La priorité donnée par Donald Trump aux négociations
Alors qu’une imposante force de frappe navale et aérienne se met en place au Moyen-Orient pour « faire pression sur l’Iran », Donald Trump laisse un délai de dix jours au gouvernement iranien pour conclure un accord avec leurs homologues américains sur les trois questions qui n’ont toujours pas été réglées concernant respectivement le nucléaire militaire iranien, l’arrêt de la construction de missiles balistiques et l’arrêt du soutien financier aux organisations terroristes clientes de la République islamique. Après deux sessions de négociations, la première à Mascate, la seconde, la semaine dernière à Genève, aucun résultat satisfaisant pour le Président Trump n’a encore été obtenu malgré les déclarations triomphalistes d'Abbas Arragchi, le ministre des Affaires étrangères iranien, qui a promis vendredi dernier « une ébauche d’accord d‘ici deux à trois jours ».
Ce projet d’accord ne concernerait que le nucléaire iranien et ferait miroiter la possibilité d’investissements financiers américains ainsi qu’un contrôle des installations militaires iraniennes par des inspecteurs américains. Abbas Arrigchi précise ainsi : « Ce dont nous parlons maintenant, c'est de comment garantir que le programme nucléaire iranien, y compris l'enrichissement, soit pacifique et le reste pour toujours ». En contrepartie de cette « bonne volonté » affichée, les négociateurs iraniens demandent ni plus ni moins la levée des sanctions américaines mises en place à partir de 1980. À cela, Donald Trump a répondu samedi, dans un discours à Washington, lors de la première réunion de son "Conseil de paix" : « Nous devrons peut-être aller plus loin, ou peut-être pas. Nous allons peut-être conclure un accord. Vous le saurez probablement dans les dix prochains jours ».
La plus grande armada jamais réunie depuis les deux dernières guerres du Golfe
Alors que les négociations américano-iraniennes sont censées se poursuivre cette semaine, un deuxième porte-avions vient de franchir le détroit de Gibraltar et pourrait se trouver en mer Rouge au large de l’Arabie saoudite dans les prochains jours. Au total ce seront treize navires de guerre américains qui se trouveraient ainsi à portée d’avion et de missile du territoire iranien. Le fleuron de cette armada en sont le Gerald Ford et l’Abraham Lincoln, deux porte-avions avec presque une centaine d’avions chacun, le Gerald Ford étant le plus grand porte-avions du monde. À ce dispositif aéronaval il faut ajouter plusieurs signes qui ne trompent pas, comme l’ajout de plusieurs douzaines d’avions, de leurs bombes et de l’armement antiaérien visant à protéger l’ensemble des bases américaines au Moyen-Orient, au Qatar, aux Émirats arabes unis, en Irak, en Jordanie et surtout en Arabie saoudite. En outre, depuis déjà quinze jours le personnel non directement utile aux futures frappes est progressivement évacué du Moyen-Orient vers les États-Unis. Simultanément, les missiles mobiles antiaériens et antimissiles Patriot se déploient notamment au Qatar sur la base de CENTCOM* à El-Udeid au Qatar.
Complétant ce dispositif purement américain, il faut noter qu’Israël a mis en alerte ses forces armées en vue de défendre son territoire national contre une éventuelle attaque iranienne. De son côté, le Premier ministre Benyamin Netanyahu ne cesse de demander à ses alliés américains de ne pas faire confiance aux négociateurs Iraniens. Plusieurs fois des réunions ont eu lieu ces dernières semaines entre spécialistes américains et israéliens des domaines du renseignement et des opérations aériennes. Comme nous l’avons déjà écrit, la planification américaine n’est pas purement militaire mais repose sur la synchronisation du renseignement (CIA et Mossad), des diplomates et des moyens militaires, à la fois américains, mais aussi alliés, israéliens, arabes et peut-être aussi occidentaux au cas où les Iraniens voudraient attaquer des bases mixtes comme en Jordanie ou aux Émirats arabes unis. La logistique des moyens américains sur cette région se renforcent progressivement et font donc penser à autre chose qu’à une simple démonstration de force.
La dissuasion du fou au fort
Face à ces moyens colossaux, le gouvernement iranien ne pourrait réagir que de manière préventive, voire préemptive pour avoir une chance de faire céder les Américains. Ainsi une attaque du porte-avions Gerald Ford avec des centaines de missiles pourrait permettre aux mollahs, qui n’ont pas une grande considération pour la survie de leur propre population, d’obtenir une première victoire tactique, une sorte de Pearl Harbor qui même si les alliés américano-israéliens réagissaient militairement, poserait au président Trump un problème vis-à-vis de son opinion publique à moins de neuf mois des élections de mi-mandat. Cette option n’est pas antinomique avec la propagande iranienne et pourrait surprendre un moment les Américains. La Guerre des douze jours en 2025 a montré que la meilleure défense antiaérienne du monde pouvait toujours être saturée par une centaine de missiles, en arrêter quatre-vingt-dix neuf et en laisser passer un.
La justice immanente du président Trump
Ainsi à la veille d’une possible reprise des négociations entre Américains et Iraniens, l’empilement de moyens militaires en nombre considérable ne fait rien pour apaiser une situation belligène par nature, au moment où des manœuvres irano-russo-chinoises ont lieu pour une durée indéterminée dans le détroit d’Ormuz. L’Ayatollah Khamenei devrait se souvenir des promesses faites aux manifestants très durement réprimés les 8 et 9 janvier derniers par le Président Trump : « Patience nous arrivons ! » Alors oui « le facteur va sonner une deuxième fois** », d’une manière ou d’une autre, dans les dix à quinze jours qui viennent.
* CENTCOM : United States Central Command (« Commandement central des États-Unis »)
** Expression anglo-saxonne qui signifie que la « justice immanente » finit toujours par frapper le criminel. C’est aussi le titre d’un film américain des années 80 inspiré d’un roman policier éponyme des années 30.