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Comprendre la Turquie, acteur géostratégique majeur

Comprendre la Turquie, acteur géostratégique majeur

En 2022, Polémia a rendu compte de l’ouvrage de Jean Étèvenaux, L’expansion chinoise, consacré à la puissance retrouvée de « l’empire du Milieu ». Dans son dernier livre, La Turquie jusqu’à Chypre — Un Empire millénaire, une République qui se cherche (Éditions Les Acteurs du Savoir, 272 pages, 16 euros), ce journaliste et enseignant universitaire, auteur d’une trentaine d’ouvrages sur des sujets historiques et culturels, s’intéresse à la longue histoire turque et à l’héritage de la « Sublime Porte » pour éclairer le présent d’un pays complexe.

Une puissance de vieille date

Venus de l’Asie centrale et orientale, les Turcs s’établissent en Anatolie au XIᵉ siècle.

En 1453, les armées ottomanes prennent Constantinople et la basilique Sainte-Sophie est convertie en mosquée : « Une terre hellène et chrétienne est devenue turque et musulmane. »

« Pendant presque quatre siècles, la prépondérance ottomane va se manifester dans tout le pourtour méditerranéen et au-delà, tant en Europe qu’au Proche-Orient et en Afrique du Nord. »

Au XVIᵉ siècle, Soliman le Magnifique règne sur un empire qui comprend des Turcs, des Arabes, des Perses, des Tatars, des Kurdes, des Grecs, des Coptes, des Tsiganes, des Berbères, des Arméniens, des Slaves, des Albanais et des Hongrois. Les musulmans sunnites et chiites côtoient, sans toutefois avoir les mêmes droits, des chrétiens et des juifs, dont des séfarades venus d’Espagne et du Portugal après leur expulsion à la fin du siècle précédent. À cette époque, François Ier s’entend avec Soliman pour contrer les ambitions de Charles Quint.

Au XVIIIᵉ siècle, l’empire subit une régression territoriale sous la pression de la Russie.

En 1856, après la guerre de Crimée menée par une coalition à laquelle participe la France (qui perd 95 000 hommes dont 75 000 de maladie), le traité de Paris fait perdre à la Russie les avantages acquis dans l’Empire ottoman, notamment dans les principautés danubiennes.

« Pourtant, les signes de déclin sont patents et on comprend que les chancelleries du continent aient parlé de “l’homme malade de l’Europe”, pour reprendre l’expression attribuée à l’empereur Nicolas Ier de Russie. »

En 1923, après la défaite et le démembrement de l’Empire ottoman consécutifs à la Première Guerre mondiale, l’État turc, laïque et nationaliste, est fondé par Mustafa Kemal. Ce dernier parvient, avec l’aide de la France et de l’URSS, à faire avaliser par les Européens une stabilisation de l’homogénéité ethno-religieuse de son pays qui se traduit par d’importants transferts de populations (il convient de souligner que la contestation de la version officielle du génocide arménien fait l’objet d’une répression pénale de nos jours).

En 1941, la Turquie signe un pacte de non-agression avec le IIIᵉ Reich, avant de s’engager aux côtés des Alliés deux mois avant la capitulation allemande.

À partir de 1957, elle se rapproche de ce qui deviendra l’Union européenne, mais, depuis juin 2018, les négociations sont officiellement gelées alors que le statut de candidat lui a été accordé en 1999.

« Rappelons tout de même que la Turquie occupe militairement une partie de l’Union européenne à travers la “République turque de Chypre du Nord”, qui n’est reconnue que par elle. » [cf. Polémia du 24/08/2022.]

La Turquie au début du IIIᵉ millénaire

Ce pays compte environ 85 millions d’habitants qui vivent sur un territoire tout à la fois européen et, à plus de 96 %, asiatique. Istanbul, l’ancienne Constantinople, est ainsi située sur deux continents.

Bien que Mustafa Kemal Atatürk soit toujours révéré comme le père de la patrie et celui qui a installé le pays dans le XXᵉ siècle, la Turquie a connu un véritable tournant depuis l’arrivée au pouvoir, en 2002, de l’Adalet ve Kalkınma Partisi (AKP — Parti de la Justice et du Développement).

« Il faut se rendre compte que la Turquie a beaucoup changé dans le premier quart du XXIᵉ siècle. Depuis 2010, le gouvernement de Recep Tayyip Erdoğan a mis au pas l’armée, s’est un peu rapproché de l’Iran — par exemple pour lutter contre les Kurdes — et s’est fortement éloigné d’Israël [Depuis octobre 2023, le président turc a qualifié à plusieurs reprises Israël d’« État terroriste » et l’a accusé de « commettre un génocide » à Gaza], tout en narguant une Europe dont il se rend compte qu’il n’intégrera pas facilement la structure de l’Union. En revanche, la nostalgie de l’Empire ottoman se double d’une politique étrangère très active dans les anciens territoires coloniaux et dans les régions ethniquement proches. »

Par ailleurs, « il ne faut pas oublier son influence à travers la diaspora, notamment grâce à l’association islamiste Millî Görüs (« Vision nationale »), qui fédère un demi-millier de mosquées en Europe ».

Le pays connaît également une réussite indéniable en matière touristique : « Avec 253 destinations internationales, la compagnie Turkish Airlines est devenue le plus grand transporteur mondial par le nombre de dessertes. »

Tout en demeurant la première force de l’OTAN en Europe, la puissance turque aspire ainsi à jouer un rôle majeur sur la scène internationale en mettant en valeur des caractéristiques ethniques dans le monde turcique (qui compte 250 millions de locuteurs de la Sibérie aux Balkans), politiques (associées au souvenir de l’Empire ottoman) et religieuses (liées à la communauté musulmane).

Pour la France, la Turquie constitue un partenaire imprévisible, d’autant que Recep Tayyip Erdoğan n’a pas hésité à déclarer qu’Emmanuel Macron avait « besoin d’un traitement au niveau mental »…

Johan Hardoy

https://www.polemia.com/comprendre-la-turquie-acteur-geostrategique-majeur/

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