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Sous-performance chronique de la machine de guerre étasunienne – 2ème partie

L’armée étasunienne ne peut pas rivaliser avec les contre-attaques de l’Iran ni l’avance technologique fulgurante et les avantages de coûts de la Chine.

Dans la première partie de cet article, j’ai détaillé les dégâts infligés par l’Iran sur le champ de bataille aux États-Unis durant le premier mois de guerre.

L’échelle et la portée des pertes d’actifs de haute valeur sont stupéfiantes, en totale opposition au narratif « victorieux » proclamé par le régime Trump.

L’épuisement des munitions défensives et offensives étasuniennes est sans précédent, surtout au vu de l’« intensité moyenne » du conflit dans le grand ordre des choses.

Bien que l’Iran constitue l’adversaire direct le plus sophistiqué techniquement des États-Unis depuis la Guerre Froide, ce pays reste une puissance moyenne, étouffée par des décennies de sanctions.

Pour illustration, le PIB et le budget de défense de l’Iran pour 2025 étaient respectivement de 356 milliards et de 9 milliards de dollars. En comparaison, le PIB 2025 et budget de défense de Singapour étaient respectivement de 604 milliards et de 17 milliards de dollars.

L’Iran ne dispose pas de véritable armée de l’air ni de marine. Le pays n’a pas de réseau de défense aérienne intégré (IADN) ni d’actifs spatiaux d’importance.

Les réussites remportées par l’Iran sur le champ de bataille résultent d’une guerre asymétrique, avec des drones à bas coût et des missiles balistiques à faible rayon d’action.

Divers éléments indiquent clairement que les États-Unis sont militairement incapables de mener une guerre de « grande puissance » : leurs technologies dépassées, leur faible profondeur d’approvisionnement, et leurs armements à haut coût et à faible densité ; nous allons les passer en revue en détail.

Pour parvenir à cette conclusion, dans la seconde partie de mon article, je vais discuter des enseignements militaires de la guerre en Iran.

Puis, je vais analyser en détail les plateformes d’armement étasuniennes, et démontrer que la Chine a déjà atteint la parité technique, et mène le jeu dans la plupart des catégories d’importance.

Qui plus est, la Chine a abandonné la doctrine de combat traditionnelle centrée sur la plateforme encore employée par l’armée étasunienne, et est passée à une nouvelle doctrine de système de systèmes.

La nouvelle doctrine met l’accent sur les systèmes sans pilote, à attrition élevée, haute technologie et faible coût, propulsés par l’intelligence artificielle, pour compléter les plateformes habitées à haute valeur

La doctrine est soutenue par des chaînes d’approvisionnement profondes, une fusion civilo-militaire, une échelle industrielle supérieure, et une capacité de montée en puissance, autant d’éléments qui font défaut au complexe militaro-industriel étasunien, privé, axé sur le profit, fonctionnant en flux tendu et sur un mode de ’boutique’.

Enseignements militaires de la guerre contre l’Iran

L’Iran comprend clairement que les limites de ses défenses aériennes l’empêchent de prévenir les bombardements aériens.

Les forces iraniennes se sont donc concentrées sur l’infliction de dégâts réciproques aux actifs américains et israéliens, plutôt que sur l’évitement des coups

Le 28 février, premier jour de guerre, l’Iran a neutralisé la capacité des États-Unis à « voir » et à contrôler le champ de bataille, en lançant des essaims de drones et des missiles hypersoniques pour détruire le radar stratégique d’alerte précoce au sol (SEWR — strategic early warning radar) (AN/FPS-132 Block 5) situé sur la base aérienne d’Al Udeid, au Qatar.

Le 17 mars, un drone kamikaze iranien Shahed-136 a frappé directement le radôme et l’antenne réseau à commande de phase d’un radar d’alerte précoce de longue portée AN/FPS-117 situé sur l’aéroport d’Al-Qaysumah, en Arabie Saoudite.

Le 20 mars, l’Iran a utilisé un essaim de drones et de missiles de croisière à basse altitude pour épuiser les intercepteurs du système THAAD de la base aérienne Prince Sultan, située en Arabie Saoudite, puis a envoyé un missile hypersonique Fattah-2 pour détruire le THAAD.

