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culture et histoire - Page 1300

  • Anthropologie politique. Une société anti-humaine. L'enracinement territorial

    Tout homme a des racines territoriales, en ce sens qu'il s'identifie à un territoire qui fait partie de son patrimoine moral. Il connaît les lieux de ce territoire, il est attaché à sa physionomie, son histoire et les personnes qui y habitent.

    Le déracinement n'est pas d'aujourd'hui et on a connu, depuis l'Antiquité, des migrations plus ou moins importantes, suivies d'un ré-enracinement, c'est-à-dire de l'appropriation d'un nouveau territoire par les déracinés qui ont donc fait muter leur identité en adoptant une nouvelle terre. Cette terre, avec le temps, pouvait devenir une patrie, c'est-à-dire la terre des pères. Ainsi, les Celtes quittant l'Europe orientale et l'Asie centrale pour l'Europe de l'Ouest se sont-ils déracinés pour s'installer dans des espaces nouveaux dont ils firent leur patrie. Ils les façonnèrent, mais aussi leur culture évolua selon les lieux. C'est pourquoi les Celtes ne sont pas les mêmes selon qu'ils aient vécu en Gaule, sur l'île de Bretagne, en Hispanie ou en Italie du Nord. Les hommes présents avant eux sur ces lieux et les particularités géographiques de leurs nouveaux États ont contribué à les façonner, autant qu'ils les façonnèrent.

    Un phénomène comparable, mais de plus grande ampleur, peut être observé avec la construction des Etats-Unis au XIXe siècle, État né très largement des migrations venues de toute l'Europe, en somme de déracinés qui se sont approprié la terre américaine et en sont devenus les patriotes.

    L'enracinement n'est pas réduit à l'image du clocher et des pâturages. On peut parler, en France ou en Belgique, de ré-enracinement pour les ouvriers du XIXe siècle qui, déracinés de leurs campagnes, jetés dans l'univers déshumanisé des centres industriels, se les sont appropriés, les ont justement humanisés en leur donnant une identité. Il y a, dans ces centres ou anciens centres ouvriers, encore aujourd'hui, une architecture, une culture spécifiques, fruit de la vie de ces hommes pour lesquels ces lieux sont devenus la patrie, la terre des pères.

    L'enracinement est une donnée de nature, en ce sens que l'on naît forcément quelque part et que l'on vit, soit dans ce lieu, soit dans un autre, avec le désir d'y faire souche. Si l'on veut quitter sa terre, ce n'est pas pour devenir un apatride, mais pour faire souche quelque part. En somme, on se sent toujours d'un lieu, ou l'on aspire à se sentir d'un lieu, en somme à avoir une pierre ou reposer notre tête… C'est pourquoi, outre le donné de nature, on peut dire que l'enracinement est un besoin vital. Il ne peut pas y avoir de communauté humaine solide sans la stabilisation du peuplement sur un territoire. Cette communauté ne s'exprime pas seulement par des rapports économiques, mais aussi par des échanges culturels, spirituels, amicaux ou matrimoniaux. Pour que ces échanges soient possibles il faut qu'il y ait, à un moment ou un autre cet enracinement qui façonne l'identité, c'est-à-dire qui contribue autant que ma famille, ma foi et mon métier à dire « qui je suis ».

    Aujourd'hui, en Europe et plus spécialement en France, il est permis de parler de déracinement perpétuel. Celui-ci est d'autant plus préoccupant. En effet, jusqu'au milieu du XXe siècle, les historiens ethnologues pouvaient écrire que les bassins de peuplement français et européens étaient demeurés sensiblement les mêmes depuis la préhistoire. Il n'y avait pas eu de bouleversement humain majeur malgré les invasions, les migrations ou les catastrophes demeurées marginales par rapport au total du peuple. Les hommes avaient changé mais ils étaient, majoritairement, toujours là où s'étaient installés leurs ancêtres dans la nuit des temps.

    Actuellement, la nécessité de quitter sa région ou son pays pour ses études ou pour sa carrière professionnelle entraîne un chamboulement de ces équilibres humains. La tendance s'est inversée et, du moins en France, les jeunes hommes ayant effectué toute leur vie sur un seul territoire sont devenus la minorité, tandis que les autres se sont déracinés pour leurs études ou leur métier. Ce ne serait pas bien grave dans les relations humaines si ce déracinement était suivi d'un ré-enracinement. Mais la multiplication des mouvements géographiques au cours de la vie rend plus difficile le ré-enracinement. En outre, souvent la nouvelle installation se fait dans un territoire déjà bâti et saturé de constructions correspondant à un patrimoine tout à fait étranger, comme les barres HLM où s'entassent des millions de pauvres, sans possibilité pour eux de s'approprier les lieux par la construction.

    Par ailleurs, l'affaiblissement de la structure familiale qui crée des bataillons d'orphelins sociaux, amoindrit encore plus les possibilités de ré-enracinement. En effet, il est plus difficile pour l'homme seul d'être identifié par ses semblables dans un territoire nouveau, et il lui est plus difficile d'y tisser ses liens sociaux. L'isolement social et familial diminue la capacité d'insertion territoriale et donc d'identification. L'orphelin, en somme, à l'échelle d'une région ou d'une ville, devient un apatride.

    Ce sentiment est encore renforcé par l'état actuel des lois de succession, où le partage équitable entre héritiers et le versement de droits à la puissance publique, rend souvent nécessaire la vente de la maison parentale, perçue comme la maison de l'enfance ou des ancêtres, sans qu'il y ait possibilité de racheter un bien dans le même lieu ou dans le voisinage, faute de réunir le capital suffisant à cause de l'éclatement du patrimoine hérité et de sa diminution par la fiscalité.

    On peut dire que tout est fait, dans notre monde, pour créer des générations entières d'apatrides déboussolés et donc d'autant plus fragiles devant l'oppression qu'ils ont moins de repères où se réfugier pour mieux résister.

