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culture et histoire - Page 1304

  • Quelle philosophie politique de l'écologie?

    Les bons scores des Verts français à la suite des dernières campagnes électorales dans l'Hexagone, la per­sistance des Grünen  ouest-allemands et les sondages favorables aux listes écologistes en Belgique pour les prochaines élections (12% à Bruxelles!) obligent tous les militants politiques, de quelque horizon qu'ils soient, à développer un discours écologique cohérent. En effet, pour la décennie qui vient, pour les premières décennies du XXIième siècle, se dessine une nouvelle bipolarité entre, d'une part, les nationaux-identitaires, animés par une forte conscience historique, et, d'autre part, les Verts, soucieux de préserver le plus harmonieusement possible le cadre de vie de nos peuples. Cette bipolarisation est appelée à refouler graduellement dans la marginalité les anciennes polarisations entre partisans du laissez-faire libéral et par­tisans de l'Etat-Providence. C'est en tout cas ce qu'observe un professeur américain, Peter Drucker (1), dont la voix exprime des positions quasi officielles. Toutes les formes de libéralisme, malgré le sursaut tapageur des années Reagan, sont appelées à disparaître en ne laissant que les traces de leurs ravages mo­raux et sociaux; en effet, les impératifs de l'heure sont des impératifs globaux de préservation: préserver une conscience historique et préserver un cadre de vie concret contre les fantasmes de la «table rase» et contre le messianisme qui promet, avec un sourire vulgairement commercial, des lendemains qui chantent. Ces impératifs exigent des mobilisations collectives; dès lors, beaucoup de réflexes ne seront plus de mise, notamment l'engouement dissolvant pour l'individualisme méthodologique, propre du libéralisme, avec sa sainte horreur des obligations collectives structurantes qui, elles, parient sur le très long terme et ne veulent pas se laisser distraire par les séductions de l'instant (le «présentisme» des sociologues).

    Le libéralisme politique et économique a engendré la mentalité marchande. C'est un fait. Même si d'aucuns, dans des clubs agités par une hayekite aigüe, croient pouvoir prouver que les choses auraient pu tourner autrement. On connaît le bon mot: avec des "si", on met Paris en bouteille. L'histoire est là qui montre l'involution lente mais sûre du libéralisme théorique d'Adam Smith à la déliquescence sociale to­tale que l'on observe chez les hooligans de Manchester ou de Liverpool, chez les consommateurs de crack du Bronx ou dans la déchéance ensoleillée et sidaïque de San Francisco. Le fantasme libéral de la perfecti­bilité infinie (2), qu'on lira à l'état pur chez un Condorcet, a induit les peuples à foncer bille en tête vers les promesses les plus fumeuses, dans une quête forcenée de plaisirs éphémères, de petits paradis d'inaction et de démobilisation. La jouissance hédoniste de l'instant est ainsi devenue le telos (le but) des masses, tandis que les gagneurs, plus puritains, tablaient sur la rentabilité immédiate de leurs investis­se­ments. Jouissance et rentabilité immédiates impliquent deux victimes: l'histoire (le temps), qui est ou­bliée et refoulée, et l'environnement (l'espace), qui est négligé et saccagé, alors que ce sont deux catégories incontournables dans toute société solidement assise, deux catégories qui résistent pied à pied aux fan­tasmes du «tout est possible - tout est permis» et qu'il sera toujours impossible de faire disparaître tota­lement.

    Ce résultat navrant du libéralisme pratique, de cette vision du monde mécanique (qui a le simplisme ex­trême des mécaniques) et de ces suppléments d'âme moralisants (participant d'une morale auto-justifica­trice, d'une morale-masque qui cache l'envie intempérante de tout avoir et tout maîtriser), nous force à adopter

    1) une philosophie qui tienne compte du long terme, tout en préservant

    a) les ressources de la mémoire historique, laquelle est un réceptacle de réponses acquises et con­crètes aux défis du monde, et

    b) les potentialités de l'environnement, portion d'espace à maintenir en bon état de fonctionne­ment pour les générations futures;

    2) une pratique politique qui exclut les discours moralisants et manipulateurs, discours gratuits et a for­tiori désincarnés, blabla phatique qui distrait et endort les énergies vitales.

