
Chronique de Paysan Savoyard (n° 352 – Janvier 2026)
L’Europe va probablement mourir. L’Occident lui-même est gravement menacé, sauf si l’entreprise de survie lancée par Trump réussit. Sauf si elle se diffuse ensuite dans les autres pays du monde occidental et en Europe.
Mortelles, comme on le sait, les civilisations naissent, croissent, connaissent leur apogée, puis déclinent avant de s’effacer. Elles disparaissent d’épuisement, de décadence, de divisions internes, généralement suivies d’invasions extérieures. Mariage de l’héritage gréco-latin et de la foi chrétienne, la civilisation européenne naît vers l’an mil. Dix siècles plus tard, elle va probablement laisser la place.
La cause immédiate de la mort de l’Europe sera l’invasion migratoire. Si elle se poursuit, les Blancs seront mis en minorité en Europe bien avant le milieu du siècle ; la France et l’Europe seront islamisées ; la civilisation européenne aura disparu. Mais la cause première de la mort de l’Europe, la cause profonde, la cause fondamentale, celle qui au demeurant est à l’origine de l’invasion migratoire elle-même, c’est la division de l’Europe. Une double division même, division des différents Etats et peuples européens, division interne des sociétés européennes.
Nous traiterons du premier point dans la présente chronique : depuis des siècles, les Européens sont désunis, en rivalité, en guerre quasi permanente.
- Les révolutionnaires ont inventé les guerres de masse
Pendant les trois siècles qui suivent l’an mil, il convient de le souligner, l’Europe sur son sol est restée indemne de la guerre. Elle a dû faire face aux tentatives d’invasion arabe et aux croisades, mais l’Europe chrétienne est restée unie. Les conditions climatiques étant en outre favorables (à-peu-près les mêmes qu’aujourd’hui) et la production alimentaire suffisante, la population a pu doubler. On peut ainsi considérer qu’aux XIIIe et XIVe siècle, une forme d’apogée de l’Europe chrétienne a été atteinte, symbolisée par l’érection des cathédrales. Avec la guerre de Cent ans commence ensuite, malheureusement, la lutte des principaux royaumes, la France, l’Angleterre, l’Autriche, pour la suprématie européenne. Cette lutte ne cessera plus. Dans ces guerres d’Ancien régime, le nombre des combattants, aristocrates et mercenaires, était cependant réduit, ce qui limitait les conséquences humaines des affrontements.
Vint la révolution française. Pour faire chuter dans toute l’Europe les monarchies et les systèmes d’ancien régime, les révolutionnaires déclenchent le cycle des guerres révolutionnaires et napoléoniennes. Les révolutionnaires ne se contentent pas de provoquer la guerre : ils inventent la conscription et inaugurent ainsi l’ère des guerres de masse. Napoléon, général de la révolution, ne se contentera pas de conduire les guerres républicaines. Tyran génial et malfaisant, il ne cessera, pour satisfaire sa volonté pathologique de domination, de provoquer et d’alimenter de nouveaux conflits meurtriers (les guerres révolutionnaires et napoléoniennes ont fait 1,5 millions de morts rien que du côté français). On notera au passage qu’à la chute de Napoléon, des centaines de milliers de morts plus tard, le territoire français était moins étendu qu’à son arrivée au pouvoir.
- Au XIXe, la mise en place des Etats-nations a constitué un facteur de guerre majeur
Le développement des états-nations au XIXe siècle va constituer un puissant facteur de guerre. L’état nation entraîne par nature la naissance de la conscience nationale et du patriotisme : renforcé par la généralisation de la conscription, le processus débouche naturellement sur le nationalisme et l’affrontement.
Premier acte de l’enchaînement qui aboutira aux conflagrations mondiales, la guerre de 1870 entre la France et l’Allemagne a pour principale conséquence la constitution d’une grande Allemagne unifiée. Liguées les unes contre les autres dans un système d’alliances, les nations européennes vont se laisser entraîner dans la première guerre mondiale. Guerre entre nations, la guerre est par là-même devenue totale : elle fera 10 millions de morts. La guerre « a donné le signal du déclin de l’Europe » (JJ Becker) : appauvrie et discréditée par la violence et l’irrationalité de l’affrontement, l’Europe a perdu, au profit des Etats-Unis, l’empire qu’elle exerçait jusque-là sur le reste du monde.
