Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

Allemagne : l’Église protestante perd ses fidèles à force de progressisme

Avec plus d’un million de départs en 2025, l’Église protestante allemande s’enfonce dans une crise sans précédent. Paradoxe troublant : plus elle multiplie les gestes militants en faveur des minorités et de l’idéologie progressiste, plus elle perd ses membres. Et fait peut-être naître, en réaction, un nouveau mouvement évangélique informel.

Les chiffres publiés en mars dernier sont implacables : 580 000 protestants allemands ont quitté leur Église en 2025. Le mouvement s’accélère. Là où 36% des Allemands se déclaraient protestants en 1992, ils ne sont plus que 21% aujourd’hui, soit environ 17,4 millions de personnes.

Face à cette hémorragie, la réaction des dirigeants ecclésiaux surprend par sa passivité résignée. Kirsten Fehrs, présidente du Conseil de l’Église protestante allemande, se contente d’un constat fataliste : « Nous deviendrons une Église plus petite et plus pauvre. » Aucune stratégie de reconquête, aucun plan pour enrayer la chute. Juste une acceptation tranquille de l’effondrement.

Quand le mot « mission » devient suspect

Plus révélateur encore : le vocabulaire même de l’évangélisation est devenu embarrassant. Le terme « mission » fait désormais l’objet de débats internes. Un éditorialiste du journal ecclésiastique evangelisch.de estime qu’il repose sur une distinction illégitime entre « nous » et « eux », et que la mission devrait se limiter à « marcher aux côtés des autres » – explicitement pas à « recruter des membres ou faire croître l’Église ».

L’instruction du Christ dans l’Évangile de Jean – « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » – semble n’avoir plus cours auprès de la direction.

Cette dilution doctrinale atteint son paroxysme dans les messages de Pâques. Celui de Kirsten Fehrs, diffusé sur YouTube, ressemblait davantage à une vidéo de développement personnel qu’à une proclamation de foi. Elle y décrit Pâques comme « un remède éprouvé contre toutes les mauvaises nouvelles », évoque « la dignité inaliénable de chaque être humain » et invite à partager « les histoires d’une vie réussie ». Le nom de Jésus n’est pas mentionné une seule fois.

Le problème dépasse la simple tiédeur spirituelle. L’Église protestante allemande s’est engagée dans un virage idéologique radical, embrassant sans réserve les thématiques progressistes au point d’en faire son nouveau credo.

Lors du Kirchentag 2023, grand rassemblement bisannuel, le pasteur militant Quinton Caesar a conclu son sermon devant 18 000 personnes par cette déclaration : « Dieu est queer. » L’édition 2025 n’a guère différé, proposant des ateliers sur « l’exégèse queer », les « enfants trans » ou encore la « blanchité critique ».

Des drapeaux LGBT ornent désormais les façades d’églises, accompagnés parfois du mot « Amen » – comme si la nouvelle religion était l’inclusivité plutôt que le message évangélique.

Une liste noire de mots interdits

Parallèlement, tout vocabulaire susceptible d’évoquer la droite religieuse est banni. « Tradition judéo-chrétienne » ? Un sifflet pour chiens d’extrême droite. « Valeurs familiales traditionnelles » ? Trop conservateur. « Conversion » ? Une offense envers les musulmans, selon un document de 2018 sur le dialogue interreligieux, qui stipule que les rencontres avec les musulmans visent la « compréhension mutuelle », mais « explicitement pas la conversion à la religion de l’autre ».

Le théologien Eberhard Pausch, directeur des études en religion et politique à l’Académie protestante de Francfort, incarne ce « protestantisme ouvert » caractérisé par un relativisme doctrinal assumé. Pausch lui-même rejette la divinité du Christ et la résurrection corporelle – des piliers de la foi chrétienne.

Cette « ouverture » s’avère d’ailleurs sélective. Tandis que l’Église multiplie les gestes chaleureux envers les réfugiés et les musulmans – avec des vœux de Ramadan soulignant les « valeurs communes » –, elle trace une ligne rouge intransigeante face à l’AfD.

Le paradoxe migratoire

Le prédécesseur de Fehrs, Heinrich Bedford-Strohm, avait qualifié 2015, année de la crise migratoire, d’une des meilleures de l’histoire allemande. On l’a vu poser sur un navire privé de sauvetage en Méditerranée. Ses critiques l’ont accusé de soutenir indirectement les réseaux de trafic d’êtres humains. L’accusation est devenue plus difficile à démentir quand un drapeau Antifa est apparu sur le propre navire de l’Église, déployé dans le cadre de l’initiative united4rescue.

Kirsten Fehrs a récemment décrit l’AfD comme un parti qui « attaque depuis longtemps la dignité de certains groupes de personnes, se plaçant ainsi en dehors des fondements de notre Loi fondamentale ». Elle appelle à ne lui apporter aucun soutien.

Certes, l’Église peut critiquer les partis  politiques. Mais rejeter en bloc une formation soutenue par environ 20% de l’électorat allemand semble une stratégie étrange pour une institution cherchant à enrayer son déclin. La tolérance chrétienne et le pardon ont visiblement leurs limites – du moins quand il s’agit de la droite nationale.

Un évangélisme informel en gestation ?

Contrairement aux électeurs mécontents qui peuvent changer de parti, les chrétiens déçus ne trouvent pas facilement une autre Église. Pourtant, quelque chose bouge. Les jeunes se tournent de plus en plus vers les Églises libres. Les enquêtes électorales révèlent qu’un nombre significatif de sympathisants AfD se considèrent chrétiens. Le parti aurait doublé sa part du vote chrétien lors de la dernière élection. Chez les jeunes membres d’Église de 16 à 34 ans, l’AfD obtient même davantage de voix que la CDU.

Parallèlement, le nombre de personnes s’identifiant comme chrétiennes sans appartenir à aucune Église ne cesse d’augmenter.

Une question se pose : un nouveau mouvement évangélique informel est-il en train de naître en Allemagne ? Un mouvement défini non seulement par son opposition aux partis établis, mais aussi par son rejet d’une Église devenue leur miroir progressiste ?

L’ironie finale

Le grand paradoxe de cette évolution tient en une phrase : en voulant à tout prix éviter d’être assimilée à la droite religieuse américaine, l’Église protestante allemande a systématiquement abandonné le langage et les valeurs chrétiennes traditionnelles. Ce faisant, elle a laissé le terrain libre à ceux qu’elle voulait combattre.

En cherchant la pertinence sociale par l’adhésion au progressisme, elle a perdu sa raison d’être spirituelle. En multipliant les drapeaux arc-en-ciel, elle a peut-être perdu les âmes qu’elle prétendait sauver.

Reste une certitude : ce ne sont pas les dirigeants actuels de l’Église protestante allemande qui pourront offrir guidance morale et clarté spirituelle à un pays en quête de repères. Ils ont trop à faire avec leurs ateliers sur la « blanchité critique » et leurs sermons où Dieu est « queer ».

Pour les croyants authentiques, la renaissance spirituelle, si elle advient, viendra d’ailleurs. Peut-être précisément de ces marges que l’establishment ecclésiastique a choisi d’ostraciser.

Photo d’illustration : DR

[cc] Article rédigé par la rédaction de breizh-info.com et relu et corrigé (orthographe, syntaxe) par une intelligence artificielle.

Breizh-info.com, 2026, dépêches libres de copie et de diffusion sous réserve de mention obligatoire et de lien do follow vers la source d’origine.

https://www.breizh-info.com/2026/04/05/258476/allemagne-leglise-protestante-perd-ses-fideles-a-force-de-progressisme/

Écrire un commentaire

Optionnel