
Les centres de données deviennent des armes dans la lutte pour le leadership technologique. La France vient de réaliser un partenariat avec le Japon pour renforcer la construction de centres de données.
La France s'efforce de renforcer ses capacités technologiques avec les centres de données. Parmi ses partenaires dans cette démarche figure le groupe japonais SoftBank (SBG), qui investit jusqu'à 88 milliards de dollars dans la construction de centres de données en France. Grâce à ce projet, Paris ambitionne de devenir un leader technologique et de rivaliser avec les géants mondiaux tels que les États-Unis et la Chine, notamment dans le domaine de l'intelligence artificielle (IA).
« SoftBank Group et Sesterce ont été sélectionnés pour développer et exploiter un campus de centre de données dédié à l'intelligence artificielle d'une capacité de 1 GW au Bosquel, dans la Somme. Portée par une coentreprise majoritairement détenue par le groupe japonais, l'opération forme une brique de l'engagement de SoftBank à bâtir 5 GW de capacité de calcul en France. Le projet prévoit 400 emplois qualifiés et un fonds de dotation de 10 millions d'euros cogéré avec la région Hauts-de-France », précise IT Social.
« La carte des grandes infrastructures de calcul européennes se redessine au rythme des annonces d'investissement et les Hauts-de-France concentrent désormais une part notable des projets les plus capacitaires du continent », rajoute le média des tendances et usages IT, Tech et Business. Ce programme, chiffré jusqu'à 75 milliards d'euros, constitue le plus important investissement du groupe dans l'infrastructure d'intelligence artificielle en Europe.
« L'intelligence artificielle (AI) façonnera la prochaine ère de la technologie, de l'industrie et du progrès humain, et cet avenir exigera une nouvelle génération d'infrastructures », a déclaré Masayoshi Son, président-directeur général de SoftBank Group, rapporte IT Social. Ainsi, dans le climat de guerre économique liée à l’IA, la France s'efforce de renforcer ses capacités technologiques. Le Financial Times a annoncé : « SoftBank [l’un des plus importants investisseurs dans la tech au monde] dépasse Toyota et devient la plus grande entreprise du Japon ».
Grâce à ce projet, Paris ambitionne de devenir un leader technologique et de rivaliser avec les géants mondiaux tels que les États-Unis et la Chine, notamment dans le domaine de l'intelligence artificielle (IA). Masayoshi Son, directeur général de SoftBank, a expliqué lors d’un point presse avec le président français, Emmanuel Macron, aujourd’hui que « l’Europe a besoin de cette technologie ». Il a, notant les discussions sur l’emploi de l’IA en Europe, averti que tout pays qui refuse cette technologie sera laissé sur le chemin de l’innovation. Masayoshi Son a martelé que les États-Unis avancent très vite dans ce domaine.
La France veut devenir le centre du moteur de l’IA en Europe. « L'UE veut se sevrer des technologies américaines », titre en fin de mai dernier France 24. Clairement, la France et l’UE sont inquiètes de leur vulnérabilité vis-à-vis des puissances étrangères sur le plan technologique. La France veut réduire sa dépendance à l'égard des géants américains du numérique et des fournisseurs chinois de semi-conducteurs, au profit d'alternatives made in Europe. C’est ce que Macron et Son ont célébré aujourd’hui car la France est en retard sur le reste du monde. Les États-Unis, au même titre que la Chine, ne sont pas considérés comme des amis par la France.
« Située dans les Hauts-de-France, dans un carrefour stratégique (Paris, Bruxelles, Amsterdam, Londres et Francfort), l'implantation a pour vocation de servir des charges de travail d'intelligence artificielle avec une faible latence sur les principaux marchés européens », continue IT Social. « C’est une question de sécurité nationale », insiste Son dans son intervention auprès de Macron. « La France exporte de l’électricité. On peut en rajouter de la valeur ajoutée » ; « La France peut exporter de l’intelligence », stipule le directeur général de SoftBank indiquant la raison du choix de la France pour l’implantation de ce site stratégique.