Une fois la guerre terminée, l’Europe reste tout aussi divisée. L’ampleur et l’absurdité du massacre auraient pu servir de leçon aux Européens. Ils auraient pu, comme le proposait le président américain, conclure une paix sans vainqueur et s’efforcer de donner la priorité à l’entente entre leurs nations. Il n’en a rien été. La volonté française de faire payer l’Allemagne, le sentiment d’injustice et d’humiliation ressentie par l’Allemagne face aux conditions de la paix fixées par le traité de Versailles, compteront parmi les causes importantes de la seconde guerre mondiale. Celle-ci fera 30 millions de morts en Europe. Elle achèvera d’appauvrir l’Europe, de la discréditer moralement et de la déclasser au profit des Américains.
- La prise de pouvoir des communistes en Russie et la guerre froide qui s’ensuivit ont été le ressort puissant d’une nouvelle division de l’Europe
L’une des conséquences de la première guerre mondiale a été la victoire du communisme en Russie. L’URSS ayant en 1939 pactisé avec l’Allemagne nazie, elle va permettre à Hitler d’envahir la Pologne quelques jours plus tard, déclenchant ainsi la seconde guerre mondiale. Après la défaite de l’Allemagne en 1945, l’Europe se retrouve divisée en deux blocs, le bloc communiste et le bloc des démocraties libérales allié aux Etats-Unis. La guerre froide durera près d’un demi-siècle.
La disparition de l’URSS en 1991 aurait dû logiquement déboucher sur la réconciliation des deux blocs européens. Il n’en a rien été. L’OTAN dirigée contre l’URSS n’a pas été dissoute à la disparition de celle-ci. A défaut de dissolution, il aurait pu être proposé aux Russes d’adhérer à l’OTAN afin de constituer une alliance occidentale, réunissant les Américains et l’ensemble des Européens, de l’Atlantique à l’Oural : il n’en a rien été, là encore. Au contraire, à l’instigation des Américains, les pays de l’ex URSS ont adhéré à l’OTAN à tour de rôle, manifestant ainsi leur désir d’échapper définitivement à l’emprise russe. Leur démarche était compréhensible : mais elle ne pouvait qu’être ressentie par la Russie comme une entreprise hostile. La révolution en Ukraine en 2014, soutenue voire suscitée par les Occidentaux, a débouché sur le remplacement du gouvernement pro russe par un gouvernement pro occidental : cela ne pouvait qu’inciter la Russie à déclencher une guerre contre l’Ukraine, qu’elle considère, non sans raisons, comme un territoire russe.
Le maintien de la Russie dans le statut d’ennemi est l’application de la stratégie américaine, exposée sans ambages par Z. Brzezinski en 1997, qui vise à diviser l’Europe. Cette stratégie peut être considérée, c’est du moins notre avis, comme une erreur du point de vue des intérêts américains : une alliance occidentale incluant la Russie serait sans doute la plus opportune face à la Chine (voir cette chronique). Cette stratégie de division est catastrophique également pour les Européens, qui auraient intérêt à une alliance avec la Russie, laquelle appartient à la civilisation européenne et est dotée d’immenses ressources.
La guerre en Ukraine inspire cette réflexion. En aidant l’Ukraine et en sanctionnant la Russie, les dirigeants européens cherchent à prolonger et à alimenter la guerre, par hostilité à Poutine et à Trump dont ils cherchent à contrecarrer les tentatives de règlement du conflit. Les Européens déclarent ces temps-ci envisager de s’impliquer davantage encore, en positionnant le cas échéant des troupes sur le terrain ukrainien (voir les récentes déclarations du chef d’état-major français). Ces dirigeants européens se placent ainsi progressivement dans la même position que les gouvernants français d’alors face à la perspective des guerres mondiales : par deux fois, alors que le pays n’était pas lui-même menacé, ces dirigeants français criminels sont entrés en guerre pour respecter les alliances qu’ils avaient conclues, .
- L’escroquerie de la construction européenne
La construction d’une Europe unifiée et pacifiée, puissante et protectrice, a été présentée comme le moyen d’échapper enfin aux guerres séculaires entre nations. L’ambition était hautement louable et les opinions européennes ont à juste titre massivement adhéré à ce projet enthousiasmant. Malheureusement la « construction européenne » s’est révélée n’être qu’une escroquerie (voir cette chronique, celle-ci, celle-ci).