    Comme pour la famille, ce mal frappe en premier lieu les populations socialement les plus fragilisées, car disposant du moins de ressources financières ou d'assise territoriale pour rester en un lieu sur plusieurs générations ou pour se l'approprier en cas de migration.

    Cet isolement territorial est doublé d'un isolement dans l'emploi.

    A suivre…

    Du même auteur :   Anthropologie politique. Une société anti humaine. La Famille

    http://www.vexilla-galliae.fr/points-de-vue/editoriaux/1573-anthropologie-politique-une-societe-anti-humaine-l-enracinement-territorial

  • Regard sur l'actu : La géopolitique pour les Nuls

    Le Nouveau Contexte Mondial pour les Nuls
    Dur, dur la géopolitique... C'est ce qu'on pourrait penser à la lumière des événements récents. Pour mémoire, on nous annonce depuis des années le début de la Troisième Guerre mondiale autour de la question iranienne. Pourtant, après plus d'un an et demi de pourparler entre l'Iran et le groupe 5+1 (Etats-Unis, Russie, Chine, France, Royaume-Uni et Allemagne), le dégel entre l'Oncle Sam et la Perse 2.0 a eu lieu, y compris sur le nucléaire, et ce malgré l'hostilité des Israéliens et d'une partie du Congrès des Etats-Unis. Cet accord, qui permettra entre autre le retour de General Motors en Iran, est un des éléments qui correspond à ce que Brzezinski et ses proches nomment sur Foreign Affairs « The New Global Context » (NGC), expression utilisée à Davos 2015 et qui désigne la nouvelle ère économique qui s'ouvre. Cette nouvelle ère est également une réalité géopolitique. Les Etats-Unis, sous l'administration Obama, ont mené une politique qui se révèle différente de celle de l'administration Bush au Moyen-Orient. Une partie non négligeable de l'opinion publique reste pourtant bloquée à la politique étrangère néo-conservatrice de Bush et au NWO (New World Order), c'est à dire à la situation en 1991 à la suite de la chute de l'URSS où les Etats-Unis étaient devenue une hyperpuissance. Cette politique hégémonique, renforcée par les velléités de Bush Jr à partir du 11 septembre 2001 est arrivée à son terme. Depuis 2011 cette parenthèse se referme et ce pour plusieurs raisons.
    Les Européens ont traité seuls le cas libyen (avec le désastre qu'on connaît) et ont été des acteurs majeurs des accords de Minsk dans le conflit ukrainien. De leur côté, les Etats-Unis ont revu leurs rapports avec Israël et sous traité aux Irakiens, puis aux Kurdes et aux Iraniens la lutte contre l'Etat Islamique. En 2012, les Etats-Unis ont lancé le « US « pivot » to East Asia », théorisé dès 2011 sur Foreign Policy(lire un article du Figaro). Il consiste à replacer les troupes et les forces vers l'Asie-Pacifique plutôt qu'au Moyen-Orient. Le Pacifique, l'océan qui borde la Chine, deuxième puissance économique et première puissance commerciale mondiale, mais aussi le Japon, Taïwan, les Philippines ou l'Australie est en effet un enjeu majeur pour les Etats-Unis, comme l'illustre le traité de libre-échange transpacifique. Les Etats-Unis se considèrent comme une puissance Pacifique. En revanche, les Yankees ont eu une politique très timide au Moyen-Orient. Obama sera le président qui n'aura pas mis les pieds en Israël lors de son premier mandat et qui aura permis le dégel avec l'Iran. Sur son propre continent, il aura mis fin à l'embargo avec Cuba, ce qui n'est pas vraiment anecdotique... Les Etats-Unis se perçoivent comme une puissance Pacifique et considèrent le Pacifique comme la clef du XXIeme siècle. La Russie, quant à elle, a renforcé sa politique en direction de l'Asie et du Moyen-Orient, et les BRICS se sont peu à peu renforcés même si leur puissance est relative et leur modèle économique peu enviable (voir  et ). Pour faire simple : la multipolarité coïncide à mon sens avec une réorientation des préoccupations « américaines » en direction du Pacifique. Les Etats-Unis lâchent donc du lest un peu partout pour contrer la Chine, leur principal rival.
    La « russophobie » pour les Nuls
    Certains comme Gabriele Adinolfi ont parlé de « nouveau Yalta » dans le cas ukrainien. Il est certain que la Russie de Poutine a réussi à s'octroyer une région complète (la Crimée) et à en rendre une autre ingérable pour Kiev : le Donbass. Si certains considèrent que Poutine a échoué en Ukraine, je fais partie de ceux qui pensent qu'il a plutôt réussi. Quel pays pourrait prétendre aujourd'hui ne pas respecter des accords internationaux sur les frontières sans que cela ne suscite de réaction militaire réelle ? Quant on voit de quoi est parti 14-18, on pourrait penser qu'une telle annexion aurait pu déclencher une déflagration mondiale à une autre époque. L'embargo sur la vodka pour les uns et sur le camembert pour les autres, c'est tout de même gentillet comme réaction. Le niveau d'hystérie que manifestent certains alors que les relations internationales entre puissances sont plutôt correctes, quoi que viriles, me laisse assez pantois... Les Russes font leur retour sur la scène internationale avec l'accord, pour ne pas dire l'assentiment, des Etats-Unis. Brzezinski, malgré sa ligne anti-Kremlin, préconise d'éviter les stratégies frontales avec les Russes et de les convaincre d'agir avec les Etats-Unis pour régler les différents problèmes, dont la grave crise syrienne. Moscou est donc parvenu à s'entendre avec la coalition étatsunienne pour éviter des incidents dans la lutte contre l'Etat islamique. Ces frappes russes, qui font tant rêver les poutinôlatres ont été possibles, ne leur en déplaise, que grâce au dégel avec l'Iran, et aux discussions avec Israël, la Turquie et l'Arabie-Saoudite. Sur ce dernier point Serguei Lavrov a déclaré lors d'une rencontre avec le ministre saoudien de la défense: « Nous travaillons avec l'Arabie saoudite sur la question syrienne depuis plusieurs années. Aujourd'hui, le président a confirmé que les buts que l'Arabie saoudite et la Russie poursuivent en Syrie coïncident ». Autant dire que personne ne semble vraiment réagir aux frappes russes, pas plus les Etats-Unis, qu'Israël et la Ligue arabe... Impressionnante « russophobie » ... Plus qu'un nouveau Yalta, qui correspondrait à un partage, je dirais que les événements actuels ne font que confirmer que la multipolarité proclamée constitue plutôt une phase de mutation du mondialisme.
    Ottomans et islamistes à nos portes : l'eurasisme pour les Nuls
