
Philippe Gélie
Donald Trump a fixé aux Iraniens un ultimatum qui s’applique tout autant à lui-même. Qu’il y renonce trop hâtivement, et il risque de renforcer Téhéran au détriment de l’Amérique. Qu’il donne suite à sa menace de déchaîner « l’enfer », et il entraînera le monde dans une escalade majeure.
L’enfer peut avoir plusieurs visages. Celui d’une destruction massive des infrastructures civiles, au risque de s’aliéner l’opinion iranienne et de provoquer une catastrophe humanitaire, voire un mouvement d’exode jusqu’en Europe. Celui d’opérations commandos au sol hautement périlleuses, dont ses forces spéciales ont eu un avant-goût en sauvant un aviateur, ne donnant que plus d’éclat à leur succès. Ou celui d’un embrasement régional accru, avec ripostes et surenchères des gardiens de la révolution, flambée durable des cours du pétrole, ralliement des chiites d’Irak à l’Iran, enrôlement de monarchies du Golfe afin de libérer le détroit d’Ormuz, un enjeu pour elles existentiel…
À l’orée de la sixième semaine de guerre, on voit qu’on n’a peut-être encore rien vu. La suite est d’autant plus difficile à prévoir que Trump et son acolyte israélien détiennent seuls, aux portes de l’enfer, les clés de notre destin. Appelés à l’aide à retardement, les alliés de l’Amérique n’ont pas cédé aux injonctions ni aux menaces : ils n’avaient pas décidé ce conflit, ils ne s’y joindront pas contre leur gré. Voir tous les Européens de l’Otan refuser ou conditionner l’accès à leurs bases et à leur espace aérien donne la mesure du fossé qui s’est creusé depuis quinze mois. Trump récolte ce qu’il a semé : les droits de douane unilatéraux, les menaces d’annexion du Groenland, la remise en cause des alliances, les ingérences politiques… Il parvient à unir comme jamais les dirigeants européens contre lui. Même ceux qui s’inspiraient de ses succès électoraux prennent leurs distances, tant il sent le soufre.
Malgré ces dégâts, le président américain a placé le monde devant un choix historique. Quoi qu’il décide, dans l’action ou dans l’esquive, nous en subirons les conséquences. Tel est notre dilemme, alors qu’il devient de plus en plus clair que la seule voie d’une victoire complète dans cette guerre passerait par un vrai changement de régime à Téhéran.
Source : Le figaro 7/4/2026