Les promoteurs de la construction européenne ont prétendu vouloir mettre en place une union économique, c’est-à-dire un marché commun protégé par des barrières douanières : en réalité ils ont dissous l’Europe dans le libre échange mondial (en participant au processus de baisse mondiale des droits de douanes dans le cadre de l’OMC ; en libéralisant les mouvements de capitaux internationaux ; en cherchant à conclure ces dernières années différents accords de libre-échange, tels qu’aujourd’hui le Mercosur). Autorisées par ces différentes décisions à délocaliser leur production dans les pays à bas coût, les entreprises européennes ne s’en sont pas privées. Il en est résulté une désindustrialisation massive, en particulier en France, l’un des pays les moins compétitifs en raison du niveau des charges sociales. Avec ces conséquences catastrophiques : chômage ; désertification de la France des provinces ; dégradation des finances publiques pour financer les allocations chômage et les centaines de milliers d’emplois publics plus ou moins bidon créés pour absorber le sous-emploi ; dépendance vis-à-vis des fournitures étrangères…
Les promoteurs de la construction européenne ont prétendu vouloir édifier une Europe unifiée : en réalité l’Europe qu’ils ont mise en place est celle de la concurrence entre les différents pays européens. La libre concurrence, consacrée par les traités, est le principe cardinal de la construction européenne. Les traités interdisent même l’intervention de l’Europe pour harmoniser le niveau des impôts et celui des salaires : la concurrence entre Européens passe dès lors également par le niveau des salaires et de la fiscalité, autorisant des pratiques de dumping. Par exemple l’Irlande, en décidant de pratiquer un taux presque nul d’imposition des bénéfices des sociétés, a conduit de nombreuses multinationales à y installer leur siège : en quelques années l’Irlande est devenue l’un des pays européens les plus riches (privant par là-même les autres pays européens d’une partie de leurs ressources). Mieux encore, l’UE n’a cessé de vouloir s’élargir, soi-disant pour accueillir de nouveaux pays dans le « club de la démocratie et des valeurs libérales » : en réalité l’élargissement a permis des délocalisations internes à l’UE dans des pays à bas coût nouvellement adhérents. Proche historiquement des pays d’Europe centrale, l’Allemagne a profité de ce système au premier chef. Dans la même veine, l’UE a autorisé le travail détaché, flux migratoires internes à l’Europe venant fournir une main d’œuvre moins coûteuse dans les secteurs d’activité non délocalisables, en particulier le BTP. Dans ce système de concurrence interne mise en place par l’UE, les Allemands sont les gagnants : ils ont profité de leur compétitivité pour renforcer leur prospérité. Au contraire la France, avec ses charges sociales et fiscales confiscatoires, souffre d’un manque de compétitivité croissant. On le constate tous les jours, il n’y a pas d’unité entre les pays européens mais concurrence et divergence d’intérêts, qu’il s’agisse de l’agriculture, du Mercosur, des achats d’armes aux Etats-Unis ou de l’électricité nucléaire. C’est ainsi que, pour s’en tenir aux principaux pays, les Anglais ont estimé qu’un départ de l’UE servirait mieux leurs intérêts. Les Allemands, eux, dominent l’Europe grâce à la puissance de leur économie. Ils occupent même depuis plusieurs années, grâce à Mme Van der Leyen, ancien ministre allemand, la tête de la commission européenne. Quant à la France, elle s’accroche à la chimère d’un couple franco-allemand qui n’a pas d’existence.
Les promoteurs de l’UE ont prétendu vouloir construire une Europe puissance indépendante : elle est en réalité vassale des Etats Unis. On sait qu’elle a été créée à l’instigation des Etats-Unis qui voulaient, dans ce qui était devenu leur arrière-cour européenne, maintenir une paix favorable aux échanges économiques : comme l’a montré Philippe de Villiers, le principal acteur de la construction européenne, Jean Monnet, n’était autre qu’un agent américain. Depuis lors, les Européens n’ont cessé de manifester leur allégeance aux Américains. Ils sont membres de l’OTAN, dirigée par les Etats Unis. Tous, France mise à part, achètent leur armement aux Etats Unis. Tous appliquent la stratégie voulue par les Américains et font de la Russie un ennemi. Sur les principaux dossiers de politique internationale, ils s’alignent sur les Américains, à commencer par les Allemands principaux alliés des Etats-Unis en Europe. L’arrivée de Trump et de la droite américaine au pouvoir est peut-être de nature à rebattre les cartes : les orientations que défend la droite américaine (lutte contre l’immigration, remise en cause du libre-échange mondial, lutte contre le wokisme, volonté de passer un accord avec la Russie…) étant aux antipodes des objectifs que poursuivent les dirigeants européens, ceux-ci affirment vouloir édifier désormais une Europe véritablement indépendante.
