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[MUNICIPALES] Menton en passe de dire adieu aux Républicains ?

Photo YMS
Dans les Alpes-Maritimes, Menton (30 000 habitants) est certainement la ville symbole du profond affaiblissement des Républicains au profit du Rassemblement national. Tant et si bien que la ville pourrait tomber dans l’escarcelle du parti de Marine Le Pen le 22 mars.

Menton est un bastion de la droite classique. Emmanuel Aubert fut le député RPR emblématique de la quatrième circonscription des Alpes-Maritimes dont le poumon est Menton, durant 25 ans dans les années 70-80. Il fut aussi à la tête de la ville durant douze ans, de 1977 à 1989. Son successeur Jean-Claude Guibal fut maire de la cité durant 32 ans et député de 1997 à 2017, traversant ainsi les évolutions de la droite, d’abord RPR, ensuite UMP puis LR. L’élection de la candidate du RN, Alexandra Masson, lors des législatives de 2022, fut donc un séisme pour le pays mentonnais. Et ce succès depuis ne cesse de se confirmer. En 2024, lors des législatives anticipées, la députée patriote est réélue dès le premier tour avec 56,27 % des suffrages. Désormais candidate au fauteuil de maire, Alexandra Masson est en mesure de faire sensation : créditée de 31 % dans un sondage Elabe BFMTV/Nice Matin paru le 25 février, elle caracole en tête au premier tour et est donnée gagnante dans tous les cas de figures au second. Face à elle, la droite part éparpillée façon puzzle. Quatre listes se disputent le fromage. Celle de Louis Sarkozy, le candidat investi par LR, dont le parachutage est en passe d’être un échec cinglant. En dépit du brouhaha médiatique dont il bénéficie depuis le début de sa campagne, le sondage le classe en quatrième position avec 16 %. Membre de l’équipe municipale sortante, Sandra Paire a déchiré sa carte d’adhérente face au choix incompréhensible de Paris d’accorder l’investiture au fils de l’ancien président de la République ; sa liste est à égalité avec la liste d'alliance de la gauche à 17 %. Un autre membre de l’ancienne équipe se présente : Florent Champion (Nouvelle Energie) est donné à 15 %. La liste Reconquête! menée par Émilie Ria recueille 4%.

Le fiasco Louis Sarkozy

Le bilan de l’ancienne équipe municipale est gravement entaché par le feuilleton de l’affaire des ports de la ville qui illustre brillamment des pratiques de corruption et d’enrichissement personnel, digne d’une série télévisée. L’ancien maire LR Yves Juhel, vient d’être condamné ce vendredi 6 mars pour complicité de détournement de fonds publics (il a indiqué « réfléchir » à un éventuel appel, rapporte Le Parisien). Il écope notamment de trois ans de prison, dont un ferme sous bracelet électronique. Son ex-adjoint Mathieu Messina a été condamné quant à lui à trois ans de prison ferme (à cette heure, on ne sait pas s'il a l'intention de faire appel). À ce fiasco s’ajoute la mauvaise campagne de Louis Sarkozy qui porte les couleurs des Républicains. « Il se vante toujours d’être le fils de son père » confie à Boulevard Voltaire un fin connaisseur de la ville, « il est hautain et parle mal des gens ». Malgré le tapage médiatique la marque Sarkozy fils n’imprime pas. « Ce n'est pas Nicolas, c'est Louis, et Louis n'a pas de prénom » cingle auprès de BV un ténor LR localLe jeune homme de 28 ans a multiplié dans cette campagne les propos loufoques : légalisation des drogues, simplification du code de la route en supprimant les feux rouges et les panneaux de signalisation.  Il y a une semaine, une nouvelle déclaration d’un goût douteux, confiée au Nouvel Obs provoquait le malaise : « Si j’arrive en troisième position, ça voudra dire que Menton me dit : “Je ne suis pas une fille facile, il faut recommencer, un an c’était trop vite, trop fort, trop rapide, pour me séduire ». Symbole d’un désamour, le local de campagne du candidat LR a été vandalisé à plusieurs reprises. Il y a quelques jours encore, plusieurs affiches étaient placardées : « De père en fils nous Mentons ».