Le 23 mars, une frappe conjointe de Shahed-136 et Fattah-2 a mis hors service un autre radar AN/FPS-117 dans la région de Rafha, en Arabie Saoudite.

La destruction des radars d’alerte précoce à longue portée et des batteries THAAD a débouché sur un écart dans les défenses aériennes étasuniennes à moyenne/longue portée.

Les plateformes de défense en phase terminale, comme les Patriots, se sont retrouvés exposées aux attaques iraniennes.

Un système Patriot peut tracer plus de 100 cibles en même temps, mais ne peut guider que 18 intercepteurs en simultané, ce qui ouvre une fenêtre pour les essaims de drones et les missiles trop nombreux pour être abattus en un seul engagement.

D’autres drones et missiles ont alors pu, durant la phase de rechargement, pénétrer les défenses étasuniennes, et détruire la plateforme Patriot, qui coûte plus d’un milliard de dollars.

Au moins 3 batteries Patriots ont été détruites aux Émirats Arabes Unis, au Qatar et en Arabie Saoudite.

Les pertes de Patriots ont amené à des lacunes dans les défenses en phase terminale d’actifs et de bases aériennes clés, ce qui a permis la destruction par les Iraniens d’un AWACS Sentry E-3 et d’au moins 5 ravitailleurs KC-135 sur des aérodromes, en Arabie Saoudite.

Et ces pertes ont amené à une diminution du taux de sortie des avions de combat.

La réussite de l’Iran à mettre en œuvre des attaques par essaims de drones et missiles balistiques a créé toute une dynamique auto-entretenue d’impacts en cascade sur les défenses étasuniennes.

  • En détruisant ces nœuds critiques de défense aérienne, l’Iran a « aveuglé » les défenses étasuniennes et réduit le taux d’interception des missiles iraniens.
  • En affaiblissement la capacité des États-Unis à « voir » et « intercepter », l’Iran a pavé le chemin pour l’élimination par ses drones et missiles d’actifs de haute valeur comme les AWACS E-3 et les ravitailleurs KC-135.
  • Sans ces « multiplicateurs de force », la capacité des États-unis à générer des sorties dans l’espace aérien iranien s’est trouvée limitée.

En outre, la menace des missiles iraniens anti-navires a poussé le porte-avions USS-Lincoln à battre en retraite à plus de 1000 km du Golfe Persique.

Il s’en est suivi que les sorties aériennes lancées par porte-avions ont également été réduites, le « rayon de frappe » de la flotte aérienne du Lincoln n’est que 450 à 600 miles nautiques.

Les principaux avions de combat du Lincoln sont des F-35C Lightning II, dont le rayon de combat est d’environ 600 miles nautiques, et des Super Hornet F/A-18E/F disposant d’un rayon de combat de 390 à 450 miles nautiques. Aucun de ces avions ne peut mener de missions en Iran sans ravitaillement en vol.

Les attaques de saturation par drones et missiles ont également mis hors service les 13 bases étasuniennes du Golfe, en les rendant inhabitables.

Cela a contraint les quelque 50 000 personnels étasuniens stationnés dans la région à se cacher dans des bâtiments civils et à se loger dans des hôtels civils, dépourvus de défenses, qui ont ensuite été ciblés par l’Iran.

L’Iran a démontré que des armes de bas coût et produites en masse peuvent efficacement déborder les défenses aériennes les plus chères.

Joseph Staline a dit : « La quantité est en soi une qualité. » Voilà qui reste exact 80 ans plus tard.

Dans les faits, les États-Unis eux-mêmes furent durant la seconde guerre mondiale un modèle d’utilisation de leur capacité industrielle écrasante à armer aussi bien eux-mêmes que leurs alliés pour vaincre des Allemands supérieurs techniquement.

Un autre enseignement d’Iran est qu’une solution innovante à basse technologie peut être mise en œuvre pour vaincre d’onéreuses plateformes de haute technologie.

Le 19 mars, l’Iran a utilisé son missile indigène 358 (également connus comme SA-67) pour abattre un chasseur furtif F-35A qui survolait le centre du pays.

Le CENTCOM a confirmé que l’avion avait été abîmé, mais affirmé que le pilote s’en était sorti sans encombre et que l’appareil avait pu atterrir au Koweït.