    L'armée russe revient donc aux affaires en Syrie mais cela n'est pas une nouveauté. Elle est proche de l'Etat syrien et multiplie les contacts dans la région depuis plusieurs années. Récemment un événement a suscité des réactions contrastées : l'inauguration de la Mosquée de Moscou par Poutine, accompagné du président turc Erdogan et du président de l'autorité palestinienne, Mahmoud Abbas. La mouvance nationale, pourtant si prompte à bouffer du Turc lorsqu'il s'agit de se rappeler de Lépante ou de s'indigner du meeting d'Erdogan à Strasbourg est resté très mesurée sur la présence d'Erdogan à Moscou. Comme si s'adjoindre le soutien du président turc, dont les prétentions ottomanes sont évidentes, était anecdotique lorsqu'on s'adresse aux musulmans de son pays. A ma connaissance, seul Julien Langella, dans une tribune que je considère courageuse, est monté au créneau sur ce sujet. Aymeric Chauprade, dont on connaît les sympathies pour la Russie poutinienne, fut prompt à s'indigner pour Strasbourg, où Erdogan proclamait en filigrane qu'il fallait une cinquième colonne turque dans notre Parlement, autant qu'il fut muet sur la Mosquée de Moscou. Poutine a pourtant déclaré à cette occasion que « La Russie est un pays multiconfessionnel dans lequel, je tiens à le souligner, l’islam est une des religions traditionnelles ». Récemment Novorossia.today se faisait le relais d'un article d'un certain Alexandre Artamonov, de Rossia Segodnia, nouveau pôle média officiel de la Russie pour l'international. Celui-ci déclare : « Donc il faut que la Russie renoue avec ses origines et se reconnaît un pays multiethnique et multiconfessionnel, porteur d’un message d’amitié pluriethnique et culturel basé sur les grandes religions du monde, à savoir l’orthodoxie et l’islam. » Tout un programme.
    Cette politique qui place l'islam au cœur de l'identité de la Fédération de Russie n'est pas du tout incompatible avec une axe « droitier » valorisant la Patrie, la Famille et l'Armée. Encore une fois, seule la question ethnique permet de déterminer qui est sur une position identitaire européenne et qui ne l'est pas. Poutine semble avoir entamé depuis au moins 2011 un virage clairement eurasiatique, qui correspond à l'émergence de l'union économique eurasiatique et au renforcement de l'OCS (Organisation de Coopération de Shanghai). Poutine fait-il un bon calcul en s'associant avec Erdogan ? Pas sûr. Il est contraint à cette politique, car c'est probablement la seule possible pour faire passer les gazoducs et contrôler les populations musulmanes, notamment dans un Caucase toujours aussi instable. Mais d'un autre côté, la Turquie est une puissance versatile. Erdogan est embourbé dans des problèmes internes avec les élections et la rébellion kurde. Au-delà, il se verrait bien profiter d'une Europe divisée et submergée pour placer ses pions. Surtout, la politique turque vis-à-vis de la Syrie favorise le développement d'un islam fort peu « humaniste » en Syrie et en Irak qui pourrait à terme contaminer les républiques caucasiennes de la Fédération de Russie. Encore une fois, les permanences géopolitiques vont replacer les relations russo-turques et l'avenir pour toutes les populations qui en dépendent, au cœur des débats. Le génocide arménien, en arrière plan de conflit russo-turc, c'était il y a un siècle...
    La bataille navale pour les Nuls
    Cette redéfinition des aires d'influence est pourtant perçue par certains comme le prélude d'un conflit mondial. Pour preuve ? Les Chinois ont envoyé un porte-avion et les Etats-Unis en ont retiré un ! L'ours du Kremlin, nouveau messie cosmique, a fait fuir la marine US ! Sauf que tout cela n'est qu'un énième tissus de mensonges. Il n'y a pas plus de renfort chinois en Syrie que de débâcle US. Voila ce que nous pouvons lire au sujet du porte avion chinois sur sputniknews : « Récemment, plusieurs médias ont annoncé qu'un porte-avions chinois se dirigeait vers la base militaire de Lattaquié (dans l'ouest de la Syrie) afin de lutter contre l'EI. Cependant, ce matin la Chine a démenti cette information: "Ce ne sont que des rumeurs erronées", a déclaré à ce sujet l'expert militaire et membre de la marine chinoise Zhang Junshe cité par la presse chinoise. »
    Des medias ? Une rapide recherche Google nous permet de trouver les trois premiers résultats en français à la recherche « navire chinois syrie » qui mentionnent un prétendu porte-avion chinois, il s'agit sans surprise de www.wikistrike.com , lesmoutonsenrages.fr et reseauinternational.net . Je ne sais pas combien je dois encore écrire d'article pour qu'enfin je ne trouve plus dans mon fil Facebook des camarades postant du wikistrike ou du reseauinternational... Bref. Un autre site, http://www.meretmarine.com indique entre autre que « Des sources militaires occidentales, qui surveillent en permanence les mouvements dans la région et plus particulièrement ce qui se passe en Syrie et au large de ses côtes, confirment que le Liaoning ne s’y trouve pas. » Le reste de l'article permet de se faire une idée du comique de la situation.
    Mais comme une rumeur n'était pas suffisante, il en fallait une autre ! Jamais rassasié, le pro-Kremlin a besoin de nourrir ses fantasmes. Le départ de l'USS Theodore Roosevelt a été considéré entre autre sur Breizatao.com comme une défaite géostratégique pour les Etats-Unis. Sauf que... un article de CNN du 6 août 2015 indiquait que l'USS Theodore Roosevelt allait quitter le Golfe Persique en octobre pour subir des travaux de maintenance et que son successeur, l'USS Harry Truman, ne le remplacerait pas avant l'hiver. Cette manœuvre, prévue de longue date, n'a donc rien à voir avec l'offensive russe. On peut même imaginer le contraire : les Etats-Unis auraient pu changer leur fusil d'épaule suite à l'intervention russe. Mais ils ont maintenu leur plan de rotation, quitte à retirer un bâtiment à proximité de la zone de conflit et à se priver pendant deux mois d'un porte-avion et ce malgré l'offensive russe en Syrie. Au final, on pourrait penser que les Etats-Unis sont sûrement plutôt satisfaits de laisser ce nid de frelons aux Russes. Conformément au « Pivot vers l'Asie » affirmé en 2011 et acté en 2012, le Moyen-Orient est aujourd'hui une région secondaire pour les Etats-Unis. Israël pour ne citer que ce pays cherche donc de nouveaux partenaires, parmi lesquels la Russie et la Chine.

