Fosses, un citée potière
Il est attesté par les historiens que l’extraction de l’argile et la production de poterie à Fosses débutent dès l’époque gallo-romaine, vers le IVe siècle après J.-C. Pendant l’Antiquité, la cité se développe alors à proximité de grandes voies romaines parcourant toute la région, favorisant ainsi le commerce et l’exportation des productions locales. Au Moyen Âge, cette activité se développe au point que les créations réalisées à Fosses sont vendues dans une grande partie de la région. On trouve ainsi de nombreuses poteries, dans les châteaux et les monastères des environs, issues d’au moins une dizaine d’ateliers fonctionnant simultanément à Fosses, faisant de la cité, au Moyen Âge, l’un des principaux centres potiers du nord de l’Île-de-France.
Cependant, au fil des siècles, les filons d’argile finissent par s’épuiser. Cette situation oblige alors progressivement les artisans et les ouvriers à quitter Fosses pour exercer leur artisanat ailleurs. À la fin de l’Ancien Régime, en 1770, la commune ne compte plus qu’environ 125 habitants, vivant essentiellement du travail agricole.
Des fours et encore des fours…
Conscients de cette histoire artisanale, les archéologues ont ainsi récemment mis au jour, sur un terrain de près de 1.600 m2, plusieurs fours creusés en sape dans le sol. L’étude de leurs vestiges a alors permis aux scientifiques de déterminer qu’ils n’étaient pas tous destinés à la production de céramiques. En effet, plusieurs structures, de formes et de tailles différentes, correspondent plutôt à des fours domestiques utilisés pour la cuisson du pain, probablement partagés par plusieurs familles de potiers installées à proximité. Un grand four de potier a également été dégagé. Si certaines céramiques présentaient des défauts, ils étaient alors jetés dans une fosse voisine, une véritable tessonnière, également mise au jour lors des fouilles. Les archéologues ont aussi identifié d’autres fosses, dont l’une servait de zone de stockage pour l’argile.
Afin de préciser la temporalité de ces installations, les chercheurs auront recours à l’archéomagnétisme. En effet, certaines structures chauffées à haute température enregistrent, au moment de leur dernière utilisation, l’orientation et l’intensité du champ magnétique terrestre, grâce aux oxydes de fer contenus dans l’argile. La comparaison de ces données permettra ainsi de dater avec précision l’ultime utilisation de ces fours.
Une nécropole carolingienne
En parallèle de ces découvertes, les archéologues ont mis au jour une vaste nécropole médiévale comptant au moins 80 sépultures, dont les plus anciennes sont attribuées à la période carolingienne, entre le IXe et le Xe siècle. Les tombes sont organisées en rangées régulières et parfois en petits groupes. Plusieurs fosses présentent des aménagements particuliers, notamment des fosses étroites munies d’une loge céphalique, c’est-à-dire un petit espace réservé à la tête du défunt, soigneusement aménagé dans la terre. Les individus retrouvés sont inhumés avec une absence totale de mobilier funéraire observée par les archéologues.
À terme, l’étude des squelettes permettra de documenter l’âge, le sexe, l’état et les conditions de vie de ces individus, offrant un nouvel éclairage sur la vie de ces personnes qui ont travaillé et habité ce village de potiers au début du Moyen Âge.