
Dans cette petite station balnéaire de la côte Atlantique, la préparation de la saison estivale bat son plein et une commerçante de bouche laisse aller une colère assez partagée, le long d’un quai où près du tiers des commerces a changé de mains, pour cause sans doute de lassitude, explique-t-elle. 2 avril, premier jour d’ouverture. De vieux messieurs de la mairie passent, des adjoints fraîchement élus qui doivent faire un peu de zèle. Le nom de son échoppe a changé, mais juste le nom écrit sur le devant du store roulant roulant, rien d’autre. « Il faut demander l’autorisation à la mairie », explique le vieux monsieur grisonnant, qui n’a jamais dû faire de commerce de sa vie. Il faut remplir le dossier, là, faire des photos avant et après le changement de nom ( un seul mot en blanc sur fond bleu ). Faire des photos de face, puis de droite et de gauche, pour bien montrer l’impact visuel, quand on arrive, d’un côté ou de l’autre, sur la promenade… quelle importance ? Le nom a changé en fait depuis trois ans, mais les gens de la mairie s’en aperçoivent seulement maintenant.
Quand elle s’est installée, voici dix ans, il avait déjà fallu faire le fameux dossier avec les photos, alors qu’elle avait racheté l’enseigne sans changer le nom donné par le précédent propriétaire : 400 euros. Là, lui explique l’adjoint, sensible à sa lassitude, il faut refaire le dossier, mais ce sera gratuit. Elle paye déjà, m’explique-t-elle, un droit de trottoir, devant sa vitrine et un autre droit de terrasse, le long de l’eau, pour un périmètre défini. Et les touristes doivent pouvoir passer entre la vitrine et la terrasse, il y a bien cinq bon mètres. Si des clients tournent leur chaise face à la mer, qu’ils empiètent un peu sur la promenade, des gens de la mairie viennent prendre des photos et débarquent en plein coup de feu de midi, en haute saison, pour signaler que des clients empiètent un peu trop sur la promenade et qu’il faut leur demander de remettre leur chaise de manière longitudinale, strictement à l’intérieur du périmètre prévu. Promenade où l’on doit circuler vélo à la main et chiens tenus en laisse, ce qui en pratique n’est pas forcément respecté, mais ne donne que rarement lieu à remontrance. Le flicage des commerçants qui font vivre la station semble bien plus important.
Puis elle passe aux total des prélèvements, plus de 50 % selon un mix de taxes, d’impôts, de charges diverses, de normes et certifications payantes, pour tout et rien. Et à 56 ans, une grande lassitude de cette entreprise saisonnière qui marche assez bien quelques mois et week-ends dans l’année et très bien du 15 juillet au 15 août. Sachant qu’il faut évidemment faire autre chose à la morte saison. Mais explique-t-elle encore, cette impression que vous emmerder les fait jouir. Ils ont le temps de vous dire où il faut mettre des croix, dans quelles cases et ce qu’il faut écrire dans les formulaires et recommencer s’il y a la moindre petite approximation, le tout de manière assez obséquieuse, alors que vous avez autre chose à faire, un commerce à faire tourner, une gestion à assurer, le ménage, les approvisionnements… tout cela devient extraordinairement lourd et pénible et empire d’année en année, comme si des bureaucrates étaient payés chaque année pour inventer un truc à ajouter dans la pile des trucs inutiles et chronophages.
Le choc de simplification est incontournable en France, à moins de vouloir dégoûter l’entrepreneuriat de manière définitive. Et ce à tous les niveaux. Nous rappelons que de manière globale, au RPF, nous souhaitons réduire le coût du travail par deux et ramener la part de prélèvement de l’Etat entre 30 et 35 %, soit dans le bas de la moyenne européenne, tout en supprimant les aides aux entreprises qui doivent pouvoir vivre, non pas des aides, mais de leur travail et en vivre bien mieux que des oisifs. L’État devenu, par sa folie administrative, un empêcheur d’entreprendre en rond, doit retrouver son rôle de facilitateur du travail et de la création d’entreprises.