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30/10/2016

40 ans après, la Russie et le spectre de la guerre froide

Après Brejnev, Gorbatchev et Eltsine, Poutine et sa volonté de mettre fin à l’humiliation russe

On peut le critiquer, on peut le détester, et il n’est certainement pas le démocrate qu’aurait souhaité l’Occident. Toutefois, Vladimir Poutine représente sans aucun doute aujourd’hui le dirigeant le plus libéral et le plus pacifique de toute l’histoire de la Russie, un pays qui, qu’on le veuille ou non, est aujourd’hui une partie prenante majeure à l’avenir de notre continent.

Il y a quarante ans, la Détente entre l’Est et l’Ouest touchait à sa fin. La défaite humiliante de l’Amérique au Vietnam voyait ce dernier pays, dès 1975, choisir le camp de l’URSS. Après quelques tentatives peu concluantes en Afrique, l’émancipation des colonies portugaises cette même année permit à Moscou de prendre véritablement pied sur le continent noir en faisant main basse sur l’Angola et le Mozambique – sans compter la prise du pouvoir par des mouvements prosoviétiques au même moment en Éthiopie. L’invasion militaire de l’Afghanistan décidée par Léonid Brejnev en décembre 1979, pour soutenir un régime communiste arrivé au pouvoir en avril 1978 mais menacé dans son maintien, entérina définitivement la rupture entre les deux blocs.

“Vladimir Poutine représente sans aucun doute aujourd’hui le dirigeant le plus libéral et le plus pacifique de toute l’histoire de la Russie”

Une nouvelle ère de confrontation voyait le jour par tiers-monde interposé. Celle-ci ne dura toutefois pas trop longtemps. Les forces centrifuges au sein du bloc soviétique, notamment en Europe, conduisirent à l’émancipation de fait de la Pologne, prémices à celle de l’ensemble de ce que l’on appelait alors l’“Autre Europe”. La libéralisation économique (perestroïka), politique et culturelle (glasnost) lancée par Mikhaïl Gorbatchev dès son arrivée au pouvoir en 1985 allait accélérer la dislocation du bloc soviétique, et même conduire à l’éclatement de l’URSS aux derniers jours de décembre 1991.

L’après bloc de l’Est

Au lieu d’intégrer la Russie postsoviétique dans un monde nouveau, désidéologisé et marqué par cette fameuse “fin de l’histoire” chère à Francis Fukuyama, l’Amérique victorieuse n’eut au contraire de cesse de pousser ses pions dans l’ancien bloc de l’Est. Faible et corrompu, héritier d’une économie aux abois, le nouveau et premier président non communiste russe Boris Elstine (décembre 1991-décembre 1999) n’avait ni les moyens, ni l’ambition de s’y opposer. En dépit des engagements pris de ne pas étendre l’Otan au-delà des frontières de l’Allemagne réunifiée, plusieurs pays de l’ancien bloc rejoignirent l’organisation militaire intégrée occidentale dès mars 1999 (République tchèque, Hongrie et Pologne), d’autres, y compris les républiques baltes anciennement soviétiques, suivront en 2004.

“Au lieu d’intégrer la Russie postsoviétique dans un monde nouveau, l’Amérique victorieuse n’eut au contraire de cesse de pousser ses pions dans l’ancien bloc de l’Est”

L’élection de Vladimir Poutine en 2000 voit le lancement de réformes économiques structurelles visant à mettre fin au chaos des années Eltsine et à remettre la Russie sur pieds, y compris son appareil industrialo-militaire. L’“humiliation” devrait prendre fin. La perception d’une volonté américaine d’encercler le pays est alors encore renforcée par plusieurs décisions, comme celle d’installer un bouclier antimissile aux frontières de la Russie, ou par l’invitation faite à la Géorgie de rejoindre l’Otan. Enfin, la prise de pouvoir violente par des éléments pro-occidentaux à Kiev lors des événements dits de Maïdan en 2014 finira de convaincre le Kremlin que les États-Unis ont pour volonté de déstabiliser la Russie et de porter la guerre à ses frontières.

Fin du rapprochement en vue

La Russie est de longue date une nation paranoïaque. Les invasions napoléonienne et hitlérienne l’ont profondément marquée ; elle souffre d’un sentiment obsidional d’encerclement et se sent au plus profond d’elle-même aujourd’hui assiégée. La présence militaire occidentale à ses frontières constitue non pas un facteur de stabilité comme on le présente en Europe, mais est perçue comme une menace majeure aux yeux des Russes, y compris pour la survie même de leur nation. Les événements en Crimée, ceux du Donbass en sont finalement une réponse. L’Europe a perdu sa compréhension de ce qui fait la psychologie de la Russie. Les sanctions économiques ne la feront pas reculer sur le Donbass, bien au contraire. Les critiques face à l’engagement de Moscou en Syrie – qui a quand même empêché que la ville Damas ne tombe aux mains de Daech à l’automne 2015, ce qui n’est pas rien – suscitent, elles, l’incompréhension dans la rue moscovite.

“La Russie est de longue date une nation paranoïaque. Elle souffre d’un sentiment obsidional d’encerclement et se sent au plus profond d’elle-même aujourd’hui assiégée

Il est à craindre que le raidissement de la posture diplomatique de l’Europe, s’alignant en cela sur celle d’une Amérique toujours dans une logique de guerre froide, ne conduise à un retour, quarante ans après, à la fin d’une séquence de rapprochement et n’amorce une nouvelle confrontation. Cette fois-ci, non pas en raison de l’expansionnisme réel ou supposé de la Russie, mais bien en réponse à la volonté continue de Washington d’imposer ses vues, y compris dans ce qui ressort de l’espace stratégique pour ne pas dire vital de la nation russe.

Source

http://www.voxnr.com/5126/40-ans-apres-la-russie-et-le-sp...

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