    Enfin, l'état du monde actuel et la bipolarisation en train de s'installer nous obligent à déployer une stra­tégie précise qui empêchera 1) les rescapés du bourgeoisisme libéral d'investir le camp des «identitaires historicisés» et 2) les rescapés de l'égalitarisme caricatural des vieilles gauches, vectrices de ressentiments, d'investir le camp des «identitaires éco-conscients». Cette stratégie peut paraître présomptueuse: com­ment, concrètement, réaliser un double travail de ce type et, surtout, comment affermir une stratégie en apparence aussi détachée des combats quotidiens, aussi régalienne parce que non partisane et non mani­chéenne, aussi réconciliatrice de contraires apparemment irréconciliables? Les traditions gramsciennes et la métapolitique nous ont enseigné une chose: ne pas craindre les théories (surtout celles qui visent la coin­cidentia oppositorum), être attentif aux mouvements d'idées, même les plus anodins, être patient et garder à l'esprit qu'une idée nouvelle peut mettre dix, vingt, trente ans ou plus pour trouver une traduction dans la vie quotidienne. Organiser une phalange inflexible d'individus hyper-conscients, c'est la seule recette pour pouvoir offrir à son peuple, pour le long terme, un corpus cohérent qui servira de base à un droit nouveau et une constitution nouvelle, débarrassée des scories d'un passé récent (250 ans), où se sont mul­tipliés fantasmes et anomalies.

    Une société de pensée a pour mission d'explorer minutieusement bibliothèques et corpus doctrinaux, œuvres des philosophes et des sociologues, enquêtes des historiens, pour forger, en bout de course, une idéologie cohérente, souple, prête à être comprise par de larges strates de la population et à s'inscrire dans la pratique politique quotidienne. Les idéologies qui nous ont dominés et nous dominent encore dérivent toutes d'une matrice idéologique mécaniciste, idéaliste, moralisante. Le libéralisme dérive des philoso­phies mécanicistes du XVIIIième siècle et de l'idéalisme moralisant et hédoniste des utilitaristes anglais. Ce bricolage idéologique libéral ne laissait aucune place à l'exploration féconde du passé: dans sa métho­dologie, aucune place n'était laissée au comparatisme historicisant, soit à la volonté de se référer à la geste passée de son peuple pour apprendre à faire face aux défis du présent, à la mémoire en tant que ciment des communautés (où, dans une synergie holiste, éléments économiques, psychologiques et historiques s'imbriquent étroitement), si bien qu'un Jacques Bude (3) a pu démontrer que le libéralisme était un obscu­rantisme, hostile à toute investigation sociologique, à toute investigation des agrégats sociaux (considérés comme des préjugés sans valeur).

    Par ailleurs, la philosophie linéaire de l'histoire que s'est annexée le libéralisme dans sa volonté de parfaire infiniment l'homme et la société, a conduit à une exploitation illimitée et irréfléchie des ressources de la planète. Pratique qui nous a conduit au seuil des catastrophes que l'on énumerera facilement: pollution de la Sibérie et de la Mer du Nord, désertification croissante des régions méditerranéennes, ravage de la forêt amazonienne, développement anarchique des grandes villes, non recyclage des déchets industriels, etc.

    Le marxisme a été un socialisme non enraciné, fondé sur les méthodes de calcul d'une école libérale, l'école anglaise des Malthus et Ricardo. Il n'a pas davantage que le libéralisme exploré les réflexes hérités des peuples ni mis des limites à l'exploitation quantitative des ressources du globe. En bout de course, c'est la faillite des pratiques mécanicistes de gauche et de droite que l'on constate aujourd'hui, avec, pour plus bel exemple, les catastrophes écologiques des pays naguère soumis à la rude férule du «socialisme réel». A ce mécanicisme global, qui n'est plus philosophiquement défendable depuis près d'un siècle, se substituera progressivement un organicisme global. Les pratiques politico-juridiques, l'idéologie domi­nante des établissements, notamment en France et en Belgique, sont demeurées ancrées solidement dans le terreau mécaniciste. L'alternative suggérée par le mouvement flamand, appuyée par les sociologues de la Politieke Akademie créée par Victor Leemans à Louvain dans les années 30 (4), a été soit éradiquée par l'épuration de 1944-51 soit récupérée et anémiée par la démocratie-chrétienne soit refoulée par une in­quisition têtue qui ne désarme toujours pas. Or cette alternative, et toute autre alternative viable, doit se déployer au départ d'une conscience solidissime de ses assises. Ces assises, quelles sont-elles? Question qu'il est légitime de poser si l'on veut prendre conscience de la généalogie de nos positions actuelles, tout comme les néo-libéraux avaient exhumé Adam Smith, Mandeville, Condorcet, Paine, Constant, etc. (5), au moment où ils se plaçaient sous les feux de la rampe, avec la complaisance béotienne de la médiacratie de droite. L'archéologie de notre pensée, qui conjugue conscience historique et conscience écologique, a ses propres chantiers:

