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Trois livres sur la crise du Covid-19

Les ouvrages se bousculent en librairie, pour se pencher sur le, »pendant » et sur « l’après » de la crise du coronavirus. J’en ai retenu trois : celui du Pr Christian Perronne, clinique, implacable. En second lieu, le réquisitoire de Philppe de Villiers, paradoxalement le plus positif. Et, troisièmement, sans doute le pus révélateur, celui d’un Jacques Attali égal à lui même : le plus incantatoire.

La France mise aux arrêts pour ralentir la progression du coronavirus chinois, dix points de PIB sacrifiés pour préserver la vie des plus âgés et des plus fragiles (morts, tout de même, en masse dans les Ehpad, privés de protection, de soins et de la présence de leurs proches), une hystérie collective alimentée par des points de presse quotidiens les plus anxiogènes possibles. Comment vivre après ça ?

Christian Perronne donne des noms

Paru chez Albin Michel, l'ouvrage du Pr Christian Perronne annonce d'emblée la couleur : Y a-t-il une erreur qu'ILS n’ont pas commise ? Pour lui, la crise du Covid-19 a fait naître « L'union sacrée de l'incompétence et de l'arrogance ». Son livre fait mouche : ce partisan de l'usage précoce de l'hydroxychloroquine, des tests massifs et d'un large recours aux masques dans l'espace public affirme clairement que les pouvoirs publics ont délibérément ignoré la gravité de la pandémie qui approchait et qu en traitant les malades, on aurait pu éviter 25 000 morts sur les quelque 30 000 attribués à ce jour au Covid-19 en France.

Ces propos tenus sur BFM le 15 juin dernier ont valu au prolixe médecin l'équivalent d'une mise en examen par l'Ordre des Médecins qui a chargé fin juin son Conseil départemental de l'Ordre des Hauts-de-Seine d'instruire le dossier.

Perronne, à l'inverse de son confrère « hydroxychloroquiniste » Didier Raoult, professeur d'infectiologie, est plutôt direct dans ses accusations nominatives et il lui manque peut-être cette prudence de langage qui a permis au médecin marseillais de garder toujours l'avantage sur ses détracteurs, n'allant jamais au-delà de ce dont il peut personnellement se porter garant.

Mais c'est là ce qui fait tout l'intérêt du réquisitoire du Dr Perronne : celui d'un médecin de terrain, outré par les contradictions et les assertions floues du pouvoir qui a laissé les Français démunis face à la crise.

Chaque valse hésitation, chaque déclaration révélant à quel point les autorités étaient désemparées, démunies face à une crise où elles naviguaient à vue, chaque mensonge médiatique des ministres successifs de la santé et de l'inénarrable porte-parole Sibeth Ndiaye y est répertorié.

Perronne - cela se sent fortement à travers son texte travaillé par la journaliste Ambre Bartok - veut frapper l'imaginaire populaire par les mots familiers, les astuces verbales de comptoir. Il veut donner les noms de tous ces experts tels Karine Lacombe, Jean-Yves Delfraissy Yasdan Yasdanpanah et autres Denis Malvy qui ont dicté la politique sanitaire de la France au nom de leur très hypothétique indépendance. Perronne détaille leurs rapports financiers - à tous - avec des laboratoires comme Gilead, promoteurs de traitements potentiels du Covid-19 innovants et donc chers. A-ton laissé mourir des milliers de malades en France pour des motifs de profit ?

La partie techniquement la plus intéressante du livre est celle où Perronne expose pourquoi il est favorable au recours à un traitement du Covid-19 dont il estime qu'il a fait ses preuves. La combinaison hydroxychloroquine-azithromycine, prescrite sous surveillance médicale, a permis d'observer un taux de guérison de 98,7 % parmi les populations les plus à risque du millier de personnes soignées sous la responsabilité du Pr Raoult, de maintenir la mortalité des personnes âgées à 0,75 %, en somme de soigner et de ralentir la contagiosité chez une population dont 65,7 % avaient « une pneumonie documentée par un scanner ». Ailleurs en France, selon les lieux, les malades du Covid-19 âgés de plus de 70 ans mouraient à « 30 », voire à « 50 % ».

