
Certains commentateurs s’interrogent doctement pour savoir si, avec ce que l’on voit durant cette campagne des élections municipales spécialement dans cette période d’entre-deux-tours, on peut dire ou pas que le PS s’effondre moralement ? Il faut dire que sur ce coup le PS (et le reste de la gauche) a mis la barre très haut. En fait tout cela ne fait que confirmer ce que je dis à chaque épisode de ce type : à certaines périodes l’observateur objectif apprend plus en quelques jours ou quelques heures qu’en plusieurs années. Et c’est bien le cas cette semaine. Mais le revirement du PS est-il un coup de tonnerre dans un ciel serein ou la triste répétition de situations du même type ? Ou si vous préférez, le PS a-t-il vendu son âme cette semaine ou a-t-il tout simplement répété ce à quoi nous avons assisté à tant d’occasions ? J’ai envie de répondre que pour perdre toute morale, il faudrait d’abord qu’il en eût une. Et ceux qui ont quelques connaissances et un peu de mémoire diront sans hésitation avec moi que les événements de cette semaine ne peuvent étonner que les naïfs, les incultes ou ceux qui n’ont pas de mémoire. Ou les trois ensemble.
Souvenons-nous. Il y a quand même eu quelques événements qui, s’ils avaient été regardés tels qu’ils le méritaient, auraient du marquer les mémoires. Sans remonter aux calendes grecques, prenons les cas des « heures sombres de notre histoire » (l’époque de Pétain). Ce sont les parlementaires majoritairement de gauche (le Parlement du Front populaire), réunis à Vichy, qui ont voté les pleins pouvoirs à Pétain le 10 juillet 1940. Donc il faut le dire nettement : c’est la gauche qui a mis en place le régime de Vichy avec Pétain à sa tête. Et parmi ceux qui ont été les dirigeants de ce régime, il y avait un certain François Mitterrand qui demandera et obtiendra la francisque des mains de Pétain lui-même (la plus haute décoration). Un mois plus tôt, Charles De Gaulle lançait son appel, le 18 juin depuis Londres, entouré de personnalités dont de nombreuses étaient membres de l’Action Française (l’extrême droite comme on dit de nos jours). Résumons : De Gaulle appelle à la résistance en juin 40. Aucune personne de gauche n’est avec lui. La gauche répond en allant en juillet 40 à Vichy mettre en place le régime qu’aujourd’hui ils disent haïr. Et parmi les chefs de ce régime il y a celui qui deviendra l’icône de la gauche et le chef du PS : François Mitterrand. Jamais le PS ne lui fera reproche de ce passé honteux et sulfureux. Quant au PCF, c’est du même tonneau. Son secrétaire général Thorez déserte en septembre 1939 et court se réfugier en URSS où il restera jusqu’à la fin de la guerre. En France le PCF, dès la signature du pacte germano-soviétique le 23 août 1939 et jusqu’à l’invasion de l’URSS le 22 juin 1941 par les troupes nazies, s’opposa à toute résistance en France même lorsque la France fut envahie par les troupes allemandes. Le PCF alla même jusqu’à demander à la Kommandantur de Paris la reparution légale de son journal l’Humanité. Ce n’est qu’après l’invasion de l’URSS qu’il entra dans la résistance et que naquit la fable du « parti des 75.000 fusillés ». Et c’est ce même Mitterrand, pétainiste bon chic bon genre, qui en s’alliant avec les déserteurs et collabos du PCF prendra le pouvoir en 1981. Tout cela est-il bien moral ? Peut-on en déduire que le PS est un parti qui a de la morale ?
Autre point particulièrement grave, la position du PS vis-à-vis du communisme en général et du stalinisme en particulier. À ce sujet, il faut quand même savoir que le communisme a causé la mort d’environ 100 millions de personnes à travers le monde avec ses différents régimes (URSS, Chine, Vietnam, Cambodge, Cuba, etc). Le stalinisme proprement dit en ayant provoqué plus de 20 millions à lui seul. Si l’effroyable réalité du régime soviétique fut soigneusement cachée pendant de longues années, de plus en plus d’informations circulaient et la vérité éclata au grand jour lors du XXe Congrès du PCUS, le 24 février 1956, en URSS avec la présentation du rapport Khrouchtchev. En France, le PCF – qualifié de « parti le plus stalinien » par les Russes – nia cette réalité pendant plusieurs années, soutenu par des artistes et des intellectuels. Pendant des années, le PCF continua à défendre bec et ongles la patrie du socialisme attaquée par « l’impérialisme et ses valets ». De nombreuses campagnes d’opinions eurent pour objet d’obtenir la libération de prisonniers politiques d’URSS tels Léonid Pliouchtch (mathématicien) ou Alexandre Soljenitsyne – auteur de L’Archipel du Goulag (écrit dans la clandestinité entre 1958 et 1967) publié en 1973. Et qu’a fait le très moral PS devant ces vérités accablantes pour le communisme et son représentant français le PCF ? Il a mis la poussière sous le tapis. Il a fait alliance avec lui et a pris le pouvoir en 1981. Mais le PS ne brilla pas durant toutes ces années par ses mobilisations pour la défense des libertés « à l’est comme à l’ouest ». Se taire et camoufler toutes ces atrocités, juste pour ne pas froisser le PCF, et prendre le pouvoir avec lui. Tout cela est-il bien moral ?