Les européistes présentent l’UE comme un groupe des pays attachés aux valeurs universelles, en particulier à la démocratie libérale. Ce sont pourtant les dirigeants européens qui n’ont pas hésité à passer outre les résultats du référendum de 2005 en France, en reprenant dans le traité de Lisbonne les dispositions qui venaient d’être rejetées. Ce sont ces mêmes dirigeants qui ont poussé en 2025 à l’annulation d’une élection présidentielle, en Roumanie, laquelle venait de placer en tête le candidat d’extrême droite. C’est encore un ancien commissaire européen, et ancien ministre français, T. Breton, qui a déclaré, en 2025, qu’il ne faudrait pas hésiter à annuler les élections en Allemagne si elles devaient déboucher sur une victoire de l’extrême droite…
Les européistes ont prétendu, enfin construire une Europe protectrice : or, bien loin de protéger les Européens contre les risques les plus graves, les dirigeants européens ont au contraire organisé l’invasion migratoire de leur propre continent. De même que l’Europe prône et contribue à la libre circulation mondiale des services, des marchandises et des capitaux, elle prône et organise la libre circulation mondiale des personnes. L’immigration de masse sert les intérêts des milieux dirigeants à deux titres : elle exerce d’une part une pression à la baisse sur les salaires dans les secteurs non délocalisables ; l’importation de millions de consommateurs supplémentaires, rendus solvables par les impôts payés par les Européens de souche, vient d’autre part accroître les débouchés. L’invasion migratoire extra européenne a été complétée par l’arrivée en Europe occidentale de migrants parasitaires et fortement délinquants venus de pays d’Europe centrale et balkanique nouveaux adhérents de l’UE, dont certains sont des pays intégralement mafieux.
La chose est de moins en moins dissimulée : les gouvernements européens et les instances de l’UE veulent mettre en place une Europe fédérale et reléguer les Etats dans les poubelles de l’histoire. Leur objectif, ce faisant, il convient de ne pas s’y tromper, n’est aucunement de construire les Etats Unis d’Europe : il s’agit de faire disparaître les Etats européens eux-mêmes, parce qu’ils peuvent constituer, à la faveur des changements de gouvernement, des obstacles potentiels à la mise en place du monde voulu par les dirigeants européens pétris d’humanisme, de progressisme et d’universalisme. Un monde mondialisé, voué au commerce et régi par le droit et les juges. Un monde multiculturel, multiracial et peuplé d’individus sans identité. Un monde nouveau pour un homme nouveau.
La responsabilité des dirigeants européens qui se succèdent au fil des siècles dans le déclin et la disparition de l’Europe est complète. Les plus malfaisants occupent une place légitime dans les livres d’Histoire : Napoléon, Lénine, Staline, Hitler. Les dirigeants de second ordre qui se sont jetés dans les guerres ou qui ont été incapables de les éviter méritent également d’être dénoncés (en France, par exemple, au moment de la première guerre, les Poincaré, les Viviani, les Clémenceau…). Les dirigeants européens d’aujourd’hui, aussi ineptes que leurs devanciers, sont eux aussi incapables de s’unir. A l’incapacité habituelle des dirigeants européens depuis des lustres, ils ajoutent cependant un registre nouveau : en organisant l’invasion migratoire de leur propre continent et la destruction consécutive de leur propre civilisation, ils introduisent la dimension inédite du crime historique de haute trahison.
Nos conclusions et nos souhaits découlent du bref essai d’analyse auquel nous venons de nous livrer. Ni le retour aux Etats-nations souverains, sources de nationalisme, facteurs de guerre. Ni le maintien de l’UE, instrument de la dissolution et de l’invasion de l’Europe. De toute évidence il faut souhaiter l’unification véritable et urgente d’une Europe civilisationnelle. Nous y reviendrons.
Aujourd’hui, au-delà des apparences que met en scène la pseudo Union européenne, les Européens restent en réalité profondément divisés. Incapables de s’unir et de faire prévaloir leur communauté de civilisation, ils connaîtront le sort des cités grecques. Elles aussi n’avaient pas su surmonter leurs conflits et leur volonté de se dominer les unes les autres : elles ont été battues, envahies et ont laissé la place.