    1) Les textes de la fin du XVIIIième siècle, où on lit pour la première fois des réticences à l'endroit de la mécanicisation/détemporalisation du monde, portée par des Etats absolutistes/modernistes, conçus comme des machines entretenues par des horlogers (6). L'idéologie révolutionnaire reprendra à son compte le mé­canicisme philosophico-politique des absolutismes. L'hystérie des massacres révolutionnaires, perçue comme résultat négatif du mécanicisme idéologique, induit les philosophes à re-temporaliser et re-vitaliser leur vision du politique et de l'Etat. Dans sa Critique de la faculté de juger (1790), Kant, auparavant expo­sant des Lumières, opère une volte-face radicale: les communautés politiques ne sont pas des systèmes d'engrenages plus ou moins complexes, mais des Naturprodukte (des produits de nature) animés et mus par une force intérieure, difficilement cernable par la raison. Le poète Schiller prendra le relais du Philosophe de Königsberg, popularisant cette nouvelle attention pour les faits de monde organiques. Dans ce Kant tardif, l'organicisme que nous défendons prend son envol. Intellectuellement, certains libéraux, cosmopolites et universalistes qui battent l'estrade du petit monde parisien depuis quelques années, se re­vendiquent d'un Kant d'avant 1790; le philosophe de Königsberg s'était pourtant bien rendu compte de l'impasse du mécanicisme désincarné... Remarquons, par ailleurs, qu'un Konrad Lorenz a puisé énormé­ment de ses intuitions dans l'œuvre de Kant; or, ne l'oublions pas, il pourfend simultanément deux maux de notre temps, a) l'égalitarisme, stérilisateur des virtualités innombrables et «différenciantes» des hommes, et b) le quantitativisme, destructeur de l'écosystème. Notre axe philosophique part de la volte-face de Kant pour aboutir aux critiques organicistes très actuelles et pionnières de Konrad Lorenz et, de­puis son décès, de l'épistémologie biologique de ses successeurs (Rupert Riedl, Franz Wuketits). De cette façon, nous formulons une double réponse aux défis de notre fin de siècle: 1) la nécessité de replonger dans l'histoire concrète et charnelle de nos peuples, pour ré-orienter les masses distraites par l'hédonisme et le narcissisme de la société de consommation, et 2) la nécessité de prendre les mesures qui s'imposent pour sauvegarder l'environnement, soit la Terre, la Matrice tellurique des romantiques et des écolos...

    2) La révolution épistémologique du romantisme constitue, pour nous, la carrière immense et féconde, où nous puisons les innombrables facettes de nos démarches, tant dans la perspective identitaire/nationale que dans la perspective éco-consciente. C'est un ancien professeur à la faculté des Lettres de Strasbourg, Georges Gusdorf (7), qui, dans son œuvre colossale, a dévoilé au public francophone les virtualités mul­tiples du romantisme scientifique. Pour lui, le romantisme, dans sa version allemande, est mobilisateur des énergies populaires, tandis que le romantisme français est démobilisateur, individuo-subjectif et nar­cissique, comme l'avaient remarqué Maurras, Lasserre et Carl Schmitt. En Allemagne, le romantisme dé­gage une vision de l'homme, où celui-ci est nécessairement incarné dans un peuple et dans une terre, vi­sion qu'il baptise, à la suite de Carus (8), anthropocosmomorphisme. Gusdorf souligne l'importance capi­tale du Totalorganizismus de Steffens, Carus, Ritter et Oken. L'homme y est imbriqué dans le cosmos et il s'agit de restaurer sa sensibilité cosmique, oblitérée par l'intellectualisme stérile du XVIIIième. Nos corps sont des membres de la Terre. Ils sont indissociables de celle-ci. Or, comme il y a priorité ontolo­gique du tout sur les parties, la Terre, en tant que socle et matrice, doit recevoir notre respect. Philosophie et biosophie (le mot est du philosophe suisse Troxler) se confondent. Le retour de la pensée à cet anthro­pocosmomorphisme, à ce nouveau plongeon dans un essentiel concret et tellurique, doit s'accompagner d'une révolution métapolitique et d'une offensive politique qui épurera le droit et les pratiques juridiques, politiques et administratives de toutes les scories stérilisantes qu'ont laissées derrière elles les idéologies schématiques du mécanicisme du XVIIIième.