    Et nous ?

    Cette nouvelle ère géopolitique qui est désormais ouverte et que nous sommes peu nombreux à décrypter avec toute la distance nécessaire est source de nombreux rebondissements depuis plusieurs mois. Les positions des uns et des autres ne sont pas figées mais des tendances se dessinent. Plus que jamais, la question nous est posée de savoir comment nous positionner vis à vis des velléités turques, russes et du « Pivot vers l'Asie » des Etats-Unis ? Quelle place dans le Nouveau Contexte Global pour la France et plus généralement, pour l'Europe ?

    Jean / C.N.C.

    http://cerclenonconforme.hautetfort.com/

  • Déportation des homosexuels : Eva Joly condamnée en appel pour avoir diffamé Christian Vanneste

    La Cour d'appel de Paris a confirmé aujourd'hui la condamnation d'Eva Joly à 800 € d'amende pour diffamation pendant la campagne présidentielle de 2012. L'eurodéputée avait accusé Christian Vanneste d'avoir tenu des "propos négationnistes" lorsqu'il s'était attaqué à la "la fameuse légende de la déportation des homosexuels" dans une vidéo. En première instance, le tribunal correctionnel de Paris s'était déjà prononcé sur le fond, en affirmant qu'

    "il ressort notamment qu'il y aurait eu un nombre extrêmement limité de Français arrêtés sur le territoire français et déportés pour le seul motif de leur homosexualité".

    Louise Tudy

    http://lesalonbeige.blogs.com/my_weblog/web.html

  • Lyon (69) : Découverte de la plus grande nécropole avec 600 sépultures

    Le sous-sol lyonnais a toujours regorgé de trésors. De nombreux chantiers entrepris ont été retardés pour permettre des fouilles révélant un peu plus le passé de Lugdunum.

    Mais sur l’ancien terrain des sœurs du Bon Pasteur où doit voir le jour une résidence de luxe, les ouvriers puis les archéologues ont fait une découverte d’envergure il y a trois mois. Il s’agirait de la plus grande nécropole jamais retrouvée à Lyon. Après des mois d’études, plus de 600 sépultures ont été mises à jour.

    Les squelettes qu’elles renferment sont encore bien conservés, ils reposeraient ici depuis les V, VI et VIIe siècles. Bien loin du faste égyptien, les sépultures lyonnaises sont vierges de bijoux et décorations. Les découvertes sont progressivement transférées par l’Inrap à Bron pour être étudiées tandis que certaines pièces finiront au musée gallo-romain de Fourvière.

    Une nécropole paléochrétienne dormait depuis plus de treize siècles dans le quartier de Saint-Irénée.
    Le promoteur LEM, qui prévoit de réaliser une résidence de standing sur le site, et l’Institut de Recherches Archéologiques Préventives ont lancé une campagne de fouilles qui devrait s’étaler sur neuf mois. Les estimations avancent le chiffre de 600 sépultures qui reposeraient en haut de la montée de Choulans. Cette nécropole qui pourrait s’avérer être la plus grande jamais fouillée à Lyon.

    Source

    http://www.fdesouche.com/657897-lyon-69-decouverte-de-la-plus-grande-necropole-avec-600-sepultures

  • La bataille de Lutèce d’après le De Bello Gallico (interprétation E. Mourey)

    Lutèce, mot magique pour ma génération, et pourtant, je ne suis pas Parisien ! Or, pour les nouveaux archéologues, la Lutèce des origines serait à situer à Nanterre à et non dans l'Île de la Cité. C'est ce que la télévision nous affirme encore récemment. De quoi réveiller un mort !

    J'ai donc réouvert mon vieux De Bello Gallico. J'ai confronté le texte latin à la traduction qu'en donne le site très documenté de M. Philippe Remacle. J'en donne ici la reproduction en indiquant en italique gras souligné les corrections que je propose et en l'illustrant par des croquis. Je ne prétends pas à l'exactitude mais il me semble que c'est ainsi qu'il faut comprendre cette première étonnante bataille qui ensanglanta Paris.

    Premier schéma.

