C’est une surprise, car les tensions entre le RN et Reconquête n'ont pas disparu. Pourtant, à Marseille, les réalités locales démontrent que faire l’union des droites, c’est se donner les moyens, tous les moyens, pour renverser la gauche. Ce 21 janvier, le député RN Franck Allisio, qui brigue la mairie, annonce être rejoint par le délégué départemental des Bouches-du-Rhône de Reconquête, Jean-Marc Grafféo. « Avec ce ralliement supplémentaire, c’est un nouveau pas que nous franchissons vers la victoire », se réjouit le RN marseillais par communiqué. « Les Marseillais nous le disent, peut-on lire, ils veulent sortir cette gauche qui fait sombrer Marseille dans l’insécurité, la pauvreté, la saleté et qui, demain, pourrait ouvrir les portes de l’hôtel de ville à Sébastien Delogu et LFI, racialiste, violent, anti-police et anti-France. »
Sur ses réseaux, Franck Allisio s’affiche tout sourire avec son nouvel allié, dans une poignée de main devant l’hôtel de ville, et se félicite : « L’union sacrée des Marseillais s’élargit encore ! Jean-Marc Graffeo apporte le soutien de Reconquête au grand rassemblement que nous bâtissons pour gagner face à la gauche de Payan et l'extrême gauche de Delogu. » Le candidat Reconquête, pour sa part, s’enthousiasme : « Nous voulons consolider une dynamique de victoire autour d’un projet commun. » Il vante, sur ses réseaux, « une union pour gagner » et fait l’éloge de Franck Allisio, un « candidat de droite, patriote, qui œuvre depuis le début de sa campagne au rassemblement des droites ».
Des sondages favorables
Fait inédit, il ne s’agit pas d’une initiative isolée, celle d’un kamikaze rompant avec son parti. Bien au contraire, la manœuvre est validée, soutenue et plébiscitée par les dirigeants du parti. « À Paris comme à Marseille, comme dans toutes les communes françaises, Reconquête défend l’union qui mène à la victoire », a publié Éric Zemmour, sur X. « Bravo à Franck Allisio (RN) et notre responsable Jean-Marc Graffeo (Reconquête) pour l'alliance locale qu'ils viennent d'annoncer à Marseille, se réjouit Sarah Knafo, l’union est dans le sens de l’histoire. Demain, on gagne Paris et Marseille pour un pays heureux ! »
Dans la cité phocéenne, plusieurs signes de frémissement font grandir l’espoir, dans le camp patriote. Le candidat RN multiplie les échanges positifs avec des milieux naguère peu enclins à la sympathie, comme le monde économique ou la communauté juive, par exemple. « Il y a une très forte dynamique du RN », constate, auprès de BV, ce connaisseur des arcanes marseillaises. Le dernier sondage OpinionWay pour le JDD crédite Franck Allisio de 31 %, à égalité avec le maire sortant Benoît Payan (les deux en hausse d’un point). Martine Vassal, la candidate centriste, soutenue par LR et Renaissance, chute de trois points, à 20 %, quand le candidat insoumis stagne à 14 %. Aux législatives de 2024, Jean-Marc Graffeo rassemblait 1,92 % des voix dans la deuxième circonscription des Bouches-du-Rhône. L’apport de voix n’est donc pas significatif. Mais c’est assez pour espérer arriver en tête au premier tour et éviter, ainsi, une dispersion des voix préjudiciable au camp national.
Le poids de l'union
Voyant poindre la dynamique, Libération tente de semer la zizanie dans le camp national. Le journal se plaît à ressortir d’anciens propos du candidat Reconquête dissonant avec le programme du RN, comme la « remigration », ou désobligeants vis-à-vis de Marine Le Pen. Ce n’est pas une surprise qu’il existe des désaccords et des nuances programmatiques entre le RN et Reconquête. Mais au jeu de la petite phrase désobligeante, le retour dans le giron mariniste du sénateur des Bouches-du-Rhône Stéphane Ravier, qui annonçait son ralliement à Franck Allisio il y a quatre mois, démontre qu’il est possible de panser les plaies et de laisser derrière soi le passé, au nom de l’union.
Côté Reconquête, la manœuvre semble tout aussi profitable. La formation d’Éric Zemmour apparaît comme fédératrice à droite en favorisant et permettant le rassemblement. Elle donne aussi un argument de poids à Sarah Knafo dans sa campagne parisienne : pourquoi ce que Reconquête a fait à Marseille le RN ne le ferait-il pas à Paris ? Les élections municipales sont différentes, dans le sens où « les réalités politiques locales favorisent le cas par cas », analyse pour BV un député RN. Néanmoins, cette alliance dans la deuxième ville de France laisse à penser que la voie du rassemblement des droites n’est pas une chimère.
