
Macron souhaite faire adopter une loi destinée à « protéger » la prochaine élection présidentielle des ingérences étrangères. Première question : de quoi a-t‑il si peur? De l’influence russe ? L’argument prête à sourire quand on observe ce qui s’est passé en Roumanie, ou quand on constate qu’aucun des candidats pressentis n’affiche la moindre proximité avec Moscou. À ce compte-là, l’alliance de Mitterrand avec le PCF en 1981 aurait été bien plus susceptible d’inquiéter l’OTAN, et pourtant la démocratie française a survécu sans que les chars soviétiques ne défilent sur les Champs‑Élysées, comme il était promis !
Faut-il en conclure que notre « grande démocratie » serait aujourd’hui si fragile qu’un tweet venu de l’étranger suffirait à la renverser ?
Au RPF, nous voyons surtout deux vulnérabilités réelles : les machines à voter et les procurations, et dans ces domaines, ce n’est pas Poutine qui intervient. Et on sait que sur une élection traditionnellement serrée comme la présidentielle, il ne suffit pas de tricher beaucoup pour changer la donne…
Ce que le Président vise réellement, c’est le seul espace qui lui échappe : les réseauxsociaux. Pour le reste, la presse traditionnelle est déjà solidement verrouillée grâce aux larges subventions. Le discours officiel y circule sans entrave et l’on va jusqu’à comptabiliser le temps de parole de personnalités, comme De-Villiers, qui n’est ni encarté, ni candidat déclaré. Transparence et équité, dit-on ?
Mais il faut bien aussi semer le doute, lancer un brin d’inquiétude, c’est la marque de la Macronie. Le président n’est pas totalement satisfait s’il ne parvient pas à laisser planer un regain de crainte, de peur. C’est aussi une caractéristique des démocraties modernes : légiférer sur tout, tout encadrer, tout corseter. L’objectif est clair : réduire le débat public à ce qui est validé, certifié, estampillé par des instances « indépendantes » dont les membres sont nommés par le pouvoir. Le fameux « sceau d’authenticité » que l’exécutif rêvait d’imposer à la presse trouve ici son prolongement. Le texte prétend lutter contre les « opérations d’influence ». Mais qu’est-ce qu’une influence, sinon l’essence même d’une campagne électorale ? Convaincre, orienter, argumenter, rappeler un bilan, dénoncer celui de l’adversaire : tout cela est influence. Les dizaines de couvertures de magazines offertes au candidat Macron en 2017, 95 % des titres, n’était-ce pas une influence massive ? Était-ce illégitime ? En réalité, le flou du terme ouvre la porte à toutes les interprétations. Une campagne pourrait être accusée d’influence illégale simplement parce qu’elle dérange. Une critique trop virulente pourrait être assimilée à une tentative de manipulation. Une mobilisation citoyenne pourrait être suspectée d’être téléguidée…
Dans un tel cadre, toute campagne devient potentiellement illégale.La seule influence véritablement illégitime est celle d’un financement clandestin par un Étatétranger. Et pourtant, plusieurs affaires passées ont montré que même lorsqu’une telle situation est révélée, c’est souvent des années après l’élection, sans que cela n’ait remis en cause les mandats exercés. Imaginer qu’une loi votée en urgence empêcherait ce type d’ingérence relève de la naïveté. Ce que cette loi permettrait en revanche, ce sont des sanctions immédiates, des interdictions préventives, des blocages ciblés, bref une capacité nouvelle à étouffer l’opposition sous couvert de protection démocratique. Les contours sont trop flous, les définitions trop extensibles, les risques trop évidents.
Pour le RPF, la réponse est claire : non. Non à une loi qui restreint la parole. Non à un texte qui confond influence et débat. Non à une dérive où l’arbitraire pourrait s’exercer au nom d’une menace mal définie. Si la crainte porte réellement sur la sincérité du scrutin, qu’on commence par supprimer les machines à voter et les procurations. Tout le reste n’est que prétexte.