     Labiénus ayant laissé à Agédincum (Sens), pour la garde des bagages, les recrues récemment arrivées d'ltalie, se porte avec quatre légions vers Lutèce (1, flèche rouge en bas). Cet oppidum appartient aux Parisii et est situé dans une île de la Seine (2). Au bruit de son arrivée, un grand nombre de troupes ennemies se réunirent des pays voisins. Le commandement en chef fut donné à l'Aulerque Camulogène, vieillard chargé d'années, mais à qui sa profonde expérience dans l'art militaire mérita cet honneur. Ce général ayant remarqué que tout le lieu était entouré d'un marais qui confluait à la Seine, et protégeait merveilleusement le lieu, y répartit ses troupes dans le but de nous disputer le passage. (3)Labiénus travailla d'abord à dresser des mantelets, à combler le marais de claies et de fascines, et à se frayer un chemin sûr (4 ? ). Voyant que les travaux présentaient trop de difficultés, il sortit de son camp (5 ? ) en silence à la troisième veille, et arriva à Metlosédum (Melun) par le même chemin qu'il avait pris pour venir (6). C'est un oppidum des Sénons, situé, comme nous l'avons dit de Lutèce, dans une île de la Seine. S'étant emparé d'environ cinquante bateaux, il les joignit bientôt ensemble, les chargea de soldats, et par l'effet de la peur que cette attaque inopinée causa aux habitants, dont une grande partie d'ailleurs avait été appelée sous les drapeaux de Camulogène, il entra dans l’oppidum sans éprouver de résistance. Il rétablit le pont que les ennemis avaient coupé les jours précédents, y fit passer ses troupes, et se dirigea vers Lutèce en suivant le cours du fleuve (7) L'ennemi, averti de cette marche par ceux qui s'étaient enfuis de Metlosédum, fait incendier Lutèce, couper ses ponts ; et, protégé par le marais, il vient camper sur les rives de la Seine, du côté de Lutèce (3) et en face du camp de Labiénus (8). (Note importante : Labienus n'a avec lui qu'une légion. Les trois autres légions sont toujours en 5).

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  • L'Homme moderne déjà présent en Chine il y a plus de 80.000 ans

    L'Homme moderne est arrivé en Chine il y a plus de 80.000 ans, bien avant qu'il ne s'installe en Europe, selon une étude qui conduit à avancer sa date de sortie d'Afrique et à repenser ses chemins migratoires.

    A l'origine de ce qui pourrait constituer une petite "révolution" dans le ciel de la paléoanthropologie? Quarante-sept dents qui ont permis à des chercheurs d'établir que l'Homme moderne (Homo Sapiens) était déjà présent dans le sud de la Chine il y a au moins 80 000 ans et peut-être même il y a 120.000 ans.

    "Soit bien plus précocement qu'on ne le pensait jusqu'alors", déclare à l'AFP Wu Liu, de l'Académie des sciences de Pékin, principal auteur de l'étude publiée mercredi dans la revue britannique Nature. "Et il est arrivé en Chine deux fois plus tôt qu'en Europe", ajoute-t-il.

    L'Homme moderne aurait vécu en Chine du sud 30.000 à 70.000 ans avant qu'il ne colonise l'Europe, selon cette étude.

    Ses premiers fossiles trouvés en Europe datent d'environ 45.000 ans. Le continent était alors peuplé d'Hommes de Néandertal.

    Cette découverte démontre aussi qu'Homo Sapiens, apparu en Afrique de l'Est il y a environ 190.000 à 160.000 ans, est sorti de ce continent "beaucoup plus tôt qu'on ne le pensait", considère Maria Martinon-Torres, d'UCL (University College of London), co-auteur de l'étude.

    "Le scénario généralement accepté" fait remonter le départ de l'Homme moderne d'Afrique "à seulement 50.000 ans", déclare-t-elle à Nature. Avec cette découverte, on peut déduire qu'Homo Sapiens est vraisemblablement sorti d'Afrique jusqu'à 70.000 ans plus tôt.

    source : Le Parisien :: lien

    http://www.voxnr.com/cc/dep_varia/EuuulAVlpVnfmeJJyw.shtml

  • Heidegger en 10 principes

    Heidegger fixe quelques principes simples qui peuvent changer notre vie et en faire une « existence », voire une « destinée ».
    Premier principe : s’étonner du don de l’existence
    Ne pas être indifférent à ce don extraordinaire qu’est notre existence. C’est la meilleure manière de n’être ni futile, ni purement utilitaire. L’étonnement est la première condition pour prendre conscience de la beauté du monde, pour penser le monde et pas simplement l’exploiter.
    Deuxième principe : être avec ! (Mitsein)
    Etre capable d’entendre les autres. Etre capable d’entendre, de prendre conscience de ses propres origines. C’est la base d’une société où chacun a soin des autres, loin de la brutalité du monde moderne où les rapports entre les hommes sont dominés par l’utilitarisme. Le « Mitsein » fonde une communauté qui est plus qu’une société. Dans cette communauté, les hommes ne sont pas interchangeables. On peut s’engager pour une communauté, engager même sa vie, on n’engage pas sa vie lorsqu’on a des rapports purement utilitaires avec autrui.
    Troisième principe : le temps advient !
    Il faut cesser de voir le temps seulement comme quelque chose qui fuit, comme un ennemi qui nous rapproche de la mort. Le temps qui arrive sur nous, qui advient, est une ressource à bien employer. Or le temps qui advient est aussi le temps qui fuit ! Sans fuite, il n’y aurait pas d’avènement possible ! Dès lors que le temps advient, on n’a pas de raison de le fuir dans le divertissement (au sens de Pascal), on va devenir responsable de cette richesse qui advient sans cesse, jusqu’à la mort. Cela entraîne dans la vie une certaine « tenue » éthique.
    Quatrième principe : ce qui est jeté est aussi envoyé !
    On est « jeté » dans la vie. On n’a pas choisi ni le lieu ni la date de notre naissance ! Mais on peut aussi considérer qu’on est « envoyé » pour accomplir une destinée qui a du sens. C’est ce que Heidegger appelle « le souci ». Une vie sans souci ressent le vide et l’ennui. Le souci nous temporalise, nous donne conscience que le temps est une richesse limitée par la mort. La morale est un appel du souci. Chacun ressent les appels de la conscience morale, qu’il l’admette ou non !
    Cinquième principe : la responsabilité dans le temps nous rend humains.
    La vie sort de son absurdité. Le passé, le présent et l’avenir ne s’opposent plus. L’avenir détermine le présent sur la base du passé. C’est alors qu’on ressent une vocation à accomplir une œuvre. La vie animale devient une existence humaine. Elle se déroule dans l’histoire et la liberté. Accepter cette responsabilité dans le temps est une « résolution » qui ouvre les portes de l’existence authentique.
    Sixième principe : c’est la pensée poétique et non la pensée scientifique qui nous fait naître à une vie existante.
    La pensée poétique pour Heidegger n’est pas un simple jeu esthétique, comme c’est le cas dans l’acception courante du mot « poésie ». La Bible, Homère sont des poésies dans le sens fort de Heidegger. Elles font apparaître un monde qui donne du sens à la vie des hommes. La science, elle, ne « pense » pas. Ce n’est pas son rôle. Elle ne porte aucun jugement esthétique ou moral, et ne fonde donc pas notre existence.
    Les quatre autres principes sont ceux du « quadriparti », du cadre dans lequel l’homme peut « habiter » le monde en tant qu’homme véritable (ni simple animal, ni matière première préférée de l’économie).
    Septième principe : la libération de la terre 
    C’est la prise de conscience de notre origine propre qui fonde une vie enracinée dans l’authenticité. Son contraire est l’exploitation de la terre par la technique, qui conduit à l’errance (déracinement).
    Huitième principe : l’accueil du ciel. 
    L’accueil du ciel sous lequel l’homme habite est l’accueil du temps qui permet de nous responsabiliser comme être humain libre dans l’histoire. Le contraire de l’accueil du temps est la révolution qui entraîne un retour à la barbarie.
    Neuvième principe : l’attente de la Divinité
    Pour Heidegger, l’ego ne saurait être la mesure de toute chose, car ce serait tomber dans l’oubli de l’Etre. L’attente de la Divinité s’oppose à la fabrication des idoles. L’attente (qui est en fait une écoute) s’oppose à l’idolâtrie. Elle est écoute d’une inspiration créatrice. La capacité créatrice de l’homme est inscrite dans sa destinée. Elle a un côté divin que sa nature animale n’explique pas.
    Dixième principe : La conduite des mortels
    Heidegger parle de mortels car la mort donne à l’homme sa dignité propre (il est seul à savoir qu’il va mourir contrairement à l’animal). L’homme en créant est amené à combattre donc à se sacrifier pour son œuvre, laquelle manifeste sa liberté dans l’histoire. La conduite des mortels consiste à leur faire quitter leur vie purement animale et les rendre capables de sacrifices, autrement les rendre capable d’héroïsme, donc hors tout calcul utilitaire. Son opposé est la futilité. La noblesse de cette tenue de l’homme dans l’existence est justement dans cette gratuité, où l’homme offre sa démarche héroïque en réponse au don de l’existence qui lui a été donné.

