Coup de tonnerre dans le landerneau politique ! Marine Le Pen, en tête de tous les sondages pour l’élection présidentielle de 2027, ne pourra, sauf revirement judiciaire inattendu, pas s’y présenter. Les juges en ont décidé ainsi, provoquant un véritable séisme politico-médiatique et faisant un nouvelle démonstration de ce « coup d’État des juges » qui est le thème du dossier central du nouveau numéro de la revue Éléments.
La sentence est tombée. Hormis les amendes et les peines de prison (ferme et/ou avec sursis, par nature aménageables, sachant qu’on peut vivre avec un bracelet électronique quelques mois durant ; demandez à Jérôme Cahuzac ou Nicolas Sarkozy), un fait majeur demeure : la potentielle présidente de la République sera interdite de course élyséenne en 2027, sauf recours en justice de dernière minute.
Certes, les faits sont là et détournement de fonds publics, il y a eu. Logique : après les élections législatives catastrophiques de 2007, le Front national est aux abois : presque la moitié des fonctionnaires du mouvement est licenciée. Pour sortir de cette béchamel infernale, il faut parer au plus pressé. D’où ces attachés parlementaires européens, financés aux frais des institutions bruxelloises et travaillant de fait pour le parti. À l’époque, ils ne sont pas les seuls à employer de tels expédients ; la preuve par le Modem de François Bayrou et tant d’autres groupes politiques avant lui.
La différence, c’est que le futur Rassemblement national pratique ces « petits arrangements », à échelle certes plus grande, mais avec un amateurisme tel qu’on ne saurait le faire passer pour expert en carambouille. D’ailleurs, ces derniers étaient plus ou moins légaux à l’époque, avant que la loi Sapin II ne les sorte de cette zone grise et que Marine Le Pen ne les abandonne peu de temps après.
Passons ; la justice est passée. Et cette dernière est indubitablement partiale ; le fameux « gouvernement des juges » et le « mur des cons » du Syndicat de la magistrature n’étant pas que vue de l’esprit. Cette justice est donc à l’évidence politique, se montrant bien plus vétilleuse envers les prévenus de droite que de gauche, la preuve par Nicolas Sarkozy et François Fillon. Notons néanmoins que ce dernier ne fut pas empêché de concourir à l’élection présidentielle de 2017. Dans le cas de Marine Le Pen, la pression est manifestement montée d’un cran.
Le pouvoir politique aux ordres du pouvoir judiciaire ou le contraire ?
Après, cette justice politique obéit-elle au pouvoir politique tout court ? Qui pourrait affirmer qui, de cet étrange attelage entre mulets et cocher, tient les rênes ? Personne, tant il demeure probable que cette décision n’était pas forcément conforme à ce que l’Élysée pouvait souhaiter. Au Château, y avait-il ainsi le choix entre deux mauvaises solutions.
La première, la moins mauvaise, consistant à laisser Marine Le Pen concourir en 2027. Oui, quitte à l’accabler d’amendes. Car avec elle, le futur candidat du « bloc central » demeurait en terrain connu, puisque cela aurait été sa quatrième campagne.
La seconde, la plus mauvaise. Oui ; mais plus risquée encore. Car là, c’est le saut dans l’inconnu, sachant que personne ne peut aujourd’hui mesurer les effets d’une telle condamnation dans l’opinion publique ? Et quel serait alors l’impact de la candidature d’un Jordan Bardella, le plan B mariniste ? On le sait encore moins. Cette option n’est pourtant pas sans avantages pour le système en place, puisque susceptible de semer le trouble au sein du RN, là où le nouveau président n’a pas que des amis et où Marion Maréchal, nonobstant son équipée hasardeuse avec Éric Zemmour, en compte encore quelques-uns. Sans négliger le fait que d’autres voix, à la droite de la droite, se considéreraient assez bien capés pour tirer les marrons du feu en l’absence de Marine Le Pen, même si dénonçant le sort judiciaire qui lui est fait. Un Éric Zemmour s’y verrait bien ; un Bruno Retailleau aussi. Et pourquoi pas un Gérald Darmanin ou un Laurent Wauquiez ?
Face au « danger » lepéniste, la politique de gribouille ?
L’actuelle situation, qu’elle ait été sciemment diligentée par ce qui demeure du pouvoir macronien ou simple fait de ces « justiciers » ayant phagocyté l’institution judiciaire, aura au moins permis de semer le chaos à la droite de ce bloc central dont un Édouard Philippe pourrait bien être le prochain héraut. Une sorte de conjonction d’intérêts au sein du « cercle de la raison », en quelque sorte. Voilà qui pourrait bien aussi, au passage, faire les affaires d’un Jean-Luc Mélenchon, malgré son timide soutien à sa « meilleure » ennemie.
Cette survie du « système », pour théorisée qu’elle ait pu être, sera-t-elle la plus efficace pour lutter contre le « péril populiste », rien n’est moins sûr.
En attendant et ce au-delà de cette tambouille, Nicolas Dupont-Aignan se distingue des soutiens ou des condamnations de circonstance : « Fillon en 2017, la Roumanie il y a quelques semaines, et maintenant l’inéligibilité de Marine Le Pen pour 2027 : le deux poids, deux mesures du gouvernement des juges entrave la souveraineté populaire et sape nos démocraties. »
Ça bouge à l’international…
Il est vrai que le « gouvernement » en question prend désormais, à l’heure où ces lignes sont rédigées, des dimensions internationales, le Kremlin ayant dénoncé « une violation des règles démocratiques », tandis que le premier ministre hongrois, Viktor Orbán, autrement plus direct, postait ce message sur X : « Je suis Marine ! ». De l’autre côté de l’Atlantique, Elon Musk réagit avec ses mots à lui : « Quand la gauche radicale ne peut gagner par le vote démocratique, elle utilise le système judiciaire pour emprisonner ses opposants. » Une situation que Charles Maurras résumait à peu près jadis en ces termes : « Si ceux qui nous gouvernent le font généralement mal, ils se défendent toujours assez bien. »
Quant à la principale intéressée, invitée ce 31 mars au Journal télévisé vingt heures de TF1, elle semble plus combative que jamais, dénonçant une décision « politique » et annonçant vouloir user de tous les recours possibles : « Je ne vais pas me laisser éliminer ainsi ! ». Le feuilleton n’est donc pas forcément clos, sachant qu’à l’instar de son père, Marine Le Pen n’est jamais aussi pugnace que par temps mauvais. Et Dieu sait s’il l’est actuellement.
