
Dimanche dernier, dans des circonstances certes diverses, plus de 50% des communes et des Français ont élu leur maire au premier tour, loin des commentaires médiatiques et des mots d’ordre des partis. La fracture entre la France périphérique et les métropoles mondialisées est devenue une plaie béante dont l’abstention est un autre symptôme : avec près de 43%, elle affiche un record – hors contexte de pandémie en 2020 – et confirme une tendance lourde sur les dernières décennies (la participation était de 79% en 1977 et 69% en 1995). Elle illustre également la défiance croissante des Français vis-à-vis des partis et du personnel politiques.
Dans une récente tribune, le Comte de Paris a insisté sur l’importance de la commune et la noblesse du rôle de ses représentants. Il a rappelé l’ancrage de la commune dans un passé façonné par les Capétiens qui ont très tôt voulu s’appuyer sur les assemblées communales pour réduire le pouvoir des seigneurs féodaux tout en renforçant l’unité du royaume. La République a hélas largement dévoyé cette institution qui ressemble trop souvent à ce que le Prince qualifie par ailleurs de « gouvernement des notables ».
C’est précisément le sentiment que laisse, au lendemain de ce premier tour, l’agitation des partis et des médias pour qui ce premier tour se résume à deux informations : une progression modérée du RN et une percée historique de LFI. Si la première est une réalité, excepté dans les toutes petites communes, la seconde est savamment exagérée : LFI réalise bien une avancée mais la « percée » est surtout mise en avant par les uns pour entretenir la dynamique du parti mélenchoniste, par les autres pour prévenir du danger qu’il représente. En réalité, LFI n’arrive en tête que dans de rares communes – bien moins que les écologistes en 2020 par exemple. Mais le parti se pose en arbitre dans nombre de grandes villes et ce qu’il a bel et bien percé, c’est la pseudo-digue voulue par le PS avec ses frères ennemis. Et il n’empêche : symboliquement, la prise de Roubaix ou celle de Saint-Denis constituent des basculements.
Les territoires perdus de la République sont ainsi les nouveaux bastions de LFI qui aborde le deuxième tour en position de force. Les accords locaux ou « techniques » consentis par le PS n’auront étonné que ceux qui croient encore dans ce système – les promesses n’engagent que ceux qui les reçoivent. Mélenchon, qui avait prédit pouvoir « acheter le PS » sans que cela coûte trop cher, ne l’a que trop bien compris. Gageons toutefois que ne se réalise pas leur vœu très révolutionnaire de voir advenir ce qu’ils ont nommé la « nouvelle France ». Nous leur répondons avec Charette qu’elle est vieille comme le diable, cette France qu’ils disent nouvelle. Et qu’en face de ces démons qui renaissent de siècle en siècle, nous sommes une jeunesse ! Une jeunesse qui aura à cœur de faire les bons choix dimanche prochain : ceux qui permettront de conjuguer les enjeux locaux et l’intérêt national.