    Yvan BLOT, 17/09/09

    http://archives.polemia.com/article.php?id=2374

  • Chronique de livre: Laurent Obertone "La France Orange Mécanique 2015"

    383286295.jpgEn 2013, Laurent Obertone a réussi un coup de force prodigieux avec son premier livre. Grâce au succès de vente considérable de La France Orange Mécanique (plus de 200 000 exemplaires) et au coup de pub de Marine Le Pen, il a injecté un peu de réalité dans les grands médias orthodoxes. Avec lui il n’était plus possible de parler de « sentiment » d’insécurité, mais d’insécurité tout court. Sans surprise, la majorité des acteurs du spectacle d’occupation[1] n’acceptèrent pas la désillusion, les bas-fonds du « vivre ensemble » ne pouvaient pas être remis en cause. Son passage au « spectacle-parler » de Laurent Ruquier[2] était assez révélateur sur ce point. Le climax de l’émission fut atteint avec l’ineffable Aymeric Caron criant hystériquement toutes les inepties possibles, du genre « C’est quoi ces chiffres ? Quelles sont vos sources ? ». C’est qu’il doit bien connaître l’insécurité, lui qui reprocha à Obertone de ne pas dire « que ça va mieux », lui le bien-pense-peu capable de recevoir une protection policière sur demande[3]. Nous, les bouseux incultes, devrons faire sans. Faut dire qu’on n’a pas la chance (ONPC) d’avoir une petite copine au ministère de l’intérieur et d’être dans les petits papiers du gouvernement. Heureusement, comme le dit l’expression populaire :  « Le chien (de garde) aboie et la caravane passe… » Un mois plus tôt, l’Express avait expliqué qu’une partie des chiffres et des faits n’étaient pas cachés, car en accès libre (sic), donc cela prouvait que le livre était une « escroquerie »[4]. Tartufferie journalistique de premier ordre ! L’information doit être communiquée pour être connue. Connaissent-ils vraiment leur métier ? Toutes les calomnies et autres tentatives de mises à mort médiatiques, Obertone y revient longuement dans le prologue de la nouvelle édition (définitive) de La France Orange Mécanique. Dans cette mise à jour, sortie en avril 2015, 200 pages abondants de nouveaux éléments ont été ajoutés (pour un total de 500). Une belle occasion pour en écrire une fiche de lecture.

    Raphaël Sorin, directeur littéraire des éditions Ring, qualifie le livre de « puzzle reconstitué ». Je partage son avis. Bien entendu, les faits d’insécurité apparaissent tous les jours sur les chaînes d’information en continu. Toutefois, c’est de l’immédiateté, du spectacle pour rameuter les téléspectateurs et les exciter entre deux pages publicitaires.  Pour connaître l’ampleur de la violence, il est nécessaire de réaliser une mise en perspective. Or, comme le remarque l’auteur celle-ci se révèle impossible avec les médias nationaux, qui traitent l’information avec un filtre idéologique qui minimise ou accentue les actes malveillants, quand ce n’est pas pour les travestir totalement ou les mettre de côté. Cartographier l’étendue des méfaits en tous genres y est également honni. Contentez-vous d’un simple « tout va bien » d’un expert reconnu. Rien à voir ! Circulez ! Neutralité journalistique oblige, interdit de nourrir l’extrême droite avec ce sujet qui manipule les peurs. Hitler, les années 30, l’empire Sith, ne sont jamais loin. Cette hystérie autour de ce sujet n’a pas toujours existé selon l’essayiste. Il remarque que l’arrivée au deuxième tour des présidentielles de Jean-Marie Le Pen en 2002 marqua une rupture dans les médias. Depuis lors, aborder la réalité de l’insécurité, c’est faire systématiquement le jeu du FN. Le livre propose d’avoir un aperçu au-delà de tout parasitage informationnel.