Ainsi fut marqué le premier abattage au combat du vanté chasseur furtif F-35, qui se distingue par l’honneur douteux d’être le « système d’armement le plus cher de toute l »histoire » — quelque 2000 milliards de dollars selon le Congressional Budget Office des États-Unis. [Pour le lecteur intéressé, nous avons traduit toute une suite d’articles spécialisés sur le F-35, NdT.]

Le missile 358 est un « missile sol-air rôdeur » (coûtant entre 30 000 et 90 000 dollars) — un hybride entre le drone et le missile traditionnel, semblable au drone/missile chinois anti-radiation ASN-301 (nous en reparlerons plus bas).

L’Iran a utilisé un système de suivi passif plutôt que le radar actif traditionnel pour contourner la furtivité du F-35.

Les avions furtifs sont conçus pour rester invisibles au radar, mais leurs moteurs produisent une chaleur importante, détectable à l’infrarouge.

L’Iran a utilisé des capteurs infrarouges passifs pour suivre la signature thermique de l’avion sans alerter les détecteurs de radars qui auraient pu avertir le pilote.

Ils ont lancé un drone/missile rôdeur 358 dans la zone de combat, qui a volé lentement, dans l’attente d’une détection par ses capteurs optiques et infrarouges de la signature thermique du F-35, puis a lancé une « attaque silencieuse ».

Contrairement au missile anti-aérien traditionnel qui vole directement vers sa cible à Mach 2 ou 3, le 358 vole à vitesse subsonique, propulsé par un micro-turboréacteur

Il utilise des capteurs infrarouges (IR) et optiques pour trouver sa cible. Comme il n’émet pas de signal radar, il est « silencieux » — il ne déclenche pas les récepteurs d’avertissement radar (Radar Warning Receivers – RWR) d’un avion comme le F-35.

Si la vitesse du 358 le rend moins efficace face à un pilote réalisant des manœuvres d’échappement à haute force G, sa nature passive fait que de nombreuses cibles ne comprennent qu’elles sont ciblées que trop tard.

Le missile 358 peut également être utilisé en combinaison avec des missiles traditionnels à courte portée comme le Majid, et constitue une menace à faible coût pour des cibles aériennes de grande valeur telles que le F-35 (80 à 100 millions de dollars l’unité) ou le MQ-9 Reaper (30 millions).

Le 358 est responsable de l’abattage de la plupart des 24 MQ-9 Reaper perdus par les États-Unis jusqu’ici.

Malgré les assurances fallacieuses professées par Trump et Hegseth sur une « domination aérienne » de l’Iran, l’espace aérien iranien n’est pas du tout sûr pour les avions de chasse étasuniens, même les plus avancés, et les États-Unis sont contraints de consommer des munitions à longue portée, qui coûtent cher.

Et cette menace est provoquée par des armes dont le coût s’établit à une petite fraction de celui des avions et missiles étasuniens.

L’Iran a imposé un taux d’échange de coûts disproportionné aux États-Unis par la pratique de la guerre asymétrique.

D’évidence, le complexe militaro-industriel étasunien tient à cacher ces éléments au grand public étasunien, ainsi qu’à ses acheteurs potentiels dans d’autres pays.

L’Iran jouit de cet avantage de coût parce qu’il utilise une chaîne d’approvisionnement civile pour produire ses armes. L’Iran n’a pas accès à des chaînes d’approvisionnement militaires, qui sont sous sanctions étasuniennes.

Le Shahed-136 utilise un moteur civil, utilise de l’essence conventionnelle et non du kérosène d’aviation. Il utilise des matériaux composites pour son aile, une hélice en bois, et un système de guidage civil Beidou GNSS.

Le Shahed-136 exploite des points noirs des systèmes avancés de défense aérienne étasuniens, conçus pour intercepter des missiles balistiques et des chasseurs sophistiqués.

Il vole bas et lentement, et dispose d’une faible empreinte radar. La défense aérienne moderne n’est pas conçue pour gérer ce type de menace. Même s’il détecte sa cible, l’intercepteur étasunien coûte jusque 100 fois plus cher, voir plus, que ce drone à 30 000 dollars.

