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[POINT DE VUE] Salon de l’agriculture : ambiance crépusculaire pour E. Macron

Capture d'écran
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« Il n’est pas le bienvenu ici » ou encore « Il ne sert plus à rien », a-t-on pu entendre lors de la visite inaugurale d'Emmanuel Macron au Salon de l'Agriculture, ce samedi 21 février. Mediapart a même relevé cette réaction d'un agriculteur, moins nuancée que les précédentes : « Je n’attends plus rien de ce monsieur, c’est une pompe à vélo, de la merde ». En tous les cas, le moins que l’on puisse dire, c’est que ce Salon International de l’Agriculture 2026 a quelque chose de crépusculaire. Ce n’est peut-être pas uniquement dû au président lui-même, mais c’est lors de son passage que cette triste nuit de la paysannerie s’est incarnée de la manière la plus triste.

La lassitude est la plus forte

Pas de vaches, dans les allées de ce salon : elles sont mortes, abattues par les services vétérinaires. Pas de huées ni de triomphe non plus : la lassitude est la plus forte. Nos agriculteurs sont exténués, exsangues. Ils ont bien compris que tout le monde politique se foutait éperdument de savoir ce qu’ils allaient devenir. L’accord de libre-échange signé avec le MERCOSUR entrera en vigueur quoi qu’il arrive, même si la France, avec une sorte de scrupule tard-venu, essaie de jouer la montre. La paysannerie française fait l’objet d’une sorte de culte nostalgique, mais personne ne bougera pour l’empêcher de mourir : on dirait ces bobos qui s’installent à la campagne mais portent plainte contre les poules qui chantent ou l’odeur de lisier. À ceux-là, on ne peut que conseiller En rade, du grand Huysmans, qui disait déjà tout (en 1887 !) de ces Parisiens qui rêvent de campagne, mais emportent avec eux leurs chichis et leur mal-être.

Macron a pourtant fait comme d'habitude

Macron ne sert-il plus à rien ? Il a pourtant fait, comme d’habitude, son petit numéro de marathonien narcissique : douze heures de présence dans les allées, des déplacements sur les stands, des gueuletons qui se succèdent, des propos distillés avec un art de la petite phrase quasiment alchimique. Pourtant, c’est vrai : rien n’y fait.

Dans le même week-end, celui qui se voudrait son challenger, Gabriel Attal, s’est également essayé à la flânerie champêtre. Il se voudrait meilleur que Macron, mais, ce faisant, il joue avec les règles que le Président lui-même a édictées. Être contre, c’est encore se définir avec. Attal, lui aussi, a serré des louches et a essayé de surjouer la proximité. Là non plus, ça ne passe pas. Ce n’est donc pas uniquement avec Macron que le divorce est consommé. D’ailleurs, c’est également ce que dit un jeune agriculteur dans cet article de Mediapart : « Personne aujourd’hui, de Mélenchon à Le Pen, n’a un projet sérieux pour nous. » C’est sans doute vrai pour Mélenchon : la paysannerie est plutôt à droite, et puis elle ne trimballe pas, sous nos latitudes, le même paysage mental que la classe ouvrière. La peinture soviétique, avec ses gerbes de blé sous des ciels rouges, n’a pas réussi à faire changer la gauche française. Pour Marine Le Pen, c’est moins évident.

Il n’empêche : la crise entre la classe politique et ses paysans a pris la forme d’une plaie béante. Jordan Bardella, le grand favori des sondages, n’est pas encore venu dans les allées du parc des expositions. Sera-t-il, face à cette tendance lourde, l’exception qui confirme la règle ? On verra bien. En attendant, peut-être que tout le monde déteste Macron, mais les agriculteurs, eux, se sentent méprisés et oubliés de tous les hommes politiques…

Arnaud Florac

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