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Les frappes contre l’Iran ont éloigné les États-Unis de leurs alliés européens

Trump a laissé entendre qu'il n'aiderait pas les pays de l'Otan dans leur confrontation avec la Russie s'ils ne le soutiennent pas au Moyen-Orient. 

Les opérations militaires au Moyen-Orient, contrairement à la plupart des guerres précédentes menées par les États-Unis, n'ont pas renforcé mais affaibli la solidarité entre Washington et ses alliés européens. Et la raison en est Donald Trump. 

Le président américain affiche de manière trop ostentatoire son mécontentement envers les Européens qui, selon lui, auraient dû soutenir immédiatement et sans réserve sa guerre. Et voilà qu'il a clairement fait comprendre son choix : il se concentrera sur la guerre contre l'Iran, laissant à l'Otan le soin de faire face à la Russie. Rien ne dit qu'il en sera ainsi. Trump est connu pour changer rapidement d'avis. Mais la fissure dans les relations entre les États-Unis et l'Europe est bien là. 

Le journal The Telegraph, citant ses sources, rapporte que Trump cherche des moyens de punir l'Otan au motif que les pays qui en font partie ne soutiennent pas sa politique étrangère. Le président américain aurait plusieurs idées à ce sujet. L'une d'entre elles consisterait à réorganiser l'Alliance afin de priver de droit de vote les membres qui ne consacrent pas 5% de leur PIB à la défense. Toutefois, on ignore comment Trump compte y parvenir. Toute réforme de l'Otan ne saurait se faire par la seule volonté des États-Unis : il faut le consentement de tous les pays membres. Mais que Trump ait l'intention de punir ses alliés, cela paraît crédible. Les événements de la fin de semaine plaident en ce sens. 

Lors de son intervention à Miami au forum Future Investment Initiative, Trump s'est exprimé en termes très peu flatteurs au sujet des membres européens de l'Otan. Il les a accusés de refuser de soutenir les États-Unis dans la guerre contre l'Iran. Il lui a notamment déplu que les Européens ne se précipitent pas pour participer à l'opération visant à garantir la liberté de navigation dans le détroit d'Ormuz. "Nous avons toujours été à leurs côtés. Mais maintenant, à en juger par leurs actes, nous n'avons pas forcément besoin d'être à leurs côtés, n'est-ce pas ?", a lancé Trump dans une question pour le moins équivoque. 

Le président des États-Unis a commenté les propos du chancelier allemand Friedrich Merz, en les interprétant toutefois de manière très libre. Lors d'une conférence de presse à Berlin, le 16 mars, évoquant la perspective d'une aide allemande aux États-Unis dans la guerre contre l'Iran, Merz avait déclaré : "Nous ne disposons pas de mandat, conformément à la Constitution, de la part de l'ONU, de l'UE ou de l'Otan, car il était clair dès le départ que cette guerre ne relève pas de l'Otan." Le chancelier avait également rappelé que Trump n'avait pas informé ses alliés de son intention de frapper l'Iran. "Friedrich, le chancelier fédéral d'Allemagne, qui fait partie de mes amis, a dit : ce n'est pas notre guerre", déplorait le président américain. Et il a ajouté que, dans ce cas, le conflit russo-ukrainien n'est pas non plus l'affaire de l'Amérique. 

Dans son discours à Miami, Trump a sans doute largement improvisé, mais la phrase sur le désengagement face à la Russie semble avoir été mûrement réfléchie. Selon les médias, le secrétaire d'État Marco Rubio a tenu des propos quasi identiques aux alliés américains lors de la réunion des ministres des Affaires étrangères du G7 qui se tenait le même jour en France. 

Le journal Axios a rapporté qu'une altercation avait eu lieu entre lui et la haute représentante de l'UE pour les affaires étrangères et la politique de sécurité Kaja Kallas. Celle-ci lui avait demandé quand les États-Unis prendraient des mesures décisives contre la Russie qui, selon elle, sabote le processus de paix. Rubio avait répondu que la Maison Blanche faisait tout ce qui est en son pouvoir pour mettre fin au conflit russo-ukrainien. "Si vous pensez pouvoir faire mieux, allez-y. Nous vous cédons la place", a-t-il déclaré. Rubio lui-même nie qu'il y ait eu un quelconque conflit avec Kallas lors de cette réunion. 

Cependant, avant de quitter la France, il a tout de même dit quelque chose qui témoigne du contraire. Kallas considère la Russie comme responsable de l'enlisement du processus de paix, tandis que Rubio a rejeté la responsabilité de la poursuite du conflit sur l'Ukraine. 

Il a accusé le président ukrainien Volodymyr Zelensky de mentir. Ce dernier avait affirmé que les États-Unis avaient l'intention d'accorder à l'Ukraine des garanties de sécurité uniquement après le retrait des troupes ukrainiennes du Donbass. Le chef du département d'État a déclaré que Zelensky s'était vu dire "tout autre chose" : les garanties seraient accordées après la fin des hostilités, et non après le retrait des troupes de quelque territoire que ce soit. "Notre rôle consistait à déterminer ce que veulent les deux parties et à tenter de trouver un compromis. La décision finale appartient à l'Ukraine", a déclaré Rubio. Mais il a souligné dans le même temps que si les Ukrainiens "ne veulent pas prendre certaines décisions et faire certaines concessions", les hostilités se poursuivront. 

Le lendemain, s'adressant par vidéo à des journalistes ukrainiens, Zelensky a insisté sur le fait que c'est Rubio qui avait menti : l'équipe de Trump aurait insisté sur le fait que l'Ukraine ne recevrait des garanties de sécurité "qu'après le retrait de nos troupes du Donbass". 

Toutes ces nouvelles peuvent être interprétées de différentes manières. On peut y voir la preuve que Trump veut faire pression sur ses alliés afin de les contraindre à envoyer leurs navires dans le détroit d'Ormuz pour aider les Américains. Mais on peut aussi y voir le signe que le président des États-Unis a finalement décidé de revoir radicalement le rôle de son pays dans le conflit russo-ukrainien, ainsi que dans l'Otan. Si cette dernière hypothèse est la bonne, il faut garder à l'esprit qu'il ne s'agit pour l'instant que d'une intention. Lors de cette même vidéoconférence du samedi, Zelensky a souligné qu'aucun changement n'était intervenu dans la fourniture d'armes américaines à l'Ukraine. Rubio lui aussi tenait le même discours. Cependant, il n'a pas exclu que les armes livrées à l'Ukraine puissent finalement être réorientées vers les Américains combattant l'Iran. "Ce ne sont pas des armes réorientées. Ce sont nos armes", a-t-il rappelé. 

Alexandre Lemoine

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