La guerre en Iran démontre également que les guerres modernes passent du paradigme de la supériorité technologique à celui de la capacité industrielle.

Par exemple, des drones à mille dollars sont déployés par milliers, alors que les intercepteurs à un million l’unité ne peuvent être fabriqués que par dizaines. Leurs cycles de productions se mesurent respectivement en jours et en mois, voire en années.

Les plateformes à coût élevé, à faible densité et à long délai de fabrication déployées par l’armée étasunienne, au plus grand bénéfice de Lockheed Martin, Boeing et RTX, sont fragiles face aux attaques de saturation comme les essaims de drones et les salves de missiles.

Outre le fait que « la quantité est en soi une qualité », l’asymétrie des coûts constitue également une arme en soi.

Face à des essaims d’armes à bas coût, le taux de réussite des interceptions n’a plus de sens. Lorsqu’un intercepteur Patriot PAC-3 à 4 millions de dollars est lancé pour abattre un drone à 30 000 dollars, c’est le défenseur qui perd malgré tout.

La Chine reconnaît depuis longtemps l’importance de l’asymétrie des coûts et la valeur de la masse/quantité dans la guerre moderne.

Norinco, un important sous-traitant de la défense, a produit en masse et exporté le drone Feilong-300-D pour un coût unitaire de 10 000 dollars, avec une portée de 1000 à 2000 km et une vitesse de 200 km/h, avec une configuration en aile delta et un moteur à piston, semblable au Shahed-136.

On peut lancer des centaines de Feilong-300D pour mener une seule attaque en essaim, pilotée par IA.

https://www.scmp.com/news/china/military/article/3331052/low-cost-killer-can-chinas-feilong-300d-suicide-drone-deter-rivals-and-impress-buyers

Autre exemple, le missile hypersonique YKJ-1000 (volant entre Mach 5 et Mach 7) fabriqué par la société privée Linkong Tianxing, située à Pékin.

Il est vendu au prix de 99 000 dollars, soit le même prix qu’un JDAM-LR étasunien, qui n’est en somme qu’une bombe gravitaire classique, munie d’un kit de guidage et larguée par un avion en vol.

Le YKJ-1000 a une portée de 1300 km et peut être lancé depuis des containers commerciaux standard, ce qui permet de le cacher dans des camions ou des navires civils.

Le YKJ-1000 est surnommé « missile ciment » du fait qu’il emploie des matériaux civils non traditionnels — comme du béton cellulaire — comme bouclier thermique pour survivre aux températures extrêmes du vol hypersonique.

Il utilise des puces de classe automobile, des optiques de drones grand public, et des pièces structurelles moulées sous pression pour casser les coûts.

Lingkong-Tianxing développe aussi actuellement une version en essaim, pilotable par IA, du YKJ-1000.

Alors que le YKJ-1000 de base privilégie surtout la production de masse à bas coût, cette nouvelle variante vise à transformer le missile, d’un projectile « aveugle », en un chasseur coopératif.

Il exploite des algorithmes embarqués de machine learning, de manière autonome, pour choisir sa cible, collaborer en groupe, et réaliser des manœuvres d’évitement.

Une grande partie de cette logique pilotée par IA provient de l’industrie chinoise dominante sur le marché du drone commercial, faisant usage de puces grand public et de composants de gestion de puissance nettement moins chers que du matériel militaire dédié.

Le YKJ-1000 est nettement moins sophistiqué que les missiles chinois hypersoniques tels que le DF-17, le DF-21D, le DF-27, le JY-19, le YJ-20 ou le CJ-1000, qui relèvent de l’état de l’art du secteur de la défense publique.

Mais son coût extrêmement faible fait du YKL-1000 un candidat idéal pour les attaques de saturation et pour servir de leurre stratégique, épuisant les intercepteurs des défenses aériennes ennemies avant que l’arsenal de pointe ne porte le coup final.

Vous trouverez davantage d’informations sur le YKL-1000 ici. https://interestingengineering.com/military/chinas-cement-coated-hypersonic-missile

La Chine est à la pointe sur la scène mondiale en matière de missiles hypersoniques, aussi bien en matière de sophistication technologique que de rapport qualité/prix. Nous allons voir cela plus bas.

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