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Au lendemain d'un vote surprise

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Ce 23 avril à Washington, le Sénat américain avalisait, après plusieurs mois de blocage à la Chambre des représentants, le nouveau plan d'aide à l'Ukraine.

Reprenant le fil de cette réflexion sur l'actualité, votre chroniqueur espère que ses amis lecteurs lui pardonneront l'once de conspirationnisme que lui suggère cette volte face présentée comme surprenante.

Le 22 avril, par exemple, le riche direct ["live"] que Le Monde publie depuis 783 jours, s'ouvrait à une question, que semblent se poser tant d'observateurs agréés, tant de commentateurs professionnels... mais aussi bon nombre de désinformateurs.

Question d'un lecteur : "sait-on pourquoi le speaker Mike Johnson a finalement décidé de passer cette loi pour le financement de l'Ukraine au vote ? Quel est le rationnel derrière cette décision ?"

Voici l'explication donnée en réponse par quotidien parisien de référence :

"Selon le Washington Post, lorsqu’il a plaidé lundi en faveur d’une aide accrue à l’Ukraine, Hakeem Jeffries, le leader de la minorité démocrate, a fait allusion aux premiers ministres britanniques Neville Chamberlain et Winston Churchill. 'C’est un moment Churchill ou Chamberlain', a-t-il écrit dans une lettre à ses collègues.

Il n’est pas le seul à évoquer Chamberlain et Churchill, remarque le journal : 'Le monde est en feu et l’histoire nous jugera sur nos actions', a déclaré mardi aux journalistes Michael McCaul, le président (républicain) de la commission des affaires étrangères de la Chambre. Mike Johnson n’a pas évoqué ce moment Chamberlain ou Churchill, mais il a parlé de sa fonction comme de celle d’un 'speaker de temps de guerre'.

Selon CNN et le New York Times, poursuit Le Monde, depuis que Mike Johnson est speaker de la Chambre, des républicains, comme Mike Pompeo, l’ancien secrétaire d’Etat de Donald Trump, lui ont fait comprendre l’urgence d’approuver l’aide à l’Ukraine. Mike Johnson a aussi reçu un briefing du directeur de la CIA, Bill Burns, qui a brossé un tableau de la situation sur le terrain et des conséquences mondiales de l’inaction américaine.

Enfin, ajoute encore Le Monde, une raison personnelle l’a peut-être poussé à évoluer : son fils est entré à l’Académie navale. 'Pour parler franchement, je préfère envoyer des balles en Ukraine plutôt que de jeunes Américains. Mon fils va commencer ses études à l’Académie navale cet automne (…). Ce n’est pas un jeu, ce n’est pas une blague', a-t-il dit."

Or, si le rappel de la situation de l'Ukraine par le patron de la CIA William Burns est intervenu le 18 avril, soit deux jours avant le vote de la chambre des Représentants en date du 20 avril, on peut tout de même, au risque d'être taxé de conspirationnisme, rappeler une autre chronologie.

Le 12 avril Mike Johnson s'était rendu à domaine Mar-a-Lago de Donald Trump à Palm Beach, en Floride. Après leur rencontre, ils ont tenu une conférence de presse. L'ancien locataire de la Maison Blanche, candidat en vue de la présidence a répondu aux questions des journalistes sur plusieurs sujets, notamment l'aide à l'Ukraine et leur commun désaccord avec la représentante Marjorie Taylor Greene, élue de Géorgie. C'est bien celle-ci qui, menant la campagne contre cette aide, en bloquait jusqu'ici l'adoption au sein de son parti.

Or, quatre jours plus tôt, le 8 avril David Cameron, avant même de se rendre les 9 et 10 à Washington était venu à Mar-a-Lago : rien n'a filtré de leur entretien, sinon le commentaire du porte-parole du Foreign Office : "Il est courant pour les ministres de rencontrer les candidats de l'opposition dans le cadre de leur travail à l'international". On notera que la problématique "Churchill ou Chamberlain", reprise par la suite par Mike Johnson, est une approche très britannique des choix historiques.

Depuis très longtemps, notamment depuis la présidence du général Grant (1869-1877) on n'a que très rarement vu les États-Unis ne pas se solidariser, avec plus ou moins de délai, de la position de la Grande-Bretagne.

Ce sont seulement de modestes échos de la visite de David Cameron qui ont été publiés dans la presse parisienne ; par exemple Libération du 9 avril lui consacrait quelques lignes : "Le chef de la diplomatie britannique plaide pour le soutien à l’Ukraine... David Cameron, a pressé mardi les Etats-Unis de débloquer une aide militaire importante à l’Ukraine, au lendemain d’un rare entretien avec Donald Trump".

Rendant compte de sa rencontre à Mar-a-Lago suivie de sa visite à Washington, La Libre Belgique, au contraire, lui accordait beaucoup plus d'importance, soulignant que "le nouveau chef de la diplomatie britannique, David Cameron, a promis que Londres continuera à aider l'Ukraine 'tout le temps qu'il faudra'au moment où Kiev plaidait pour un maintien du soutien occidental malgré la crise au Proche-Orient et ses difficultés sur le front."

Et le grand quotidien belge d'illustrer son propos par la double photo publiée en exergue de cette chronique.

Qu'on me pardonne d'être tenté d'y voir le véritable déclencheur de la volte face américaine.

JG Malliarakis 

https://www.insolent.fr/2024/04/au-lendemain-dun-vote-surprise.html

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