France, 45 % des sondés - de 16 à 25 ans – passent entre trois et quatre heures par jour sur leur smartphone. 18 % avouent y consacrer plus de cinq heures par jour. Les parents se rendent compte du désastre qu'impliquent les réseaux sociaux sur la capacité de l’enfant à se concentrer, à réfléchir, à juger. Outre cela, les pensées suicidaires et les troubles de l’alimentation sont le lot, sinon commun, au moins fréquent, de ces enfants laissés face à eux-mêmes dans le cercle vicieux d’une utilisation non contrôlée.
C’est pourquoi, en août 2019, Marie-Alix Leroy a lancé un mouvement sur Facebook : « Parents unis contre le smartphone avant 15 ans ». Ce groupe recueille les témoignages de parents conscients de l’enjeu que représente l’usage des écrans. Ils sont plus de 18.000, aujourd'hui, à avoir rejoint ce mouvement. Le gouvernement lui-même se saisit de ce sujet crucial et des « effets délétères des réseaux sociaux sur le développement et le bien-être de nos enfants ». Dès lors, une commission d’enquête sur l’utilisation du réseau social TikTok a présenté, le 4 juillet 2024, un rapport devant le Sénat. Parmi les recommandations faites, la 19 suggérait d’« exiger de TikTok la mise en place d’un système performant de vérification d’âge, prévoyant un tiers vérificateur indépendant ». La recommandation 20 proposait d’« instaurer pour les mineurs un blocage de l’application au bout de 60 minutes d’utilisation ». Autrement dit, ce rapport présentait les mesures successivement prises par la Chine et les États-Unis.
Revenant sur les causes et les raisons des émeutes du mois de juin 2023, le président de la République Emmanuel Macron avait évoqué la possibilité de suspendre l’usage des réseaux sociaux pour une durée déterminée, en cas d’émeute. Cette prise de position est un aveu d’impuissance face à la machine infernale que sont les réseaux sociaux qui, tels qu’ils sont réglementés, échappent au gouvernement.
Plus encore que les réseaux sociaux, c’est l’usage même des écrans que le président de la République tend à encadrer. Dans cette logique, une commission devra rendre un rapport, fin mars, afin d’« installer un consensus scientifique ». Une à une, les grandes puissances se rendent compte du pouvoir et de l'emprise de cette technologie et tentent, tant bien que mal, de faire marche arrière !
Raphaelle Claisse
https://www.bvoltaire.fr/controle-gouvernemental-des-reseaux-sociaux-le-phenomene-se-repand/