    3) Dans le sillage de la révolution conservatrice, le frère d'Ernst Jünger, Friedrich Georg Jünger (1898-1977), publie Die Perfektion der Technik  (1939-1946), une sévère critique des mécanicismes de la philo­sophie occidentale depuis Descartes. En 1970, il fonde avec Max Himmelheber la revue Scheidewege qui paraîtra jusqu'en 1982. Cette œuvre constitue, elle aussi, un arsenal considérable pour critiquer le fan­tasme occidental du progrès infini et linéaire et dénoncer ses retombées concrètes, de plus en plus percep­tibles en cette fin de siècle.

    4) Enfin, dans les philosophies post-modernes, critiques à l'égard des «grands récits» de la modernité idéo­logique, le fantasme d'un monde meilleur au bout de l'histoire ou d'une perfectibilité infinie est définiti­vement rayé de l'ordre du jour (9).

    Dans la sphère métapolitique, qui n'est pas «sur orbite» mais constitue l'anti-chambre de la politique, la tâche qui attend cette phalange inflexible des militants hyper-conscients, dont je viens de parler, est d'explorer systématiquement les quatre corpus énumérés ci-dessus, afin de glâner des arguments contre toutes les positions passéistes qui risqueraient de s'infiltrer dans les deux nouveaux camps politiques en formation. Traquer les reliquats de libéralisme et les schématisations d'un intégrisme religieux stupide­ment agressif  —qui relève davantage de la psychiatrie que de la politique—  traquer les idéologèmes dé­sincarnants qui affaiblissent en ultime instance le mouvement écologique, traquer l'infiltration des réflexes dérivés de la vulgate jusqu'ici dominante: voilà les tâches à parfaire, voilà des tâches qui exigent une atten­tion et une mobilisation constantes. Mais elles ne pourront être parfaites, que si l'on a réellement intério­risé une autre vision du monde, si l'on est intellectuellement armé pour être les premiers de demain.

    Robert Steuckers, Bruxelles, 15 août 1990.  

    http://vouloir.hautetfort.com/archive/2015/10/01/quelle-philosophie-politique-de-l-ecologie-5693189.html#more

  • Comment définir la nation française ?

    Il faut éternellement redire les choses et l’on a parfois l’impression que les récents débats sur la définition de la nation, débats réactivés par les déclarations de l’ancienne ministre sarkoziste Nadine Morano il y a quelques jours, nécessite une fois de plus un énième rappel, non seulement à l’ordre mais à l’Ordre avec un grand O et, surtout, au sens des mots. J’entends un ami murmurer : « un siècle de définitions et de précisions sémantiques et politiques depuis Barrès et Maurras n’ont pas suffi », et il n’a pas vraiment tort. Alors, reprenons par là, par les définitions !

    Lorsque Jacques Bainville, monarchiste subtil bon connaisseur de notre histoire et de celle de nos voisins européens, écrit : « Le peuple français est un composé. C’est mieux qu’une race. C’est une nation », il répond à tous ceux qui veulent réduire la nation française (et je parle bien de la France et non d’un autre pays) à une seule dimension, au rebours de son histoire depuis la naissance de l’Etat capétien, aux alentours de l’an Mil. Le terme « composé » a trop souvent été oublié, au profit de la dénégation de la définition raciale de la nation par Bainville, certes majeure elle aussi : pourtant, ce mot est particulièrement important dans la définition de la nation française.

    En fait, Bainville rappelle par ce simple mot que la France a été construite par l’Etat par une suite de rajouts, d’incorporations à l’ensemble initial, à ce domaine royal qui ne comptait, à l’origine, que quelques terres autour de Paris, de Mantes ou de Montreuil, pour, à la veille de la Révolution française, rassembler des populations, des peuples, de la Bretagne à la Provence, de la Guyenne à l’Alsace. Quand le roi Louis XVI convoque les états-généraux, il s’adresse à « ses peuples », et le pluriel n’est pas anodin quand, dans le même temps, les futurs jacobins ne veulent entendre parler que d’un « peuple, un et indivisible » au nom d’une souveraineté nationale qui se veut, elle aussi, « unique ». De là, sans doute, un malentendu sur le sens même de la nation à laquelle, d’ailleurs, les républicains de l’époque mettent une majuscule…

