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Une révolution pour l'Ordre

6a00d8341c715453ef0240a47c0a6c200c-320wi.jpgCe 24 août à Paris et ailleurs, on annonçait encore un 41e samedi de mobilisation sous l'étendard des Gilets Jaunes. Ceci tend à prouver qu'il existe encore une braise révolutionnaire populiste sous les cendres de la relative défaite et, surtout, de la récupération d'un mouvement informel de protestation par d'authentiques marxistes, cégétistes et autres gauchistes.

Le 26 août, les militants d'extrême gauche se disant altermondialistes pouvaient afficher, quant à eux, leur bilan jugé positif[1] du contre-sommet organisé depuis plusieurs jours à Hendaye. Les violences, récurrentes depuis 20 ans dans ce genre de circonstances, ont été contenues. À peine si le 24 août, à Bayonne, une manifestation non déclarée d’opposants au G7 a donné lieu à 68 interpellations[2]. Car c'est dans un Biarritz bunkérisé, au grand dam de ses habitants, que se sont rassemblés les dirigeants occidentaux. Ceci tend à confirmer que le maintien du calme dans la rue ne suffit pas à garantir l'ordre dans les esprits.

Enfin ce même 26 août au soir le chef de l'État intervenait au journal de 20 heures sur "France 2". Rendant compte, face à une Anne-Sophie Lapix aux dents toujours plus éclatantes, de la coûteuse réunion des trois jours précédents, il s'exprima plus longuement sur ses nouveaux choix quant à l'évolution des régimes monopolistes de retraite par répartition, que sur les importantes décisions prises en commun avec le président des États-Unis, jusqu'ici considéré comme très méchant.

Cette dernière virevolte désavoue les conclusions du travail de l'incapable Delevoye. Elle laisse légèrement rêveur et tend à souligner combien les structures de décision de la technocratie ne se préoccupent toujours pas des principes affichés au fronton des édifices républicains.

Dans le débat ce nième projet de réforme d'un système économiquement condamné, on ne se préoccupe guère du libre choix des individus. Où trouve-t-on, en effet, la trace du droit de propriété, sans même parler de mots devenus tabou, tel celui de l'épargne personnelle et familiale dont les systèmes de pensions collectives, depuis les lois de Bismarck en 1889 jusqu'à la charte de travail de Darlan en 1941, en passant par le Social security act de Roosevelt en 1935, n'ont jamais représenté pourtant que des substituts ?

Quand le désordre et l'arbitraire règnent dans la pensée des gouvernants, la conception d'une force de conservation de la société, face aux lubies de la gauche et de l'étatisme, prend des allures de contestation révolutionnaire.

Oser se dire conservateur dans la France d'aujourd'hui relève ainsi de la témérité et ne semble pouvoir s'exprimer que par l'insolence.

Or, cette démarche se retrouve à l'origine de toutes les droites.

On se trompe trop souvent à l'apparition du concept conservateur.

On l'identifie, aujourd'hui, surtout à la présidence de Ronald Reagan à Washington (1981-1989) et au gouvernement de Margaret Thatcher (1979-1990) à Londres qui, l'un comme l'autre, redressèrent considérablement la puissance de leur pays. À noter que leur rétablissement de l'influence américaine et britannique s'est appuyé, dans les deux cas, sur une très forte affirmation des libertés économiques.

L'idée n'est apparue en fait, aux États-Unis, que dans les années 1950 avec National Review, par un refus de toutes les complaisances à l'égard du communisme.

En Grande Bretagne, elle remonte à des temps plus anciens. Dans les années 1830 pour s'opposer à l'héritage whig, jugé complice des idées révolutionnaires, la Jeune Angleterre de Disraëli et de George Smythe entreprit de structurer ce qu'ils appelleront la cause des conservateurs. Elle unit autour des anciens tories, tous ceux qui, depuis les écrits de Burke dénonçaient la subversion venue de France. Un mouvement comparable s'est dessiné en Allemagne dans les années 1920 sous le nom de Konservative Revolution, etc.

Mais le mot conservateur lui-même est né précisément en France. Il peut être daté de la création de la revue Le Conservateur, éditée à l'initiative de l'éditeur Le Normant sous le patronage de Chateaubriand en 1818. La préoccupation de ces hommes de droite se portait sur la réapparition subreptice, sous des étiquettes édulcorées, des idées dont 3 ans plus tôt le pays s'était cru débarrassé.

À l'époque on gardait présent à l'esprit l'horreur de ce qu'avait représenté le jacobinisme.

Une intéressante figure de révolutionnaire du Midi nous est proposée, par exemple, avec la personnalité emblématique sinon attachante de Jourdan-Coupe-Tête, chef des jacobins d'Avignon. Ses troupes avaient exercé, avant la lettre, la Terreur dans le comtat Venaissin rattaché à la France. Ces gens avaient ravagé cet aimable territoire pontifical transformé en département du Vaucluse. Ce personnage se trouvait à la tête des quelque 500 Marseillais montés à Parsi à l'été 1792, et qui, reprenant le fameux chant de l'Armée du Rhin, valut son nom à l'hymne officiel du régime républicain.

Voici comment le décrit Michelet lui-même :

"Pour conduire ces bandes mal disciplinées, mêlées de portefaix, de paysans, de déserteurs français, il fallait un homme du peuple. Ils choisirent un certain Mathieu Jouve, qui se faisait appeler Jourdan. C'était un Français, né dans un des plus rudes pays de France, pays de glace et de feu, terre volcanique, éternellement rasée par la bise, les hauteurs quasi désertes qui entourent Le Puy-en-Velay. Il était d'abord muletier, puis soldat, puis cabaretier à Paris. Transplanté à Avignon, il y vendait de la garance. Bavard et vantard, il faisait croire au petit peuple que c'était lui qui avait coupé la tête au gouverneur de la Bastille, puis encore coupé la tête aux Gardes du corps du 6 octobre. À force de le lui entendre dire, on l'appelait Jourdan Coupe Tête. La sienne était fort burlesque, par un mélange singulier de bonhomie et de férocité. Entre autres singularités, cet homme, très cruel dès qu'il avait vu le sang, n'en avait pas moins les larmes faciles ; il s'attendrissait sans peine, parfois pleurait comme un enfant."

C'est pour empêcher le règne de ce genre de sauvages que se sont formées, depuis 200 ans, toutes les droites.

JG Malliarakis  

Apostilles

[1] Lire, par exemple, le compte rendu signé de Chloé Rébillard sur le site Reporter "G7, le contre-sommet réussi malgré la pression policière".
[2] Chiffrage de la préfecture des Pyrénées-Atlantiques.

https://www.insolent.fr/

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