Alliances à gauche
Pour le RN, la moisson n’est évidemment pas terminée. Le parti de Marine Le Pen et Jordan Bardella est en position très avantageuse à Toulon avec Laure Lavalette qui obtient 42 % des suffrages, doublant le score obtenu par le parti voilà six ans. À Nice, le patron de l'UDR Éric Ciotti dispose d’une longueur d’avance de plus de dix points avec 41,9 % face à son meilleur adversaire Christian Estrosi (31 %). C’est une certitude : le RN dépêchera dans les conseils municipaux de toute la France des centaines de conseillers municipaux. Cinquante quatre ans après l’émergence du FN devenu RN, on assiste (enfin !) à l’émergence d’une véritable implantation locale du premier parti de France. Il était temps...
Mais l’affaire est loin d’être pliée. D’abord parce que le deuxième tour sera soumis à l’incertitude des alliances à gauche. Le PS a promis qu’il ne nouerait pas d’alliances avec LFI, sauf au plan local. Ce qui, au moment d’élections municipales, signifie qu’il nouera des alliances partout où il en aura besoin. Au diable les principes ! « Je suis oiseau voyez mes ailes, je suis souris vive les rats ! », écrivait La Fontaine. Ensuite, la gauche va tenter de mobiliser le ban et l’arrière-ban des abstentionnistes. On va voir surgir à nouveau, comme à chaque fois que la gauche risque de perdre ses mandats ou tente d’accélérer une dynamique, le spectre gonflé à l’hélium médiatique du fascisme renaissant, ce monstre du Lochness fictif, prêt à terroriser sur commande les bonnes consciences, à faire sortir de leur canapé les abstentionnistes de gauche des grandes villes et même à mobiliser les banlieues parfaitement indifférentes au sort de la France.
LFI ressuscite l'éternelle ficelle du fascisme
Enfin, LFI vantera toute la semaine ses bons résultats, réels. Le parti de Mélenchon progresse : il est en tête à Roubaix où il a de bonnes chances de l’emporter, comme à Limoges. Il est au coude à coude à Lille. Il a emporté Saint Denis. Le coordinateur de la France insoumise Manuel Bompard l’a dit : LFI, jeune parti, sera aussi présent dans des centaines de conseils municipaux, avec « une nouvelle génération féminisée, jeune », une « nouvelle France », vantait Bompard ce 15 mars après le scrutin, avant de basculer, comme prévu dans une violente diatribe contre les méchants, « l’extrême droite » bien sûr. Il entend « empêcher leur victoire », en appelant aux urnes « la jeunesse et les quartiers populaires ». Il veut « protéger le peuple français de ce danger » et en appel à la constitution d’un « front anti-fasciste ». La bataille se joue « entre l’extrême droite et nous », menace-t-il. En face, Bardella en appelle aussi à un front contre « l’extrême gauche et le macronisme ». Tiens, on l’avait oublié le macronisme, durant cette campagne des municipales. Ce dimanche soir, la France se polarise à nouveau, mais cette fois, c'est net : la droite nationale fait face à l’ultra-gauche. Le paradoxe est là : les Français ont choisi un maire essentiellement pour des motifs locaux mais les commentateurs et les leaders politiques interprètent dès ce soir leurs votes comme le résultat d'une première bataille dans la course aux présidentielles. Qui s'annonce violente.