    Or, il faut le redire, la nation française est plurielle, et elle s’est construite au pluriel, autour et par l’Etat central, fédérateur des provinces que certains nomment encore « nations » (à ne pas confondre avec « nationalités »), mais c’est la République qui, depuis ses origines, a tenté de nier et de gommer les particularités françaises, par exemple en interdisant l’usage des langues régionales à l’école publique : « Défense de cracher par terre et de parler breton », mais aussi « flamand, basque, corse, provençal »… La volonté d’uniformité de la République a souvent conduit à nier la réalité des diversités françaises, et, plus grave encore, à « formater » des générations d’écoliers au lieu de les former : l’œuvre scolaire de Jules Ferry répond aussi au « devoir », selon lui, « des races supérieures de civiliser les races inférieures » qu’il évoque dans son discours du 28 juillet 1885 devant les députés, un « devoir » appliqué dans les colonies aussi bien qu’en métropole aux enfants des campagnes, ces dernières étant qualifiées de « cambrousse », terme éminemment colonial. La conception ferryiste de la nation ne se retrouve-elle pas dans celle de madame Morano, en définitive ? Il faudrait au moins en discuter, ce que ne font pas les médias et les politiques, préférant la chasse à courre plutôt que la discussion contradictoire.

    Selon Bainville, la nation n’est pas cette uniformité voulue par l’abbé Grégoire et ses successeurs de la IIIe République, mais plutôt ce « composé » qui n’empêche pas la France d’exister mais, au contraire, la fait vivre par mille racines, celles-ci se rejoignant en un tronc commun mais se déployant en de multiples branches dans toutes les directions. Au-delà même de la représentation classique de la nation en arbre séculaire, je verrai plutôt, ou plus encore, la France sous la forme d’un jardin qui, dans son unité, conjugue les fleurs en de multiples compositions, ce qui en fait à la fois l’équilibre et la beauté…

    (à suivre)

    http://nouvelle-chouannerie.com/index.php?option=com_content&view=article&id=1263:comment-definir-la-nation-francaise-partie-1&catid=49:2015&Itemid=60

  • Samedi 10 octobre, manifestation nationale contre le Collège 2016

    Une grande manifestation qui rassemblera parents et professeurs contre la destruction du collège par NVB. Rendez-vous 13h30 à Port-Royal, pour aller ensuite vers le Ministère de l'Education nationale.

    De bonnes raisons d'aller manifester, par Madeleine Bazin de Jessey.

     

    Marie Bethanie

  • La revue "Réfléchir et Agir" sera présente, dimanche prochain 11 octobre, à la 9e Journée de Synthèse nationale à Rungis

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  • Les analyses prophétiques de Maurice Allais, prix Nobel économiquement incorrect

    Maurice Allais est le seul prix Nobel français d’économie. Il a obtenu son titre en 1988, seul et sans partage pour : « ses contributions à la théorie des marchés et à l’utilisation efficace des ressources ».
    En 1999, Maurice Allais a publié une série d’études prophétiques. Il y montrait les dangers du « laisser-fairisme » et de la dérégulation financière mondiale. Il y soulignait les dangers que le libre-échangisme mondialisé faisait courir à l’équilibre des balances commerciales et au niveau de l’emploi dans les pays développés. Maurice Allais pointait aussi les risques d’une crise financière majeure.
    Loin d’avoir suscité une légitime curiosité, les propos hétérodoxes de Maurice Allais lui ont valu d’être ostracisés par les grands médias, relais fidèles de la superclasse mondiale (SCM).
    « La généalogie de la superclasse mondiale » :
    La crise de 2008 n’a même pas conduit les grands journaux à l’interroger : ils ont préféré continuer à s’adresser aux « experts » qui s’étaient trompés sur les faits…mais non sur les intérêts qu’ils servaient.
    Pourtant la combativité des amis de Maurice Allais, regroupés dans l’AIRAMA (1), n’a pas été sans résultat : Pierre-Antoine Delhommais a brisé le silence dans Le Monde et Marianne  a ouvert une tribune à Maurice Allais sur « le protectionnisme raisonné et raisonnable. »
    Polémia donne ici accès à ses lecteurs à un article, paru dans France-Forum, sous la signature du démographe et économiste Philippe Bourcier de Courbon ; le président des amis de Maurice Allais s’y livre à une brillante synthèse de la pensée du prix Nobel sur l’emploi et le système bancaire et financier : « De quelques calamités sociales entraînées par la "chienlit laisserfairiste" et la crise financière mondiale actuelles selon les analyses prophétiques de Maurice Allais »
    En toute dernière minute, nous apprenons que Maurice Allais, 98 ans, seul lauréat français du prix Nobel d'économie, est élevé à la dignité de Grand'croix de la Légion d'honneur, selon la promotion du Nouvel an publiée vendredi 1er janvier, au Journal officiel.
    Polémia, 02/01/2010
    (1) Association internationale pour la reconnaissance des apports de Maurice Allais en physique et en économie

    http://archives.polemia.com/article.php?id=2621

  • Intervention de Marie-Rachele Ruiu (LMPT Italia) à la 3è Université d'été de La Manif Pour Tous

