
Dix ans après sa mise au jour, le trésor archéologique découvert à Lavau (Aube) en 2014-2015 est présenté pour la première fois au public à partir du samedi 24 janvier, au Musée d’art moderne de Troyes, jusqu’au 21 juin. L’ensemble réunit 80 objets datés d’environ 450 avant J.-C., considérés comme l’une des découvertes majeures en France des cinquante dernières années.
Les fouilles menées par l’Inrap ont révélé, dans une zone aujourd’hui commerciale, un complexe funéraire comprenant un vaste enclos, un portique monumental et une tombe accessible par rampe, le tout sous un tumulus de plus de huit mètres. Une chambre funéraire de 14 m² abritait un squelette paré d’un torque et de bracelets en or, étendu sur un char à deux roues et entouré de vaisselle liée aux banquets.
Parmi les pièces majeures figure un grand chaudron en bronze, restauré après environ 700 heures de travail, doté d’anses décorées de têtes de félins et de figures représentant le dieu-fleuve Acheloos. L’archéologue Bastien Dubuis, responsable du chantier, raconte : « Au moment de la fouille, on ne s’attendait pas du tout à cette découverte » et se souvient avoir vu « le visage malicieux d’Acheloos » apparaître lors de la fouille.
Les analyses indiquent que ce récipient d’environ un mètre de diamètre pouvait contenir 200 à 300 litres de vin, dont des traces ont été retrouvées : un vin rouge importé et aromatisé “à la mode méditerranéenne”. D’autres objets, comme un œnochoé attique grec enrichi d’ajouts celtes en or et argent, illustrent des échanges culturels et commerciaux au carrefour de routes de la petite Seine. L’archéologue Émilie Millet évoque un « artisanat de cour » d’une « haute technicité ».
La dépouille du prince n’est pas exposée, pour des raisons de conservation et surtout d’« éthique », souligne l’anthropologue Valérie Delattre : « Les objets suffisent à eux-mêmes ». Dix ans d’études ont toutefois permis de dresser un portrait : un homme d’environ 1,70 m, mort dans la trentaine, aux cheveux châtains et raides et à la peau mate, avec une dentition décrite comme quasi parfaite, signe d’un cadre privilégié. Au vu du monument et de la richesse du mobilier, Bastien Dubuis interroge enfin l’appellation : « Est-ce qu’on ne serait finalement pas en présence d’un roi ? »