Mitterrand ne se limita pas à sa période pétainiste ni à ses amours honteuses avec le PCF. Le PS brilla aussi par ses mensonges après la prise du pouvoir en 1981. Les mensonges ne tardèrent pas puisque dès 1983, avec le virage de la rigueur, Mitterrand mit en œuvre une politique exactement inverse de celle sur laquelle il s’était fait élire. Et pour détourner la légitime colère populaire, il inventa le machiavélique délire sur une prétendue menace fasciste en accusant le FN d’être le véritable problème. Depuis, ce monumental mensonge a fait florès et nous le payons chaque jour un peu plus puisque ses descendants ne cessent de le répéter malgré la déclaration de Jospin en 2007 qui indiqua que l’antifascisme depuis Mitterrand n’était que du théâtre car il n’y avait aucun danger fasciste. Mentir, déformer la réalité, tromper les gens, comme l’ont fait Mitterrand et le PS, tout cela est-il bien moral ?
N’oublions pas non plus, et cet exemple n’est nullement exhaustif, les mensonges socialistes à propos du mariage gay. Il y a eu le PACS et les socialistes ont déclaré « on n’ira pas plus loin ». Mais il ne fallut pas longtemps pour que le mariage homo ne devienne une revendication. Malgré une mobilisation de millions de Français le « mariage pour tous » fut imposé par les socialistes, qui bien sûr dirent la bouche en cœur, « mais nous n’irons pas plus loin ». Et effectivement les Français ont vu. Les couples homos femmes revendiquèrent et eurent rapidement le droit d’accéder à la procréation médicalement assistée (PMA) normalement réservée aux couples hétéros ne pouvant réussir à avoir des enfants. Nouvelle violation de la parole donnée par les socialistes et nouvelle déclaration « mais nous n’irons pas plus loin ». Sauf que les choses ne se sont pas arrêtées là. Cette fois, au nom de l’égalité homme-femme, les couples homos masculins ont réclamé le droit de pouvoir avoir des enfants comme les homos femmes. Problème, là pas de chance : les hommes ne peuvent pas faire d’enfants. Il faut obligatoirement une femme. Donc la gestation pour autrui (GPA) devint le nouveau sujet à l’ordre du jour. Mais la GPA c’est payant. Il s’agit donc de la marchandisation des corps, une limite, un tabou absolu qui n’avait jamais été remis en cause. Les socialistes ont bien sûr une nouvelle fois dit « on ne franchira jamais cette limite ». Pour l’instant c’est encore le cas mais le Conseil d’État dirigé par les socialistes a accepté que les enfants nés de GPA à l’étranger soient inscrits à l’État civil français. Une vraie tartufferie qui permet de penser qu’un de ces jours la GPA sera autorisée en France. Ses partisans ont déjà mis le pied dans la porte pour empêcher de la fermer. Au final, à chaque étape de ces évolutions, les socialistes ont pris des engagements et les ont systématiquement violés. Faire de la politique comme cela est-il bien moral ?
Et, autre exemple parmi tant d’autres, n’oublions pas tous les mensonges entendus en 2024 après la dissolution et pendant la campagne électorale pour les législatives de juillet. Les partis de gauche ne pouvaient pas se voir, ils se haïssaient. Pourtant en une nuit seulement, ils sont tombés d’accord et ont fait l’accord du Nouveau Front Populaire (NFP) permettant de trouver un accord via un minable marchandage qui ne concernait nullement les programmes mais seulement la répartition des postes. À cette honteuse démarche on ajoutera que ces gens n’ont eu aucune gêne pour le second tour à faire élire des gens avec des accords de désistement, qui sur le papier étaient juste impossibles. Ainsi LFI se désista pour faire élire Gérald Darmanin (le chef de « la police qui tue ») et Élisabeth Borne (Madame retraite à 64 ans). Où est la morale là-dedans ?
Et pour terminer, on rappellera ce que nous sommes en train de vivre cette semaine. En un jour… un seul jour (lundi 16 mars 2026) le miracle s’est accompli comme en 2024. La gauche, autre que LFI, déclarait à qui voulait l’entendre que plus jamais elle ne ferait alliance avec LFI, parti antisémite avéré, partisan de la violence politique ayant dans ses rangs plusieurs personnes condamnées pour violence et même le chef de La Jeune Garde qui a tué Quentin. Mais Mélenchon a sifflé la fin de la récréation. Il a exigé que l’unité se fasse. Comme je l’ai dit et écrit à de multiples reprises, c’est lui le vrai chef de la gauche. Les autres font des commentaires mais quand le chef siffle, le silence se fait. Une nouvelle fois tout le monde s’est mis en rang bien sagement et l’impensable s’est produit. Impensable pour les naïfs ou ceux qui ne connaissent pas la gauche. Dans une multitude de villes, des accords locaux ont eu lieu entre la gauche classique et LFI. Donc le contraire absolu de ce qu’ils avaient dit, la main sur le cœur.
Alors, au moment de conclure, doit-on considérer avec ce que voyons durant cette campagne municipale que nous assistons à un effondrement moral du PS ? Bien sûr que non. Le mensonge, les tromperies, les coups tordus, les promesses jamais tenues sont la réalité et le quotidien du monde de la gauche en général et du PS en particulier. C’est dans leur nature. Nous laisserons le mot de la fin à LFI qui, pour une fois dit une grande vérité par la plume de Paul Vannier, député LFI, qui, dans un tweet assassin expliquant le revirement des socialistes, conclut par ces mots « Ne croyez jamais un socialiste ! ».
Bernard GERMAIN
https://ripostelaique.com/le-ps-na-jamais-eu-de-morale-petits-rappels-historiques/