Les chiffres sont faramineux, et devraient conduire à se poser d'autres questions que celles de la simple incompétence, de l'impréparation ou du lucre. Le livre du Pr Perronne s'arrête au seuil d'une réflexion plus approfondie sur la privation des libertés à l'échelle quasi-mondiale.

Trois livres sur la crise du Covid-19.jpegPhilippe de Villiers demande des comptes

Face à ce constat, le titre du livre de Philippe de Villiers, paru chez Fayard, claque comme une bannière portée au front : Les Gaulois réfractaires demandent des comptes au Nouveau Monde. Ici, le constat de l'impéritie des gouvernants est plus cinglant, mieux tourné. Il part d'une analyse implacable du très double, pour ne pas dire très trouble Emmanuel Macron, touché par l'enracinement du Puy-du-Fou mais porté « vers le dogme du monde sans frontières » par son tempérament personnel. Ce « Nouveau Monde » dont, Villiers l'assure tout au long de son livre, le coronavirus pourrait bien sonner le glas.

Forcément, le livre de Philippe de Villiers est un plaidoyer pro domo - pour lui-même, en ce qu'il a depuis des décennies dénoncé la division internationale du travail, les conséquences néfastes de la destruction des frontières, rejeté comme un moderne Cassandre. Deux ans après Maastricht, raconte l'ancien coéquipier de Jimmy Goldsmith, les deux hommes faisaient rire les salles en lançant : « Quand toutes les barrières sanitaires seront tombées et qu’il y aura une grippe à New Delhi, elle arrivera dans le Berry». Mots prémonitoires... Et de plaider pour ces « compartiments étanches » que sont les nations face aux dangers d'une mondialisation dont les ratés peuvent se répandre sans frein.

Mais là où l'ONU et les «élites» du Forum économique de Davos, et le Prince Charles - et Macron lui-même, et tous les constructeurs municipaux de pistes cyclables « pour accompagner le déconfinement », à Paris, Versailles, Vannes ou... Bogota - voient dans le Covid-19 une aubaine dont les opportunistes de l'écologie et du mondialisme vont pouvoir tirer profit, Villiers préfère y déceler un instrument de réveil des peuples. Un peuple citadin qui soudain redécouvre le terroir - heureux confinement - et l'intérêt d'être maître chez soi. « On ressort du placard le triptyque de l'Ancien Monde : l’État, le Social, la Nation » écrit Philippe de Villiers.

Il y a de la saine colère dans son livre, contre un grand peuple maintenu intégralement en quarantaine : « La France aux arrêts. » « Voilà la destinée piteuse de ce pays qui a dominé le monde, de cette nation efflorescente de jardiniers de plein vent qui aura vécu sa réclusion comme une servitude bon enfant », déplore Philippe de Villiers. Et il cite un de ces Français dont l'esprit libre n'a pas fini d'enthousiasmer les jeunes, Antoine de Saint-Exupéry qui n'aurait même pas pu imaginer le confinement : « Nous sommes étonnamment bien châtrés... Je hais cette époque où l'homme devient, sous un totalitarisme universel, bétail doux, poli et tranquille. »

Philippe de Villiers dresse le portrait d'une société qui, à force de négliger le réel, l'utilité des frontières, finit suspendue au-dessus du vide, menacée par des dangers que les gouvernants avaient tous les moyens de voir venir. Comme le virus de Wuhan. Il les a pris de court, pourtant, obligeant au rétablissement des frontières... que sont les « gestes barrières ». Mais appliqués à l'individu.

Le livre de Villiers montre clairement quelle est la volonté de nos gouvernants pour l'après-Covid maintenir l'ouverture des frontières au détriment des personnes confinées et cantonnées, empêcher l'« ancienne économie » de reprendre pour mieux en finir avec les « indépendants » dans un Occident voué au déclin face à l'étoile montante, la Chine.

