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Menton et Nice : victoires historiques de la droite nationale dans les agglomérations

Capture d'écran
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L’élection d’Alexandra Masson, députée RN et nouvelle maire de Menton, à la tête de la communauté d’agglomération de la Riviera française marque un tournant discret mais réel. Pour la première fois, une élue RN s’impose à la présidence d’une intercommunalité. Et contrairement aux procès d’intention habituels, cette victoire ne repose pas sur un coup politique, mais sur un travail de fond.

Partie avec seulement 14 voix assurées sur les 25 nécessaires, la maire de Menton a finalement élargi son socle en convainquant au-delà de son camp, notamment auprès d’élus LR et divers droite des principales communes de l’agglomération. La députée résume elle-même auprès de Boulevard Voltaire les ressorts de ce succès : « beaucoup de travail en circonscription » et une « confiance au-delà de l’étiquette ».

Dans une mécanique typiquement locale, l’ancrage et la relation personnelle ont donc primé sur les appartenances partisanes. Une démonstration que, sur le terrain, les lignes bougent déjà.

Le terrain balaie les étiquettes

Pourquoi cela fonctionne-t-il à Menton ? Parce que les intercommunalités imposent une logique de gestion, loin des postures nationales. Budget, aménagement, transports : les élus jugent sur pièces. Alexandra Masson revendique d’ailleurs une méthode fondée sur le dialogue : « travailler en intelligence avec l’intégralité des autres élus ». Une approche pragmatique, qui lui a permis de fédérer bien au-delà de son camp.

Élu président de la Métropole Nice Côte d’Azur.

Je mesure l’honneur et la responsabilité qui m’incombent.

Je serai au service de l’ensemble des communes et de leurs habitants, avec une exigence : agir, rassembler et faire avancer notre territoire ! pic.twitter.com/jrLrhmoI3W

— Eric Ciotti (@eciotti) April 9, 2026

Dans le même temps, l’élection d’Éric Ciotti à la présidence de la métropole Nice Côte d’Azur confirme une recomposition à droite. « Je serai au service de l’ensemble des communes et de leurs habitants, avec une exigence : agir, rassembler et faire avancer notre territoire ! », a-t-il déclaré sur X.

Lors des municipales, Eric Ciotti avait d’ailleurs bénéficié du soutien de figures de la droite classique comme François-Xavier Bellamy et David Lisnard, signe que, sur le terrain, certaines lignes sont déjà moins étanches. À Avignon, le maire Olivier Galzi, divers droite soutenu par LR et les macronistes, a lui aussi fait le choix d’une gouvernance ouverte, intégrant toutes les sensibilités, y compris le RN. Une pratique qui acte une réalité de terrain : la coopération devient souvent une réalité.

Agde, Toulon, Carpentras : les digues résistent

Mais cette dynamique reste contrastée. À Agde, l’élection du bureau intercommunal a illustré une autre réalité : celle d’un verrou politique encore bien en place. La présidence est revenue à une élue d’une petite commune, reléguant le maire RN de la ville centre, Aurélien Lopez-Liguori, à une simple vice-présidence. Une configuration qui interroge sur la prise en compte du poids électoral réel des communes.

À Toulon, la logique est similaire. Laure Lavalette dénonce sur X une mise à l’écart assumée : « Josée Massi vient d’exclure les maires RN et alliés de la gouvernance de la métropole TPM, et avec eux près de 120 000 habitants. La maire de “tous les Toulonnais” aura tenu trois semaines ! »

Josée Massi vient d’exclure les maires RN et alliés de la gouvernance de la métropole TPM, et avec eux près de 120 000 habitants.

La maire de « tous les Toulonnais » aura tenu trois semaines.

— Laure Lavalette (@LaureLavalette) April 9, 2026

Même scénario à Carpentras, où les alliances se nouent avant tout contre le RN. Le maire Hervé de Lépinau avait dénoncé auprès de BV une gouvernance « étriquée, bornée et idéologique ». Et jusqu’à Carcassonne, où les tensions sont tout aussi vives. Le maire Christophe Barthès fustige sur Facebook « une alliance des élus socialistes » et dénonce une « trahison » ayant conduit à écarter la ville centre de toute vice-présidence. Il accuse également une « gauche sectaire » et assure que son camp mènera « une opposition constructive ».

Dans ces configurations, le « front républicain », que l’on croyait désormais cantonné aux scrutins nationaux après les dernières élections municipales, se rejoue pleinement au niveau intercommunal.

Du local au national, la fracture persiste

Ce contraste révèle une fracture croissante. D’un côté, des électeurs qui ont déjà intégré le RN dans le paysage politique local. De l’autre, une partie des élus, notamment à droite, qui continuent de faire barrage. Si le RN et ses alliés enregistrent des victoires souvent nettes, voire écrasantes, dans de nombreuses communes, cette dynamique peine encore à se traduire dans les intercommunalités. En cause : la persistance d’un vieux réflexe « républicain », qui conduit certains élus à s’allier pour empêcher l’accès du RN aux exécutifs locaux, indépendamment des rapports de force issus des urnes.

Cette ligne de fracture se retrouve d’ailleurs au sommet. Le président des Républicains, Bruno Retailleau, a récemment réaffirmé sur France Inter son refus de toute union des droites, excluant une alliance avec le RN et Reconquête : « Jamais on ne l’a fait. Pourquoi on le ferait demain ? »

À Menton et Nice, pourtant, le verrou a sauté. Ailleurs, il tient encore. Mais la dynamique est enclenchée. Ces élections intercommunales traduisent quelque chose de plus profond : une recomposition politique qui part du terrain.

Les électeurs, eux, ont déjà fait le trait d’union. Reste à savoir combien de temps encore certains élus pourront s’y refuser.

Yann Montero

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