« Pour les acteurs du secteur, la France offre l’avantage de proposer une électricité abondante et décarbonée à 95%, indispensable au fonctionnement des data centers très gourmands en énergie » où « le géant français des équipements électriques et automatismes industriels Schneider Electric est partenaire de ce projet colossal », souligne Le Monde. Rattraper les États-Unis est l’objectif de la France. « Ces derniers mois, la France martèle son ambition d’être un des leaders mondiaux du secteur de l’IA, un enjeu économique aussi bien que politique », conclut le quotidien français.
Ces centres de données (infrastructures informatiques) qui seront construits en France vont abriter des ordinateurs puissants qui vont stocker, traiter et transmettre d'importantes quantités d'informations. Ces centres de données sont essentiels au développement des technologies d'intelligence artificielle (IA) que de plus en plus de pays considèrent comme stratégiques.
Plusieurs plans et sommets ont permis de mobiliser plus de 100 milliards d'euros de financements privés, français et étrangers, pour faire de la France un pôle majeur de l'IA en Europe. C’est la réponse au Projet Stargate qui désigne principalement le méga-projet technologique annoncé par le gouvernement américain visant à bâtir une infrastructure colossale pour l'intelligence artificielle.
Ces fonds serviront non seulement à la construction de centres de données, mais aussi à la formation de spécialistes, au développement de l'IA et au soutien financier des startups françaises. À cet égard, il convient de mentionner la société Mistral AI, dont l'un des produits phares est le chatbot Le Chat, basé sur l'IA. Ce dernier est comparable au DeepSeek chinois et aux réseaux neuronaux russes tels que YandexGPT et GigaChat.
Si le projet lancé par Macron aboutit, la France pourrait véritablement devenir l'un des trois principaux pôles mondiaux d'intelligence artificielle (IA). Paris collabore également avec New Delhi. Ce partenariat est axé sur la formation et les efforts conjoints visant à réduire la dépendance vis-à-vis des États-Unis et de la Chine.
Rattraper les États-Unis n'est toutefois pas une chose aisée. Selon Statista, « les États-Unis dominent le marché mondial avec 4.184 centres de données. Dans le classement mondial, le Royaume-Uni (515) et l'Allemagne (514) suivent de près, respectivement en deuxième et troisième position. La Chine se classe quatrième avec 369 centres, suivie de la France avec 345 ». L'Europe est actuellement fortement dépendante des infrastructures américaines.
Le succès de cet investissement en France reste à démontrer. La Norvège, pays non-membre de l'UE, pourrait devenir un concurrent sérieux dans le domaine de l'IA. Elle construit actuellement le centre de données Stargate, d'une capacité de 230 MW (0,23 GW). Ce projet est toutefois étroitement lié aux États-Unis même si OpenAI a annoncé se désengager partiellement du projet de centre de données « Stargate Norway », tandis que Microsoft s’y impose comme nouvel acteur clé via un accord stratégique avec la startup britannique Nscale. Situé à Narvik, en Norvège, le centre de données a été construit par OpenAI, la société du milliardaire Elon Musk. Microsoft en assure actuellement la construction. Ce projet vise à renforcer la souveraineté technologique européenne et il est un concurrent direct du projet de Macron en UE.
Philippe Rosenthal
Les opinions exprimées par les analystes ne peuvent être considérées comme émanant des éditeurs du portail. Elles n'engagent que la responsabilité des auteurs. Observateur Continental se dégage de toutes responsabilités concernant le contenu de cet article et ne sera pas tenu responsable pour des erreurs ou informations incorrectes ou inexactes
Abonnez-vous à notre chaîne Telegram : https://t.me/observateur_continental
Source : http://www.observateur-continental.fr/?module=articles&action=view&id=7874
https://www.agoravox.fr/tribune-libre/article/macron-veut-le-leadership-269479