  • « Robert E. Lee » d’Alain Sanders

     Le 9 avril 1865, voici cent cinquante ans, Robert Edward Lee, nommé quelques mois plus tôt général en chef des armées confédérées épuisées (en hommes comme en munitions) et exsangues après les défaites de Fort Stedman puis de Petersburg, signait leur reddition à Appomatox. Le début d’une très longue nuit pour le Dixie (*).

    Une nuit dont il n’est toujours pas sorti comme le prouve le récent bannissement, dans plusieurs Etats du Sud où il flottait encore, de son drapeau présenté comme le « sinistre symbole de l’esclavage et du suprématisme blanc ».


    Un gentilhomme de Virginie

    Auteur notamment de L’Amérique que j’aime : Un dictionnaire sentimental du Nouveau Monde (Éditions de Paris, 2004) et de L’Amérique au cœur, au cœur de l’Amérique (Atelier Fol’Fer, 2010), Alain Sanders peut être considéré comme l’anti-Martin Peltier dont nous commentions récemment les 20 raisons d’être anti-américain(1). Mais il a aussi écrit La Désinformation autour de la guerre de Sécession (Atelier Fol’Fer, 2012) et le portrait qu’il publie aujourd’hui du général Lee complète et en partie explique l’essai ravageur de Martin Peltier. Rien de plus étranger en effet à l’Amérique de Lehman Brothers et des Bush père et fils, de Michael (dit Martin Luther) King et des Clinton, de l’Anti-Defamation League et de l’apatride Obama que Robert E. Lee : un « gentleman de Virginie » appartenant à la très aristocratique Eglise épiscopalienne, branche américaine de l’anglicanisme qui ne 2 Lee Sandersreniait rien de ses ancêtres arrivés sous les Stuarts ni de ses racines profondément européennes. Un gentilhomme, écrit son biographe, « dans la lignée des Cavaliers de Charles 1er opposés aux Têtes rondes du dictateur Cromwell ».

    Deux sociétés inconciliables

    Un antagonisme séculaire, autant idéologique qu’épidermique, culminera pendant la guerre de Sécession que les Américains nomment Civil War, expression qui exprime mieux son incroyable sauvagerie — essentiellement du côté yankee, bien décidé à vitrifier et à éradiquer l’adversaire et sa Weltanschauung. Comme le notait Dominique Venner dans l’un de ses plus beaux livres, Le Blanc Soleil des vaincus (La Table ronde, 1975), « cette guerre n’a pas seulement opposé deux nations mais deux sociétés, deux conceptions du monde inconciliables ». Pour que triomphe la société marchande et cosmopolite du Nord, poursuit Venner, était primordiale « la disparition de la société du Sud, de son bonheur serein et de son élégante beauté », trop européenne, voire Ancien Régime.

    Déjà, une guerre du XXè siècle

    Dans des chapitres clairs, Alain Sanders expose la genèse du conflit qui est en fait une tentative d’invasion et d’asservissement sous le prétexte de l’abolition d’un esclavage d’ailleurs déjà moribond et auquel Lee était personnellement opposé. Après les victoires initiales – Fort Sumter, Cheat Mountain, First Manassas, Fredriksburg, Chancellorsville…) – d’un Sud qui avait donné à la jeune République des Etats-Unis l’essentiel de son encadrement militaire, l’armée confédérée, affamée et privée de tout n’est plus qu’une « armée de gueux » comme le constate Lee avec désespoir. A partir de Gettysburg (juillet 1863), c’est donc la contre-offensive du Nord, fort d’un réservoir humain incommensurablement supérieur, de ressources financières illimitées… et de généraux comme Grant et Sherman n’hésitant pas à massacrer les populations civiles ennemies ou à les prendre en otages. Préfiguration de ce qui se généralisera au siècle suivant.

