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[TRIBUNE] Aux origines du machin bruxellois

Photo de Daniel Kružík: https://www.pexels.com/fr-fr/photo/36279694/

A Bruxelles le 9 mai, jour baptisé par dérision « la saint Schuman », est jour férié. Mais que fête-t-on au juste ? Techniquement la déclaration de Robert Schuman du 9 mai 1950 proposant la création de la Communauté du charbon et de l’acier. Qu’il serait plus exact de nommer déclaration Jean Monnet, puisque c’était lui qui en était plus que l’inspirateur, le rédacteur.

Le déroulement obstiné et persévérant

De la CECA, il ne subsiste que la Commission des mutations industrielles qui siège au sein du CES européen et qui est supposé conseiller les institutions en matière de politique industrielle, qui n’existe pas au demeurant, puisque sa seule évocation faisait frémir d’horreur les tenants du libre-échange dogmatique qui gouvernent la Commission. Ils y voient l’ombre terrifiante d’un protectionnisme déguisé.

Mais si le traité instituant la CECA, signé entre l’Allemagne, la Belgique, la France, l’Italie, le Luxembourg et les Pays-Bas le 18 avril 1951, est mort de sa belle mort le 23 juillet 2002, son architecture et son inspiration restent le fondement de l’Union européenne dont l’évolution n’est nullement une dérive, mais le déroulement obstiné et persévérant de ce qui avait été conçu et mis en œuvre par Jean Monnet. Le fameux « triangle institutionnel » Commission, Conseil, Parlement est né avec la CECA sous une autre appellation mais avec la même réalité et la même finalité.

En matière européenne, l’indigence intellectuelle du personnel politique français est abyssale. Il est surprenant de constater que des gens, au demeurant ni stupides, ni inintelligents, s’en tiennent dans le domaine de la politique européenne à l’affirmation qu’ils sont « européens », ce qui ne veut absolument rien dire. Le même phénomène se retrouve également dans la société civile chez des personnes en principe intelligents, qui s’en tiennent à la même niaiserie.

Lire les écrits des hommes politiques ou d’influence

L’habileté des eurolâtres a été de poursuivre leur projet de super-Etat européen uniformisateur, de façon constante mais progressive et dissimulée. Ils ont même donné un nom à cette tactique : « l’ambiguïté constructive ». Il s’agit, traité après traité, de créer un flou artistique sur les objectifs réels des textes mais d’organiser, étape par étape, la déconstruction des souverainetés nationales, avec un slogan répété à l’envie à chaque crise de « la construction européenne » : il faut plus d’Europe. Etrange logique qui consiste à affirmer que les dysfonctionnements de la bureaucratie eurocratique seront réglés par un surcroît de bureaucratie eurocratique ! Le tout pour arriver à un point de non retour où l’Etat européiste sera si lourd et les nations si faibles qu’il sera très difficile de revenir en arrière. Sauf à quitter le navire. Ce que fit le Royaume-Uni. Le pire est qu’il est probable que ceux qui ont ratifié les traités ne les ont pas lus et en ont encore moins perçu la portée !

Il faut toujours lire les écrits des hommes politiques ou d’influence. Ils révèlent l’objectif final de leurs actions. C’est vrai pour Jean Monnet qui voulait exclure les Etats européens de son projet, ce qu’il résumait par la formule : « nous ne coalisons pas les Etats, nous rassemblons les hommes ». Oubliant seulement que les hommes en question sont enracinés dans leur culture, leur histoire, leurs traditions et qu’ils ne sont européens que parce qu’ils sont Français, Allemands, Italiens, Britanniques ou Polonais… L’Européen ex nihilo n’existe pas. Lorsqu’il démissionna de la présidence de la Haute autorité de la CECA (ancêtre de la Commission européenne) à la suite de l’échec de la CED, il créa le Comité d’action pour les Etats-Unis d’Europe, fortement soutenu par les USA. Il militait pour la création d’une fédération européenne et prônait la création d’un district fédéral placé hors souverainetés nationales. Mais sous influence américaine, comme en témoigne, lors de la création de l’Euratom, son hostilité à la filière nucléaire française, à laquelle il préférait la dépendance à la filière étasunienne.

Jean Monnet aimait à travailler caché. Jamais élu, il préférait jeter son dévolu sur un homme politique qui serait le vecteur de ses projets et affirme ainsi dans ses mémoires, avec un certaine forme de vanité : « j’avais mieux à faire que de chercher à exercer moi-même le pouvoir : mon rôle n’était-il pas depuis longtemps déjà d'influencer ceux qui le détiennent et de veiller à ce qu’ils s’en servissent au moment utile ».

Ainsi ce qui est célébré le 9 mai n’est pas l’Europe, celle de l’Histoire, de la civilisation, de l’enracinement charnel et du scintillement de cultures différentes. C’est même son contraire, celle d’un machine technocratique, matérialiste, uniformisatrice, plus mondialiste qu’européenne, wokiste, dont l’obsession est l’anéantissement des souverainetés nationales et la submersion des cultures par une sous culture mondialisée, uniforme et radicalement mercantile. Il faut la mettre à bas avant qu’elle ne détruise l’Europe.

Stéphane Buffetaut

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