Il semble de plus en plus insupportable à une majorité de Français qu'un pays comme le nôtre avec son niveau économique, scientifique, technologique, ainsi qu'agricole, connaisse le marasme et le chômage comme actuellement.
Les raisons en sont une immigration qui continue et s'aggrave ainsi que la construction européenne due au traité de Maastricht. L'INSEE prévoit encore une forte augmentation du chômage en : 2008. Il faut savoir aussi que derrière cette construction européenne toute possibilité de politique économique nationale a été abandonnée.
Le principal débat entre les différentes théories ou visions économiques du monde a été celui qui a opposé keynésiens ou néo-keynésiens et monétaristes. Dans ce débat théorique les keynésiens semblent avoir abdiqué mais les faits et résultats sont pourtant là pour démontrer la validité de leur vision du monde.
Même lorsque cela est caché, on applique en fin de compte une politique de relance keynésienne. Ainsi la reprise américaine en 1982 a-t-elle été obtenue par un déficit budgétaire financé par création monétaire.
Le monétarisme, lui, est une version infantile du scientisme pour qui le réel se trouve dans des équations mathématiques ou une théorie, le budget de l'État se gérant comme un porte-monnaie individuel. On a, là, le raisonnement le plus naïf pour ne pas dire niais que l'on puisse avoir.
Ce n'est sans doute pas un hasard si le Ministre de l'Économie actuelle qui s'est rallié aux thèses monétaristes a une formation de comptable (un sou est un sou), toute idée de déficit budgétaire ne pouvant que le traumatiser.
Soulignons au passage la mesure la plus grave et la plus dramatique prise par son prédécesseur Edmond Alphandery, c'est-à-dire la fin du lien entre la Banque de France et le gouvernement. Pour la première fois dans son histoire, la France perdait sa souveraineté économique qui dans un deuxième temps se trouvera à Frankfort. En «bon» monétariste Edmond Alphandery a pris cette mesure car c'est écrit ainsi dans les livres d'économie qui se réfèrent à ce courant.
La pensée keynésienne ne se prétend pas être le réel mais un modèle opératoire pragmatique où l'économie est analysée en termes de circuit et où sont intégrés tous les phénomènes psychologiques, humains, sociaux et même affectifs (confiance, audace d'entreprendre ou d'investir, projection dans le futur... ) propres â toute activité économique faite par des hommes. Pour Keynes les agents économiques ne sont pas tous égaux puisque l'activité économique dépend avant tout des entrepreneurs et de leurs états d'âme (qui ont comme conséquence leur anticipation dans les projets escomptés d'où vient la décision d'investir).
Toujours est-il que, sous la pression de l'Allemagne, la théorie monétariste avec comme conséquence l'aggravation du chômage a été adoptée avec un intégrisme stupéfiant. On donne plusieurs explications, plus psychologiques que rationnelles, à la préférence des Allemands pour la théorie monétariste. Ils ont, en effet, connu l'inflation de la République de Weimar, et sans doute aussi, même si on réveille un tabou, la seule politique keynésienne parfaitement réussie que l'on connaisse a été effectuée par les nazis au début du 3e Reich, alors que le livre majeur de Keynes, « La théorie générale de l'emploi de l'intérêt et de la monnaie » n'avait même pas été publié, ce qui d'ailleurs laisse à penser que les idées suivent plus souvent la pratique que l'inverse.
Cette politique keynésienne sous l'impulsion de Schacht, ministre de l'économie sous Hitler, s'est faite avec un programme de grands travaux et une injection monétaire massive dans l'économie, grâce à un système de traites (MEFO) garanties par l'État, remises par les industriels à leurs fournisseurs et qui circulèrent comme une véritable monnaie.
Les résultats ont été foudroyants. En quelques années l'Allemagne est passée de 6 millions de chômeurs à un nombre négligeable. Ceci a été réalisé grâce â un contrôle des changes et une économie fondée sur l'AUTARCIE. Cette autarcie ne s'est pas faite sans mal puisque l'agriculture n'était pas très développée en Allemagne. L'industrie chimique a fabriqué de l'essence synthétique pour obtenir une indépendance énergétique. Pour ce qui est du domaine commercial, on a eu recours au clearing : à toute importation de l'étranger doit correspondre une exportation de même valeur dans le pays intéressé. L'Allemagne, en plus de son chômage résorbé, est devenue la deuxième puissance industrielle du monde. Le réarmement n'est surtout intervenu qu'après, de façon importante, une fois la machine économique remise en route.
La question fondamentale qui se pose est la suivante : pourquoi l'économiste Schacht sous le 3e Reich a si bien réussi et que les socialistes français lorsqu'ils sont arrivés au pouvoir en 1982 ont échoué ? Pour la raison très simple que la contrainte extérieure n'existait pas au temps de l'Allemagne n..., à cause du rétablissement du contrôle des changes et d'une économie tendant à l'autarcie.
Si la France veut de nouveau créer les conditions d'une politique keynésienne réussie, il faudra le maintien d'une monnaie nationale et le contrôle par l'État de la Banque de France afin de pouvoir donner les impulsions économiques nécessaires. Le rétablissement de la notion de frontière sera une priorité. Une frontière au sens moderne n'est pas une muraille de Chine mais une membrane vivante qui permet de réguler (vis à vis de cet organisme qu'est la nation) le plus intelligemment possible, en fonction des intérêts du pays et du moment, les flux des biens et des personnes. Un protectionnisme éclairé permettra d'obtenir cet objectif d'une balance commerciale équilibrée auquel devra s'ajouter un contrôle strict des flux migratoires.
Un député UDF avait écrit qu'il fallait accepter la dure loi du libre échange et de la concurrence totale car autrement la France retournerait au Moyen âge ou serait dans la même situation que l'Albanie. Il faut comprendre tout ce qu'il y a de mensonger et d'hypocrite dans cette affirmation lorsque l'on sait que les deux pays capitalistes actuels les plus puissants et les plus modernes au monde (États-Unis et Japon) sont dans la pratique dans une situation économique de quasi autarcie vu le très faible pourcentage de leurs importations du à un système de protectionnisme déguisé.
Toutes ces mesures dans le fond relativement simples permettraient à notre pays de résorber son chômage dans un délai assez court. Lorsque l'emploi sera de nouveau suffisant, le protectionnisme pourra être allégé au fur et à mesure de la situation. La construction européenne maastrichienne actuelle, basée sur le monétarisme et la non intervention de l'État, est d'autant plus traumatisante et déstabilisante pour la France, vu son passé et sa tradition en ce domaine. C'est par une politique résolument nationale qui sorte de la spirale mortifère de Maastricht que la France résoudra la plus grande tragédie qui se pose à elle actuellement.
par Patrice GROS-SUAUDEAU (remis à jour en 2007)