    Qu’écrit en effet le général nordiste (et futur président des Etats-Unis) Ulysses Grant le 11 avril 1863 en évoquant la nécessité de « la mise du Sud sous le joug » ? « C’est notre devoir d’affaiblir l’ennemi en détruisant sous ses moyens de subsistance, en le privant de tous les moyens de cultiver ses champs. » Et Sherman, qui estime que « le gouvernement des Etats a absolument tous les droits […], droit de prendre leurs vies, leurs maisons et leurs terres, absolument tout », de surenchérir le 21 juin 1864 : « Il y a toute une classe de Sudistes, hommes, femmes, enfants, qui doivent être tués et déportés avant que l’on puisse espérer rétablir l’ordre et la paix. » Programme auquel le secrétaire à la Guerre Stanton donne par retour de courrier « toute [s]on approbation », cependant qu’un officier nordiste se vante d’avoir « brûlé tout ce qu’il a trouvé » en territoire sudiste, « jusqu’au moindre grain de maïs ».

    « Formater une Amérique homogène »

    Sanders a raison de se référer à ce propos à la « barbarie des Têtes rondes de Cromwell » nourries d’une lecture littérale de l’Ancien Testament, où les Hébreux exterminent sans états d’âme les Cananéens et autres peuples dont ils guignent le territoire. Mais s’y ajoute, et l’on rejoint là Martin Peltier, la « bonne conscience » qui fait des Américains du Nord un autre peuple élu et de leur pays l’Empire du Bien, tout désigné pour rééduquer les autres. Un projet mis en œuvre dès 1862 quand à la Nouvelle-Orléans, relate Sanders, « le général Butler (alias “La Bête”) s’appliqua à détruire systématiquement le système éducatif local pour lui substituer un modèle nordiste » avec des enseignants importés du Nord et l’autodafé des ouvrages scolaires sudistes. L’entreprise de lobotomisation donna évidemment toute sa mesure après la défaite confédérée, pendant la période atroce appelée par antiphrase la Reconstruction et que Sanders traite dans un chapitre poignant intitulé « Le Sud à genoux ».

    La Civil War ayant été d’abord selon ses vainqueurs « la guerre de l’éducation et du patriotisme contre l’ignorance et la barbarie », un décret fut pris en 1870 visant à « éradiquer l’éducation catholique et religieuse pour formater une Amérique homogène à partir du modèle évangélique de Nouvelle-Angleterre » – elle-même « formatée » par les Puritains fanatiques ayant fui la trop « Merry England ».

    Ruiné, malade, désespéré, Robert Lee accepta après la défaite de diriger le Washington College, lui qui avait été le directeur de West Point. Il mourut en 1870. Il faudra attendre plus d’un siècle pour que le maudit – auquel nul n’avait pu imputer le moindre crime de guerre, certains chefs nordistes ayant même salué son humanité envers leurs soldats faits prisonniers –soit enfin restauré en 1975 dans l’ensemble de ses droits ainsi que dans sa citoyenneté américaine.

    Camille GALIC, 2/10/2015

    Alain Sanders : Robert E. Lee, éditions Pardès, septembre 2015, collection « Qui suis-je ? », 128 pages richement illustrées avec Chronologie, Annexes et, hélas, l’inévitable « étude astrologique » clôturant chaque volume de la collection, qu’elle décrébilise.

    Notes :

    (* de la rédaction) Le Dixie flag est une appellation courante du drapeau confédéré.
    (1 de l’auteur) 20 raisons d’être anti-américain de Martin Peltier

    http://www.polemia.com/robert-e-lee-dalain-sanders/

  • Léon Daudet : Le passé ressuscité

    Les Souvenirs littéraires de Léon Daudet viennent d'être réédités dans la collection des Cahiers rouges. Une anthologie consacrée au journalisme et à la littérature, mais qui recèle aussi des souvenirs médicaux et politiques.

    Les éditions Grasset viennent de rééditer les Souvenirs littéraires de Léon Daudet autrefois publiés dans Le Livre de poche, un choix de textes opéré par Kléber Haedens dans les neuf volumes de souvenirs de l'écrivain, du polémiste, du directeur de L'Action Française. Choisis avec goût, habileté et discernement, les textes de cette anthologie donnent une bonne idée du talent et du caractère de Daudet. On y trouve des pages se rapportant au journalisme et à la littérature, d'où le titre, mais aussi des souvenirs médicaux et politiques.

