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Jean-Luc Mélenchon et le Venezuela : les liaisons dangereuses

Jean-Luc Mélenchon et le Venezuela : les liaisons dangereuses

Jean-Luc Mélenchon a noué, dans les années 2000, des relations fortes et durables avec l’ex-président vénézuélien Hugo Chávez, ainsi qu’avec un certain nombre des hommes de son entourage. Aujourd’hui, ces rencontres et ces liens sont l’objet à la fois de vives critiques et de multiples interrogations.

Récemment, le député de l’Yonne Julien Odoul a annoncé avoir saisi la justice au sujet de faits qu’il juge « susceptibles de constituer une infraction pénale » concernant des financements étrangers venus du Venezuela au profit de La France insoumise. En effet, les liens entre le leader de la FI et Chávez sont avérés depuis longtemps. La sortie récente de l’ouvrage Occidents. Enquête sur nos ennemis du journaliste Frédéric Martel a relancé ce sujet bien connu des personnes qui ont travaillé sur Jean-Luc Mélenchon. D’ailleurs, l’intéressé lui-même n’a jamais démenti ces différents contacts. Il a assumé plusieurs fois, comme dans un magazine argentin (Página 12), « avoir pris ses modèles en Amérique du Sud ». Parmi ses « modèles », Chávez et sa révolution bolivarienne arrivent en tête.

Hugo Chávez comme modèle

Mélenchon a souvent dû se défendre de sa proximité avec le régime vénézuélien. Une anecdote témoigne de la force de ce rapprochement : lors de la mort du leader sud-américain, le 5 mars 2013, les drapeaux de son QG de l’époque sont mis en berne. A l’époque, le coprésident du Parti de gauche dénonce les « commentaires haineux et vulgaires », et rend hommage à « l’idéal inépuisable » de la révolution qu’il incarnait à ses yeux.

Chávez le fascine car il représente cette résistance contre ce triple péril de l’impérialisme américain, de l’instauration des politiques néolibérales, et de la constitution d’une bourgeoisie compradore qui trahit le peuple. Alors qu’il réalise ses deux premiers « voyages d’études politiques » – en février et décembre 2006 – au sein de la République bolivarienne, Mélenchon écrit sur son blog : « La haine antichaviste, sa grossièreté, ses complots, ses coups d’État, ses appels au meurtre, sa mauvaise foi radicale, sa versatilité, sent la même odeur de beaux quartiers, de belles personnes horrifiées par les ruptures que celle que nous avons sentie dans le flot des insultes et du mépris qui entourait la gauche du non au référendum [en référence au référendum de 2005] . »

D’un  point de vue politique, le chef de la FI voit dans le modèle chaviste le prototype d’un populisme de gauche, c’est-à-dire un leader entouré de son peuple et qui combat « la caste des empires de presse et de l’aristocratie des possédants de toujours ». C’est au contact de la politique sud-américaine qu’il perçoit l’opportunité de bataille médiatique du « bruit et de la fureur ». Mais surtout, la grande révélation sud-américaine concerne cette stratégie politique qui deviendra plus tard la sienne : mêler social, religion et conflit ethnoculturel. Concernant l’aspect religieux, l’ancien laïcard type troisième République avoue : « Le contact avec l’Église latino-américaine m’a ramené une sympathie bienveillante pour la foi, les croyants. Je me suis rendu compte que j’allais un peu loin ».

Mélenchon voit aussi que Chávez ose s’en prendre directement à l’oligarchie « blanche » de son pays, tout en se positionnant comme le porte-parole des laissés-pour-compte. Les oubliés historiques (jeunes, femmes et minorités ethniques) doivent occuper la place qui leur revient. Chávez lance alors un mouvement de reconnaissance des afro-descendants et des indigènes, procède à une récupération identitaire, et même à une réécriture de l’histoire de la nation en y incluant de nouveaux héros. Ici, nous ne sommes pas loin de la « Nouvelle France ». Et le parallèle ne s’arrête pas là. On sait que Chávez n’hésitait pas à mettre en avant son « indianité », en se disant fier de sa « grosse bouche » et de ses cheveux crépus. Tout cela nous rappelle les déclarations du leader de la FI se présentant comme un « Maghrébin européen » – avec notamment sa manie de revenir sur son enfance à Tanger.

Un Mélenchon sous emprise ?

Si les idées sont importantes, ce sont surtout les réseaux qui font la politique.  Figure du Monde diplomatique, et pivot du réseau chaviste à Paris, c’est Ignacio Ramonet qui introduit Mélenchon auprès de Chávez. Le 4 octobre 2012, les deux hommes signent même une tribune pour Le Monde intitulée « Hugo Chávez, un homme diffamé », dans laquelle ils défendent l’ex-président contre les « adversaires de la révolution bolivarienne ».