    Laurent Obertone décrit une situation catastrophique. Pour s’en rendre compte l’auteur se base essentiellement sur la presse régionale et sur des chiffres fiables validés par le gouvernement lui-même. Derrière la froide et monotone sémantique journalistique, il étaye les faits; le décalage en est souvent saisissant. Certains pourraient interpréter la volonté d’Obertone d’énumérer et de détailler les actes malveillants pour du voyeurisme. Toutefois, élément rare, il n’oublie pas de donner une place aux victimes, souvent oubliées, sans tomber dans l’émotionnel. Nous ne sommes pas là pour jouir d’un bain de sang, mais redécouvrir ce que signifie une « rixe » ou un « viol avec violence ». En outre, l’ensemble de ce qui est montré dans le livre  n’est qu'une infime partie émergée de l’iceberg. Le recensement de tous les délits et crimes apparus dans la presse régionale le 19 janvier 2012 démontre que cette partie visible est déjà énorme. Les chiffres del'Observatoire national de la délinquance et des réponses pénales (ONDRP) quant à eux, offrent une vision plus globale. Selon cet organisme approuvé par le gouvernement, sans compter les mineurs et les personnes de plus 75 ans, en 2013 on dénombre chaque jour en France:

    -          446 victimes de violences sexuelles hors ménage.

    -          1 154 victimes de violences physiques ou sexuelles au sein du ménage.

    -          1 361 victimes de violences physiques hors ménage.

    -          3 567 vols et tentatives de vols de véhicules.

    -          4 213 vols et tentatives de vols personnels, dont 1134 avec violences ou menaces.

    -          15 616 atteintes contre le logement ou le véhicule

    -          19 726 atteintes aux biens[5]

    Oui, oui, tous les jours. On pourrait penser comme Caron que « ça va mieux » qu’avant, mais l’essayiste prouve le contraire. Depuis les années 60, la criminalité a explosé à un rythme bien supérieur à la croissance démographique. Par-delà l’aspect quantitatif, elle a également changé de visage, l’avènement de l’ultraviolence en est sa transformation la plus saisissante. Finie la dispute entre deux amis bourrés à la fermeture d’un bar, tournant au vinaigre à cause  d’un mauvais coup de poing. Roger a tué Marcel, il sait qu’il a rompu son contrat avec la société, il ira en prison. Maintenant, laissez place aux agressions gratuites et sans limites pour « cigarette refusée » ou « mauvais regard », aux viols collectifs, aux tortures, aux vols à la chaîne, aux règlements de comptes à l’arme à feu, aux « morts pour rien » (mon expression journalistique favorite)... Tel que dans le filmOrange Mécanique, cette ultraviolence s’inscrit souvent dans des dynamiques de groupes où l’absence d’empathie est le caractère primordial.  Pour Obertone, un  groupe violent est une « tribu primitive qui évolue au sein d’une société développée »[6]. La violence naturelle et sociale contre ces nuisibles n’est plus possible aujourd’hui. Premièrement, parce que le Zeitgeist considère que l’agressivité est une pure construction sociale. Deuxièmement, car nous (citoyens) avons donné cette tâche à des institutions destinées à punir. Dans les faits, l’agressivité est en partie innée. Ainsi meurtriers et anti-sociaux auraient un cortex préfrontal plus petit que la moyenne. En outre, la société (via ses institutions) ne tempère plus l’agressivité sans limites de certains individus.

    La justice est devenue l’assistante sociale des criminels. Elle « ne sert plus à punir mais à égaliser »[7]. Les actes d’un accusé  s’expliquent toujours, pour elle, à l’aune des déterminismes sociaux. Elle croit fermement qu’expliquer c’est excuser. Elle ne joue plus son rôle : « Lorsqu’elle s’attarde sur une infraction, la justice ne doit pas chercher à en saisir les causes, c’est là le travail des philosophes. »[8] Aujourd’hui, les antisociaux ne risquent rien à commettre un crime et à récidiver; la culture de l’excuse est toujours dans leur camp. Leur infliger une peine c’est excessif. Ils étaient 100 000 condamnés à l’attendre en 2010, et on ne pensait déjà qu’à réinsérer ces enfants de cœur. Par contre, un bijoutier qui se défend d’un vol n’aura pas le droit à la clémence. Les agresseurs sont des victimes, les victimes des agresseurs. L’humble chroniqueur de cet article pourrait vous énumérer une quantité de preuves, dans le livre, du laxisme judiciaire. Cependant, l’actualité récente l’illustre parfaitement : « Condamné à la perpétuité en 2007 pour trois assassinats à Aix, et à 22 ans pour la mort d'un bijoutier en 2006 rue de la Palud (1e), Noël Mariotti est en semi-liberté ». CQFD !  Pour Obertone les peines prohibitives servent à protéger la société des individus dangereux. De plus, elles servent à tordre les déterminismes sociaux grâce à la dissuasion.  Elles font comprendre à des malfaiteurs potentiels qu’ils n’ont pas d’intérêt à commettre leurs actes au vue de ce qu’ils risquent. Tout être humain normal dispose d’une rationalité partielle certes, limitée, mais réelle pour juger de la pertinence d’une action (sauf dans le cas des fous).