Mais celui qui n'a pas exclu de se remettre en selle en vue de la prochaine élection présidentielle - est-ce pour cela qu'on a l'impression d'un livre de campagne ? - voit dans le retour forcé à la « famille » et une sorte de « Mai-68 à l’envers » par la grâce du confinement et de la mise à nu des mensonges du pouvoir l'occasion pour revenir à une économie réelle, ici en France, garante de la souveraineté, de rétablir les frontières, de venir à l'« écologie » d'une agriculture qui fera « produire français en France », de rétablir un ordre juridique qui redonne préséance à la règle de droit française tout en protégeant de nouveau la liberté d'expression - surtout face au mensonge. Tout un programme ? Oui, dans tous les sens du mot. L'avenir dira si cet optimisme d'un amoureux de la France est solidement fondé.

Trois livres sur la crise du Covid-19 1.jpegLe rêve de Jacques Attali

Aux antipodes du livre de Villiers, voici enfin celui de Jacques Attali, publié aussi chez Fayard pour inviter à « se préparer à ce qui vient ». Dans L’économie de la vie, le conseiller de tant de présidents français et l'un des mentors d'Emmanuel Macron se livre à un de ces récits prospectifs et péremptoires dont il a le secret passionnant révélateur d'une pensée technocratique et révolutionnaire rêvant de la disparition des compagnies aériennes low-cost et de la transformation des hôtels de luxe en sanatoriums pour vieux...

Attali dénonce avec une certaine mauvaise foi la manière dont la France s'est inspirée de la « dictature communiste chinoise » pour imposer un confinement de ceux qui travaillent pour laisser vivre ceux qui ne travaillent pas qui n'est pas une solution face à une pandémie qui exige tests, masques et isolement des contaminés, selon le triplé gagnant de pays comme la Corée du Sud ou Taïwan. Le coup de semonce, venant d'un chantre du mondialisme et du libre-échange qui jusqu'ici ont largement servi à la Chine et ont assuré sa prédominance jusque dans de nombreuses institutions onusiennes, est décidément paradoxal.

Attali s'en prend aux cafouillages chinois face à la pandémie, à ses mensonges statistiques, à ses fausses solutions tyranniques on croirait lire le récit d'un « complotiste » à l'aune du politiquement correct contemporain. Il qualifie la crise économique qui suivra le confinement de « crise économique autodécidée »;  il annonce la mobilisation de 10 % du PIB mondial dans la résolution de la crise, et la paupérisation des classes moyennes il souligne avec une particulière gravité le sort fait aux rites funéraires pendant le confinement, alors que dit-il, « la peur de la mort est la source ultime du pouvoir ». Vous avez bien lu la «source».

Ses solutions ? Plus d'Europe, plus de fonctionnaires (éboueurs, infirmières, etc.) financés par « plus d'impôt, et ce sera très bien ainsi », moins de carbone et plus d’« écologie », la fin du voyage démocratique et de l'industrie automobile et la multiplication des concerts virtuels, mais payants. Il veut un « changement de paradigme ». « Faisons de cette pandémie... le moment », écrit Attali sans sourciller.

Dans ce pot-pourri qui est censé garantir l'avenir et la tranquillité de l'humanité même face à une nouvelle pandémie (on se demande comment), on note le recours à ce que veut l'ONU des organes de pouvoir mondiaux pour imposer des règles sanitaires et l'utilisation de fonds gigantesques pour se prémunir contre de nouveaux désastres qui ne sauraient que se multiplier

Quant aux ménages, ils devront selon Attali être prêts à dépenser plus pour « se soigner se nourrir se former se cultiver se loger », au service de l'écologie, de l'énergie propre, du recyclage, bref, tout ce qui permet de vivre « bien », comme il dit.

Que restera-t-il de nos libertés ? Vivre bien, à l'ère post-COVID, c'est accepter que le bonheur soit dicté par d'autres, que nous en voulions ou non.

Jeanne Smits Monde&vie 15 juillet 2020 n°988

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