Président du directoire du Monde diplomatique – où le seconde un intime de Chávez, Bernard Cassen -, Ramonet incarne le journalisme de l’ « autre gauche » contre ce qu’on appelle la « seconde gauche » ou la « gauche américaine ». En mai 2002, Ramonet et Cassen débarquent à Caracas pour construire des passerelles entre la gauche européenne de « rupture » et le Venezuela bolivarien. Un an plus tard, en 2003, ils invitent même Chávez en France, qui en profite pour établir les bases d’un réseau d’amis influents à Paris. Cela débouche sur la formation de groupes Alba et bolivariens, et même par une prise de contacts avec les milieux patronaux, notamment pétroliers.

S’il est d’abord intéressé par des pays comme le Brésil, le Chili ou l’Argentine, à partir de 2002, Mélenchon s’enivre du Venezuela. « J’étudie tout : tout ce qu’il fait, comment il s’y est pris, ce qu’il dit », écrit-il dans Le Choix de l’insoumission. En 2006, il se rend sur place avec Ramonet pour « surveiller une élection ». « Je vois des choses absolument émouvantes, des articles de la Constitution mis en débat sur les emballages des paquets de pâtes et des paquets de riz pour que les gens en discutent à la maison, dit-il. Le processus révolutionnaire constitutionnel des chavistes me fascine. » Mélenchon rencontre là-bas le Franco-brésilien Maximilien Arvelaiz, dit « Max », alors chef de la cellule diplomatique de Chávez et qui joue un rôle important dans la coulisse du chavisme international. C’est d’ailleurs ce même « Max » qui a soufflé le nom de Matthieu Pigasse à l’oreille de Chavez, et qui est aujourd’hui membre du conseil d’administration du groupe Combat, le pôle médias du banquier.

Mais arrêtons-nous un instant sur cette cellule diplomatique de Miraflores, du nom de la résidence des présidents du Venezuela. Au départ, elle est dirigée par Hiram Gaviria – qui sera nommé ambassadeur à Paris. L’objectif de cette cellule consiste à nouer des liens avec la gauche française – dont Olivier Besancenot ou Marie-George Buffet, et plus tard Mélenchon (il est encore au PS) -, dans le but d’affermir un mouvement international de soutien au régime. L’ensemble des gauches de rupture du Vieux Continent ont des contacts avec cette cellule. Pour preuve, en 2007, une pétition en faveur de la « révolution bolivarienne » porte la signature de personnalités proches de Mélenchon comme Jeremy Corbyn (leader du parti travailliste britannique) ou Oskar Lafontaine (fondateur de Die Linke qui servira de modèle au Parti de gauche lors de sa création).

Cette influence se retrouve aussi en Espagne dans le parti Podemos où l’un des fondateurs, Juan Carlos Monedero, a servi plusieurs années de conseiller à Chávez. Dans Un homme sous influence, enquête sur Jean-Luc Mélenchon, le journaliste Frédéric Charpier écrit : « Juan Carlos Monedero rentre en Espagne 2010 pour y participer au lancement de Podemos. Tout porte à croire que l’argent de Chávez a contribué aux fonds baptismaux. En novembre 2014, El Mundo révèle que Monedero posséderait 682 508 euros dont près de 500 000 en produits financiers répartis en trois comptes en banque. » Fin 2015, Menodero quitte Podemos. Plus tard, il explique que cet argent a servi à financer des émissions online de Publico TV dont le talk-show de Pablo Iglesias, autre fondateur de Podemos et personnalité proche de Mélenchon. Encore en marge des élections législatives de 2024, les deux hommes avaient donné une série d’entretiens diffusée sur Canal Red.

Dans le livre « Occidents » que nous évoquions plus haut, Frédéric Martel écrit que certaines « sources » confirment que Chávez et ses réseaux ont « parrainé la gauche radicale en France et en Italie ». Plus grave, ces mêmes sources lui auraient donné les noms des intermédiaires et des responsables politiques européens qui seraient des hommes « achetés ». « Trois anciens ministres chavistes me parlent de « dessous-de-table » et de « transferts d’argent illicite » », assure-t-il. L’auteur va même plus loin en posant la question suivante : « S’agissant de La France insoumise, le parti de Jean-Luc Mélenchon, pourquoi son responsable des relations internationales faisait-il régulièrement des allers-retours à Caracas, comme me le confirment trois sources sur place, dont l’ambassadeur de France ? »

C’est à partir de ces accusations que le député Julien Odoul a saisi la justice, dont le courrier adressé à la procureure de la République de Paris évoque des passages issus de l’ouvrage de Martel. Si les liens idéologiques entre Mélenchon et le régime bolivarien sont avérés, ce sera à la justice de décider des suites à donner à ce signalement. Affaire à suivre…

© Photo : rencontre entre Jean-Luc Mélenchon et Hugo Chávez – DR

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