
Entre ses succès aux municipales de mars dernier et la bataille de la présidentielle, le RN n'a pas l'intention de négliger les sénatoriales de septembre prochain. Ses gains dans les conseils municipaux et la conquête de plusieurs villes vont mécaniquement lui donner les grands électeurs dont il manquait jusqu'à présent. En effet, le RN - et, plus largement, la droite nationale - ne peut compter actuellement que sur trois sénateurs - Christopher Szczurek (Pas-de-Calais), Joshua Hochart (Nord) et Aymeric Durox (Seine-et-Marne) - et, bien sûr, Stéphane Ravier (Bouches-du-Rhône), ex-RN et ex-Reconquête. Pour constituer un groupe au palais du Luxembourg et peser, il en faut au moins dix. Donc six ou sept élus élus supplémentaires. C'est l'objectif que s'est fixé le parti. Un objectif raisonnable mais difficile, comme le soulignait, il y a deux mois, Georges Michel, et qui exige une réelle stratégie en termes de têtes de liste. Depuis une semaine, le voile vient d'être en partie levé sur cette stratégie.
Conquérir le Sénat par... les députés : l'exemple d'Edwige Diaz
En effet, la vice-présidente du parti et député de la 11e circonscription de la Gironde, Edwige Diaz, a annoncé sa candidature en tant que tête de liste en Gironde.
Avec détermination, enthousiasme et sens des responsabilités, je vais tenter de conquérir un siège de sénateur pour les électeurs et élus locaux patriotes de notre département.
Et ce, à six mois d’une élection présidentielle capitale pour l’avenir de notre pays . pic.twitter.com/H5QdnxxHLn
— Edwige Diaz (@diaz_edwige) May 15, 2026
Dans cette terre de conquête, où le RN a engrangé ses deux premières mairies en mars mais dispose désormais d'une centaine d'élus, la question de la tête de liste et de la dynamique est essentielle. D'où le choix d'Edwige Diaz, « très implantée, très médiatique, connue de tous les élus », selon Jimmy Bourlieux, délégué départemental du RN, lors d’une conférence de presse donnée à la permanence bordelaise du parti, jeudi 7 mai. Le choix d'un député pour remporter un siège au Sénat dans un département de conquête pour le RN pourrait faire des émules, d'après les informations de Public Sénat : « Il y a des départements dans lesquels il y a une possibilité de faire un siège. Et pour ça, il faut de bonnes locomotives », explique un cadre du parti. « Là où c’est sûr de faire un siège, il n’y a pas besoin de député. On a déjà des élus locaux qui peuvent faire le siège », poursuit ce proche de Marine Le Pen. Mais dans les terres de conquête, « il faut quelqu’un qui a plus de surface ». Le parti envisagerait donc d'adouber « 5 ou 6 députés têtes de liste pour les sénatoriales », mais il y en aurait aussi en fin de liste, « pour pousser ».
Marie-Caroline Le Pen dans la Sarthe ?
Autre déclinaison de la stratégie RN pour ces départements de conquête : le nom ! Ainsi, si Marie-Caroline Le Pen a raté de très très peu son élection dans la Sarthe en 2024, la dynamique qu'elle y a lancée avec Philippe Olivier, ces « abeilles butineuses du Rassemblement national dans la Sarthe », selon l'expression de Paris Match, a permis la victoire à la mairie de La Flèche, qui a attiré les caméras de la France entière avec le documentaire « RN 72, à la conquête de l'Ouest ». D'après Public Sénat, la candidature de la sœur aînée de Marine Le Pen, déléguée départementale du RN, était encore en discussion.
Les gros bataillons du RN dans le Sud-Est
Évidemment, les gains devraient être plus assurés dans les Bouches-du-Rhône et dans les Alpes-Maritimes, où la conquête de Nice, Cagnes et Menton assurent à l'UDR et au RN un solide réseau d'élus. Là, la stratégie est différente : toute la question, pour maximiser les chances de la droite nationale d'engranger un maximum de sièges, est de savoir s'il faut faire liste commune avec l'UDR d'Éric Ciotti et confier à l'un des siens la tête de liste. C'est vraisemblablement cette recette gagnante qui devrait être adoptée, selon les confidences d'un cadre RN à Public Sénat : « Ce serait légitime. Tout comme il serait légitime qu’on soit ensemble. On peut faire deux sièges, c’est sûr, mais peut-être trois sièges. » (Les Alpes-Maritimes comptent cinq sénateurs.)
On le voit, la stratégie RN est savamment déclinée, territoire par territoire. Mais il y a aussi l'inconnu de toute élection. Déjà, en 2020, l'élection d'Aymeric Durox en Seine-et-Marne avait constitué une surprise. Il avait manifestement bénéficié du vote d'élus non encartés RN. Avec la dynamique actuelle et les ralliements d'élus LR à l'UDR de Ciotti (hier, une présidente de fédération LR, rapporté par Yves-Marie Sévillia, aujourd'hui, un ex-adjoint gaulliste au maire de Reims), les bonnes surprises de ce type pourraient se multiplier pour le RN, faisant sauter un nouveau plafond de verre.