
La cour a retenu l’altération de son discernement en raison de sa pathologie psychotique et l’a condamné à 13 années de réclusion criminelle avec une peine de sûreté des deux tiers.
Fait rare pour un avocat général devant une cour criminelle, Fanny Reyreaud avait demandé aux magistrats de ne pas tenir compte de l’altération du discernement. « Il relève d’une impérieuse nécessité de ne pas la retenir tant Abdellah Ouahabi est dans le déni de ses crimes. Il n’a pas hésité à traîner les victimes dans la boue ». L’avocate générale, qui n’avait aucun doute sur la matérialité des viols commis par l’accusé en requérant 20 ans de réclusion, soit le maximum possible, était catégorique : « Il a utilisé les victimes comme des objets pour assouvir ses pulsions. Le seul objectif de la peine que je vous demande est punitif pour protéger le plus longtemps possible la société ». Pour le parquet général, demander un suivi socio-judiciaire quand le jour de sortie de détention arrivera était inutile. Abdellah Ouahabi est un ressortissant algérien en situation irrégulière : « ll n’a aucune vocation à rester en France par la suite ».
Me Bailot-Vidal, dans une plaidoirie sur le fil, a demandé l’acquittement, estimant que pour la première victime, il n’y avait pas eu de pénétration : « Elle a menti » et que pour les deux autres, le rapport était consenti : « Sans coercition ». Et face à l’accusation qui opposait les témoignages concordants de trois femmes qui ne se connaissaient pas, l’avocate a enfoncé le clou : « Mais trois fois rien, ça fait toujours rien ».
Abdellah Ouahabi a été inscrit au fichier des délinquants sexuels, a interdiction à vie d’exercer une activité en lien avec des mineurs et est interdit définitivement de territoire français.
20/05/2026
Celui des trois viols particulièrement sordides dont est accusé Abdellah Ouahabi. Des viols commis à Chambéry entre 2021 et 2023, sur une mineure de 14 ans et deux femmes vulnérables. Aucune d’elles n’était présente sur le banc des parties civiles pour ce premier jour d’audience, la plus jeune n’étant même plus représentée par un avocat après avoir cessé toute correspondance avec lui. En grande détresse psychologique à l’époque, elle était enceinte de huit mois. Utilisant des mots soutenus et choisis, elle a raconté son calvaire : « Il m’a abordée dans le centre-ville et m’a mis en confiance pour m’emmener vers le parc. Et là, il a sorti un couteau et m’a menacée de mort, moi et l’enfant que je portais ».
Elle a expliqué comment elle s’était retrouvée face contre terre, sous la contrainte, avant de subir un viol. L’accusé a dit de la victime qu’elle était toxicomane et qu’elle se prostituait. Ce qu’elle a farouchement nié. Abdellah Ouahabi, confondu par son ADN en octobre 2023, nie tout en bloc. Il s’exprime dans un français approximatif et est aidé par une traductrice : « Je ne suis pas un prédateur sexuel. Je suis en grande souffrance en détention »
Le président Le Bideau lui a fait remarquer qu’il était assez rare, pour ne pas dire improbable, que trois femmes qui ne se connaissent pas accusent le même homme de viol. Abdellah Ouahabi avait la réponse : « Mauvais endroit, mauvais choix. Chaque année une femme m’accuse de viol moi… c’est pas des demandes en mariage ça ». L’expert psychiatre qui l’a examiné a relevé chez lui une forme de psychose pathologique et a noté qu’il n‘éprouvait aucune empathie pour les victimes, puisqu’il se dit innocent.
C’est un banal contrôle de la police aux frontières, en septembre 2023, qui a provoqué l’identification et la chute d’un des hommes les plus recherchés par la police judiciaire de Chambéry. Abdellah Ouahabi est alors contrôlé en possession d’un couteau, ce qui lui vaut un placement en garde à vue et un prélèvement ADN obligatoire pour port d’arme prohibé. Après sa remise en liberté, coup de théâtre, son ADN fait un “match” dans le fichier national automatisé des empreintes génétiques, le fameux Fnaeg. Le profil génétique est commun à trois dossiers pour viol qui mettent à cran la PJ depuis maintenant deux ans.