    Heureusement pour nous, la priorité des politiques est la sécurité routière. Avec 3 268 morts sur les routes en 2013, on constate une excellente hiérarchisation des problèmes à résoudre. L’ironie mise de côté, la sécurité routière est un des nombreux cache-misère de l’inconséquence politique des élites actuelles, supportée en grande pompe par les médias. Des médias qui préféreront s’intéresser aux viols en Inde alors que selon Obertone, on en compte au moins 264 quotidiennement en France. (Eux aussi ont du mal avec le concept de hiérarchie.) Nous sommes dans une belle idiocratie passionnée par l’austérité, mais curieusement incapable de voir que : « Chaque année, la délinquance et la criminalité coûtent aux victimes et à l’Etat un total d’environ 115 milliards de d’euros ». (page 55)

    Avec ce constat accablant, l’écrivain invite à se demander pourquoi et comment notre système cautionne que l’on porte atteinte gravement à ses citoyens, tout en protégeant ceux qui s’écartent de la société par leurs actes. Pour lui, la cause profonde est l’actuelle morale hors-sol dont laquelle nous sommes baignées. Cette Morale du Bien vous la connaissez, elle se cache derrière une novlangue bien rodée : humanité, vivre-ensemble, padamalgam, discrimination, anti-racisme, ouverture, égalité, … Toutes les bonnes âmes du cercle politico-médiatique se livrent bataille pour savoir lequel est le meilleur dans la compétition morale. Bien sûr, derrière tous leurs bons mots, il n’y a que leur ego voulant gravir les échelons. Ils s’indignent de morts à 4000 km de chez eux alors que l’insécurité tue ici. Ils font penser au personnage de Florent Brunel dans les Inconnus :  « Il y a des soirs je me couche, en général vers 6 heures du matin, tu vois. Je pense au tiers monde, tout ça. J'arrive pas à m'endormir pendant un quart d'heure. » Ne pas adhérer à cette morale, c’est risquer l’exclusion du groupe. Cette peur tient en laisse tous les compétiteurs… Le problème de cette morale hors-sol est qu’elle est trop loin des réalités biologiques/anthropologiques de base. Elle veut tout faire pour échapper au bon sens et à la réalité, quitte à excuser des meurtriers, et à cracher sur des victimes. Elle est par ailleurs truffée de contradictions qu’aime relever l’écrivain : « La diversité, c’est bien, le métissage c’est mieux. Convenez que faire disparaître la diversité est une curieuse façon de la célébrer. »[9] Cette morale est largement répandue dans la population grâce aux médias, composés en très grande majorité de journalistes de gôche et d’extrême gauche suivant les désirs de leurs directions. C’est la télévision qui a distillé cette morale le plus efficacement. Le petit écran a informé la population, il l’a littéralement mise en forme : « Les gens participent à la même compétition morale que les journalistes. Il est remarquable de constater combien n’importe qui s’obstine à avoir une opinion sur n’importe quoi. Les individus qui appartiennent au groupe de ceux qui savent en tirent une gratification sociale.  »[10] Même si l’auteur ne le mentionne  pas, je trouve qu’on voit bien la continuité de cette compétition parmi certains vidéastes d’internet populaires. Ils critiquent les médias et les politiques, car ils perçoivent des contradictions, mais ils sont pire qu’eux. Ils ont gardé la même idéologie et se plient en quatre pour montrer qu’ils sont les champions du Bien. Ils nazifient tout ce qu’ils peuvent, sauf les membres de leur diversité bien chérie. Une réflexion-type de ces Héraclès de la pensée est à peu près comme cela: « Quand c’est diversité, Religion = Islam = Paix = ChancePourNous. Quand c’est autochtone, Religion = Catholicisme = Croisades = Guerre = Oppression = Proto-Nazisme.  » Attention, à les entendre, ils sont plus nuancés que les journalistes…  Ne leur parlez pas de la sur-représentativité statistique de certaines communautés dans la délinquance, alors que comme le démontre Obertone, c’est un fait avéré. Au lieu d’aider, ces populations en difficulté, ils crient au complot. Ils sont incapables de voir la différence quand elles ne cadrent pas avec leurs fantasmes.

    Le livre d’Obertone est assez clinique. Toutefois, il n’est pas dénué d’humour que l’auteur sait distiller avec parcimonie : « Manuel Valls a sérieusement proposé d’assigner les clandestins à résidence – parce qu’ils en ont ? – tout en les aidant à repartir. Autant salarier les voleurs et offrir des prostitués aux violeurs, on gagnera du temps. Valls a ensuite expliqué que le processus de naturalisation était « discriminant » (La Croix, 18/10/12).  Et le feu, ça brûle. Un choix, c’est discriminant. Le mérite, c’est discriminant. Un concours, c’est discriminant. Quand on aspire à être accepté par des gens – et à fortiori par un pays -, on s’attend à être discriminé. Mais pour Manuel, ce n’est pas comme ça que ça marche. La naturalisation, c’est un droit de l’Homme, ce sont les Français qui doivent être discriminés : on ne leur demande pas leur avis. Ils disent oui et merci. Sinon, ce sont des racistes. »[11]

    Pour conclure, je pense que le malheur de notre époque est que l’on cherche plus à taper sur les gens qui dénoncent la criminalité que sur les vrais « nuisibles » et à ce qui les produits. L’iceberg est à l’horizon et les intellectuels de salons préfèrent parler de la couleur du manteau de celui qui a dit qu’il y avait une catastrophe imminente. Nier le réel ne l’annule pas même si cela peut ralentir la chute. On peut remarquer que la Morale du Bien est train de mourir sous l’irruption répétée du réel. Malheureusement, une autre morale hors-sol commence à avoir le vent poupe. On la voit se manifester dans les commentaires et les discussions sur l’insécurité. 

    PS : Cet article n’était que l’humble avis d’un simple lecteur. Je n’ai pas pu aborder de nombreux passages intéressants du livre, notamment sur la police ou les sous-sociaux. Je m’en excuse et vous invite à vous procurer le livre.

    Valentin / C.N.C.

     

    [1] Spectacle d’occupation est ma traduction de show business.

    [2] ONPC, 2 mars 2013 https://www.youtube.com/watch?v=pjMpVy3ZiFw

    [5] Page 50 

    [6] Page 149 

    [7] Page 238 

    [8] Page 224 

    [9] Page 468 

    [10] Page 324 

    [11] Page 216

    http://cerclenonconforme.hautetfort.com/