Jordan Bardella et Éric Ciotti en meeting

Face au parachutage raté de son adversaire, la candidate RN présente de nombreux atouts, susceptibles de séduire l’électorat de droite. Avocate au barreau de Nice, Alexandra Masson a fait ses armes au RPR puis à l’UMP. Sa mère Hélène Masson-Maret fut elle-même sénatrice UMP du département. « C’est une femme qui a toujours été fidèle à ses convictions, à ses valeurs » témoigne auprès de BV, Henri Leroy,  sénateur LR des Alpes-Maritimes. Dans ce département du sud de la France, la porosité entre les électorats de droite est une réalité. « Extrême-droite ce n’est pas une insulte insiste Henri Leroy, si être d’extrême-droite c’est défendre notre identité, nos valeurs, rétablir l’autorité, lutter contre l’immigration, essayer de remettre l’éducation au centre de notre vie sociale ». Alexandra Masson se revendique justement auprès de BV d’une « droite forte, enracinée, souverainiste, patriote ». Pour la députée mariniste cette élection locale va permettre de préparer la grande alternance de 2027, « il y a une envie de redressement de la France et de la ville de Menton ». Son ambition ? Faire de Menton « le phare de la ville méditerranéenne par excellence » en redonnant à cette ville frontière, coincée entre les Alpes et la Méditerranée la place qu'elle mérite. Jordan Bardella ne s’y est pas trompé en se rendant à Menton dans sa tournée du grand sud. Ce vendredi 6 mars, après un passage à la Bonne Mère de Marseille pour soutenir Franck Allisio, le président du RN a choisi de se rendre dans la ville du citron pour soutenir Alexandra Masson lors d’un grand meeting en présence de l’allié si précieux, Éric Ciotti.

« Abattez les cloisons électorales »

Dans les Alpes-Maritimes, le Rassemblement national grignote Les Républicains. En 2024, six des neufs députés du département ont l'étiquettes de l'alliance RN/UDR. À Nice, Éric Ciotti bénéficie de sondages favorables, à Cagnes-sur-Mer, le député RN Bryan Masson pourrait créer la sensation. Si Menton tombe aussi, le parti à la flamme serait à la tête de trois des cinq plus grandes villes du département. Et pourrait ainsi remporter deux, voire trois des cinq sièges sénatoriaux de celui-ci. « Avec nos amis de l’UDR, nous n’avons pas seulement bâti une plateforme électorale explique ce soir-là à Menton Jordan Bardella devant 1 500 sympathisants électrisés par la venue du président du RN,  nous avons construit un tremplin pour la victoire de nos idées et de notre famille de pensée lors de l’élection présidentielle de 2027. » « Abattez les cloisons électorales » lance l’eurodéputé qui sent frémir à Menton un basculement. L’électorat de droite, lassé des divisions au sein de LR et d’une ligne floue entre vote du budget et participation aux gouvernements d’Emmanuel Macron, peut se reporter désormais massivement sur le RN. L’électeur peut être attiré par des candidats expérimentés qui ont appartenu à l’UMP ou LR, à l’image d’Alexandra Masson qui quittera l'Assemblée nationale en cas d'élection. Dans cette ville surnommée « la perle de la France », la candidate RN en est certaine, nous sommes à la veille d’un nouveau départ : « le 23 mars au matin on va se réveiller, on sera rentré dans une nouvelle ère, les plaies du passé seront pansées ». « Je crois vraiment que si la droite veut revenir au pouvoir, on ne peut pas passer outre l'union des droites » explique le sénateur Leroy. On observera lors de ces élections municipales les circonstances locales où cette union est en passe de se faire autour du RN et de l'UDR, Jordan Bardella plaidant ici à Menton pour une « alliance dans le respect des sensibilités ». Menton, laboratoire de la disparition progressive des Républicains.

Yves-Marie Sévillia

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