    De Hugo à Dreyfus

    Fantômes et Vivants couvre la période qui va de 1880 à 1890. Il faut lire la description des funérailles de Victor Hugo, montagne de vanité dérisoire comme toutes les cérémonies mortuaires dénuées de dimension spirituelle. Daudet, en un mot, écrase le Panthéon : « C'est ici la chambre de débarras de l'immortalité républicaine et révolutionnaire. »

    Devant la douleur évoque les études médicales que Daudet mènera presque à leur terme, et la maladie qui emporta son père. Nous voyons Potain, grand professeur dont la fréquentation quotidienne de la misère humaine n'avait pas émoussé la sensibilité : le voici qui glisse un billet dans la poche d'un convalescent nécessiteux ou qui continue de soigner de ses propres mains un patient dont l'anévrisme va éclater : « Et voici le maître qui serre avec amour, contre son épaule trempée de sang, la pauvre tête épouvantée et oscillante, lui fait ainsi franchir le grand passage. »

    L'Entre-deux-guerres va de 1890 à 1904 ; Daudet y parle du Figaro, de Barrès, de la Revue des deux Mondes, institution bien pensante s'il en fut. Nous pouvons y admirer le magnifique portrait d'un libéral, de l'éternel libéral, le duc d'Haussonville : « La démocratie lui semble un flot irrésistible et il s'y baigne en souriant, avec un caleçon d'ancien régime. Il me représente le conservateur type, qui croit que le révolutionnaire a raison, qui porte en épingle de cravate une fidélité de bon ton et meurt du désir d'un portefeuille dans un cabinet radical. »

    Dans Salons et Journaux nous pénétrons chez la merveilleuse comtesse de Loynes qui réunit, autour de Jules Lemaître, une brillante société d'écrivains, d'artistes et de journalistes. Après avoir inspiré en grande partie la fondation de la Ligue de la Patrie française, Mme de Loynes participera au lancement de l'AF par un don de 100 000 francs-or. Au temps de Judas nous transporte dans l'affaire Dreyfus, dans les luttes de la Ligue de la Patrie française, dans l'affaire Syveton, député nationaliste qui avait giflé publiquement le général André, ministre de la Guerre, responsable de l'ignoble affaire des fiches, en lien, semble-t-il, avec la franc-maçonnerie qui voulait freiner la carrière des officiers suspects d'être réactionnaires. Syveton fut "suicidé" la veille de son procès.

    De Paris à Bruxelles

    Vers le roi parle de l'académie Goncourt et de l'Action française. Il trace un portrait saisissant de Maurras, physique, moral et intellectuel à la fois : « Le bruit s'est répandu que derrière les politiciens, et au-dessus d'eux, il y avait, en France, un grand politique, mais entêté – croyait-on alors – dans une conception surannée du pouvoir royal, jugée irréalisable. Or ceux qui se mettaient à l'école de Maurras commençaient par goûter la joie incomparable de comprendre... Or, personne n'a le droit, quand il a une fois entrevu la vérité, religieuse ou politique, de s'y soustraire, sous le fallacieux prétexte qu'il est difficile de l'obtenir. »

    La Pluie de sang consacrée à la Grande Guerre, nous montre Daudet déposant devant la Haute Cour de Justice et contribuant à mettre hors d'état de nuire ceux qui voulaient livrer la France à Guillaume II sous le prétexte mensonger du pacifisme. Député de Paris, publié en 1933, évoque les années parlementaires de Léon Daudet. Nous nous permettons de renvoyer le lecteur à notre article consacré à ce livre, paru dans L'AF 2000 le 1er octobre 2009. Il s'agit du plus bel antidote aux tentations du parlementarisme.

    Un grand mémorialiste

    Vingt-neuf mois d'exil, enfin, nous montre la famille Daudet réfugiée en Belgique parce que Léon avait été condamné pour « crime de paternité » à la suite du louche assassinat de son fils Philippe. Tout  le monde connaît l'évasion rocambolesque de la Santé. Finalement, en 1929, une partie de la presse française et la majorité de la presse francophone, belge et suisse, s'exprima en faveur de Daudet – tel était le rayonnement de l'écrivain et de l'Action française – et une amnistie lui permit de rentrer en France, chez lui.

    Ces souvenirs sont extraordinaires.

    Léon Daudet possède, outre son talent de polémiste, un don d'évocation du passé qui le place au premier rang des mémorialistes. Avec ce visionnaire, grand artiste et homme de coeur, nous entrons dans une véritable résurrection du passé. Que ceux qui ne possèdent pas les oeuvres de Daudet dans leur bibliothèque se hâtent d'acquérir ce volume : leur culture d'AF s'enrichira, et leur culture tout court, littéraire, politique, et humaine.

    Gérard Baudin L’ACTION FRANÇAISE 2000  du 3 au 16 décembre 2009

     

    * Éditions Grasset, Les cahiers rouges, 570 pages, 13,80 euros.