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[ÉDITO] Terrorisme, drogue et extrême gauche : trouple historique pour liaisons dangereuses

(Photo by FREDERICK FLORIN / AFP)
(Photo by FREDERICK FLORIN / AFP)
Rima Hassan en garde à vue pour « apologie du terrorisme » : l’information fait sursauter, mais surprend-elle vraiment ? À l’origine, un tweet du 26 mars, depuis effacé, citant Kōzō Okamoto, auteur du massacre de l’aéroport Ben-Gourion en 1972. Un « résistant » pour certains, un terroriste pour d’autres — pour la Justice, la qualification ne fait guère de doute. Le signalement émane du député RN Matthias Renault. Jean-Luc Mélenchon dénonce une police politique.

Pourtant, le problème dépasse de loin un simple tweet. Car avec Rima Hassan, l’incident ressemble moins à un accident qu’à une méthode. Flirter avec la ligne rouge, tester les limites, déplacer les bornes est devenue sa Trinité : la fameuse « fenêtre d’Overton » appliquée à la question du terrorisme.

Les précédents ne manquent pas. Tout de suite après le 7 octobre, des propos sur le Hamas lui ont déjà valu une convocation, aux côtés de Mathilde Panot. Plus tard, elle a rendu visite en prison à Georges Ibrahim Abdallah, dont elle réclame la libération. Puis, sur Thinkerview, elle « recontextualise » le 7 octobre, convoquant la guerre d’Algérie et le FLN pour éclairer — ou obscurcir — le débat.

Fenêtre d'Overton

Ceux qui ont encensé le FLN et, aujourd'hui encore, déposent des gerbes de fleurs hypocrites et flagorneuses devant son monument, même s'ils ne sont pas d'extrême gauche, l'aident à ouvrir l'espagnolette des deux battants overtonien. Le procédé est limpide : créer des équivalences. France colonisatrice, Israël colonisateur : même combat. Dès lors, tout s’enchaîne. Si l’on a excusé, hier, certaines violences du FLN au nom de la lutte contre l’oppression, pourquoi ne pas comprendre celles du Hamas aujourd’hui ? La logique est implacable car, de fait, les méthodes et les exactions des uns hier et des autres aujourd'hui sont les mêmes.

Elle relaie, sans en avoir l'air, le Frantz Fanon : « Pour le colonisé, la vie ne peut surgir que du cadavre du colon. » Une simple référence intellectuelle, rien de plus ! Nous sommes priés d'y croire. Mais qui oserait, aujourd’hui, s’attaquer à Fanon - qui a même ses rues en France - sans être aussitôt disqualifié ?

Derrière ces sorties, une stratégie : agréger les colères, les touiller furieusement dans un jyfoutout mémoriel mijoté sur le feu de la rancœur et faire monter la sauce d'un récit global où la cause palestinienne viendrait se greffer sur la blessure narcissique algérienne. Un cocktail hautement inflammable, destiné à unir un électorat bien ciblé. Quand, dans certaines salles municipales conquises, on scande « Nous sommes tous des enfants de Gaza », il ne faut pas feindre la surprise.

Flirt historique

Rien de neuf, au fond. Déjà, en 1938, Léon Trotski théorisait, dans Leur morale et la nôtre, la subjectivité de la morale et « les moyens organiquement subordonnés aux fins » : il justifiait ainsi les grandes purges de Staline. Une idée qui irrigue toute une tradition révolutionnaire où la terreur n’est plus une dérive mais un outil.

Des années 70 aux années 80, l’Europe en a payé le prix : Fraction Armée rouge en Allemagne, Brigades rouges en Italie, Action directe en France. Et leurs figures, loin d’être unanimement condamnées, continuent parfois de fasciner. Ainsi Jean-Marc Rouillan, invité encore récemment à s’exprimer devant des étudiants, ou Georges Ibrahim Abdallah, citoyen d'honneur, jusqu'à une période récente, de la ville de Grenay (Pas-de-Calais)... et que Rima Hassan a visité dans sa cellule avant qu'on ne le libère.

Le romantisme révolutionnaire a la vie dure. Le terroriste devient résistant, le criminel militant et la violence — presque — légitime. Des liaisons dangereuses savamment entretenues. Reste une question : que fera, aujourd’hui, la Justice ? Le précédent existe. En 2017, le Parlement européen levait l’immunité de Marine Le Pen pour diffusion d’images de l’État islamique sans que l’on ne puisse soupçonner, pour le coup, chez elle la moindre complaisance. DPDM (deux poids deux mesures) une nouvelle fois ? L’avenir le dira.

En attendant, un dernier coup de théâtre est venu alourdir le dossier de Rima Hassan : la police a trouvé dans son sac de la drogue. Après Andy Kerbrat - sans parler de l'ancien dealer Louis Boyard -, cela commence à faire beaucoup, pour la seule France insoumise. Marion Maréchal l'appelle, sur X, le narco-parti.

Pour faire la transition entre ces deux affaires, disons que, tant au Hamas qu'au Hezbollah, drogue et terrorisme ont toujours fait font bon ménage !

Gabrielle Cluzel

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